L’Inde progresse dans le renforcement de ses capacités de défense antimissile avec le développement d’intercepteurs spatiaux destinés à effectuer des interceptions en phase de propulsion dans le cadre de son ambitieux programme Sudarshan Chakra. Ce programme vise à neutraliser les missiles balistiques ennemis dès leur phase la plus vulnérable.
Le programme Sudarshan Chakra, envisagé comme le bouclier antimissile de nouvelle génération de l’Inde, ambitionne d’intercepter les missiles balistiques durant leur phase de boost, c’est-à-dire lorsque leurs moteurs sont encore en fonctionnement et qu’ils gravissent l’atmosphère. Intercepter les missiles à ce stade augmente significativement les chances de destruction et limite la dispersion des ogives.
Selon les informations provenant de cercles de défense, Sudarshan Chakra va exploiter des capteurs de détection et de suivi basés dans l’espace, permettant l’identification en temps réel des lancements. Ce réseau de satellites fournira une capacité intégrée de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR) multi-domaines. Cette approche s’inscrit dans la volonté de New Delhi de développer des capacités à longue portée, notamment pour détruire les menaces de missiles à ogives multiples indépendamment ciblables (MIRV) avant la séparation des ogives. Le Chef d’état-major des armées, le général Anil Chauhan, a souligné le 26 août 2025 que la réussite de la mission nécessitera une « intégration colossale » des capteurs sur les domaines air, terre, mer et espace. Le programme s’appuie sur le projet Kusha du DRDO, un système national de missiles sol-air longue portée (LR-SAM) avec des intercepteurs couvrant des distances de 150 km, 250 km et 350 km, prévu pour être achevé d’ici 2028-2029. Les futures versions intégreront des composantes spatiales, avec une ambition de rivaliser avec des systèmes tels que l’Initiative de Défense Stratégique des États-Unis (SDI) ou le système russe A-135, tout en mettant l’accent sur une production strictement indigène.
La composante spatiale revêt une importance majeure car elle comble des lacunes dans les moyens de défense actuels. La phase II de la Défense Balistique Indienne (BMD), testée avec succès en juillet 2024, a démontré la capacité d’interceptions endo-atmosphériques contre des missiles nucléaires de portée 5 000 km. Étendre ces capacités à la phase de propulsion grâce à des plateformes orbitales permettrait d’accroître la « probabilité de destruction » face aux menaces hypersoniques et aux missiles à longue portée émanant notamment de la Chine et du Pakistan.
Le concept d’intercepteurs spatiaux implique le déploiement de véhicules avancés capables de détection, de suivi et de destruction de missiles balistiques ennemis peu après leur lancement, depuis des satellites ou des plateformes en orbite. Ce système viendrait compléter le programme actuel de défense antimissile à deux niveaux de l’Inde, qui cible aujourd’hui les interceptions endo- et exo-atmosphériques.
Les analystes en défense soulignent que la mise au point d’une capacité d’interception en phase de boost nécessite des avancées technologiques majeures dans plusieurs domaines :
- Des véhicules intercepteurs à haute vitesse dotés de systèmes de guidage et de suivi très précis ;
- Des réseaux de capteurs basés dans l’espace pour une détection et un suivi précoces des lancements ;
- Une intégration avec les moyens de défense antimissile terrestres et navals, assurant une protection en couches.
L’interception en phase de boost présente des avantages significatifs par rapport aux interceptions en phase de milieu de trajectoire ou terminale, en permettant de neutraliser les missiles avant la séparation des ogives ou des leurres. Cette capacité est cruciale pour contrer des menaces évoluées émanant d’adversaires équipés de missiles balistiques sophistiqués ou de MIRV.
Si le programme Sudarshan Chakra aboutit, il positionnera l’Inde parmi un groupe restreint de nations développant des systèmes de défense antimissile spatiaux, aux côtés des États-Unis, de la Russie et de la Chine.
La prochaine Conférence conjointe des commandants, prévue en septembre 2025, devrait affiner la feuille de route de ce programme en mettant l’accent sur la coordination interarmées et les commandements de théâtre. Avec une première phase prévue entre 2028 et 2029, l’Inde pourrait transformer sa doctrine de guerre aérienne en intégrant pleinement la dimension spatiale.