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Face à des contraintes budgétaires et des incertitudes liées à la production, l’Inde privilégierait l’extension de son parc de systèmes de défense aérienne S-400 Triumf plutôt que l’acquisition du plus récent S-500 Prometheus, malgré la proposition russe de ce dernier, selon un officier de l’Indian Air Force (IAF). Le coût élevé, la production limitée et le fait que le S-500 soit encore en phase de déploiement avec un seul régiment opérationnel en Russie suscitent des doutes quant à son adoption rapide par New Delhi. Bien que ses capacités hypersoniques et anti-satellites soient attrayantes, l’IAF considère que le S-400, déjà éprouvé au combat, reste le choix le plus fiable pour renforcer sa défense antimissile multicouches, tout en minimisant les risques de retard ou de sanctions américaines sous CAATSA.

Le S-400, qui a démontré son efficacité lors de l’opération Sindoor en mai 2025, demeure au cœur de la stratégie de défense aérienne de l’Inde. Sur les cinq régiments commandés, trois sont déjà en service et deux autres sont attendus d’ici 2026-2027. New Delhi souhaite également ajouter une ou deux unités supplémentaires pour faire face aux menaces régionales émanant de la Chine et du Pakistan. Malgré une offre russe incluant coproduction et transfert de technologie pour le S-500, des considérations pratiques ont conduit l’Inde à privilégier une acquisition plus sûre et rapide.

La validation opérationnelle du S-400 a eu lieu lors de l’opération Sindoor, en réponse aux attaques terroristes à Pahalgam en avril 2025. Face à des représailles pakistanaises utilisant des drones et des missiles HQ-9B chinois visant des bases indiennes telles qu’Adampur et Pathankot, le S-400, surnommé localement « Sudarshan Chakra », a intercepté plus de 80 % des menaces. Ses missiles 40N6, d’une portée de 400 km et d’une vitesse de Mach 14, ont abattu cinq avions pakistanais (probablement des JF-17 et J-10C) ainsi qu’un avion AWACS à 314 km, démontrant une précision et une portée sans équivalent.

Cette performance, combinée à sa capacité à suivre 300 cibles et à en engager 36 simultanément, a consolidé le rôle du S-400 dans le Système de Commandement et Contrôle Intégré de la Défense Aérienne indienne (IACCS). L’IAF prévoit de déployer davantage de régiments le long de la Ligne de Contrôle Effectif (LAC) pour contrer les chasseurs furtifs chinois J-20 et les missiles hypersoniques DF-17, qui menacent les bases avancées comme Leh et Thoise.

Le S-500 Prometheus, système de défense aérienne nouvelle génération russe entré en service en 2025 avec un seul régiment, offre une portée anti-aérienne de 600 km et une capacité à intercepter des missiles balistiques jusqu’à 500 km. Il peut aussi engager des cibles hypersoniques et des satellites en orbite basse. Son missile 77N6-N, capable d’atteindre Mach 15 à une altitude de 200 km, constitue une menace sérieuse pour des cibles avancées comme le bombardier chinois H-20. Dmitry Shugayev, responsable du Service fédéral russe de coopération militaire-technique, a confirmé début septembre que l’Inde avait reçu une offre incluant coproduction, sur le modèle du partenariat sur le missile BrahMos, faisant de l’Inde un potentiel centre d’exportation.

Cependant, un représentant de l’IAF a souligné : « Le S-500 est présenté comme supérieur, mais il reste un système en développement. La Russie ne dispose que d’un seul régiment opérationnel et la production n’est pas encore montée en cadence ». Estimé entre 2,5 et 3 milliards de dollars par régiment, soit près du double du coût du S-400 (1,1 milliard de dollars), le S-500 apparaît trop onéreux pour un budget de défense indien déjà sollicité par des programmes majeurs tels que les sous-marins du projet 75I et les chasseurs Tejas Mk2. Un nouveau contrat pour le S-500 impliquerait des négociations complexes, au risque de retards et d’un examen accru sous CAATSA, alors que les États-Unis avaient déjà fait une exception pour la commande de S-400 en 2018.

La préférence de l’IAF pour le S-400 s’appuie sur sa maturité et sa disponibilité. Avec les lignes de production d’Almaz-Antey fonctionnant à plein régime — fournissant annuellement 12 bataillons à la Russie et à ses alliés — l’Inde pourrait obtenir des livraisons accélérées d’ici 2028-2029. Le S-400 s’intègre parfaitement aux systèmes indiens Akash-NG et QRSAM, créant une défense stratifiée face aux avions pakistanais JF-35 et à l’arsenal hypersonique chinois. La coproduction dans des usines comme Bharat Dynamics Limited (BDL) favoriserait par ailleurs l’industrialisation locale, réduisant les coûts et s’inscrivant dans l’objectif d’autonomie stratégique à hauteur de 70 % d’ici 2030.

L’officier a conclu : « La fiabilité du S-400 est avérée, et étendre ce système évite les incertitudes liées à une plateforme nouvelle comme le S-500 ». Un régiment aurait également été endommagé lors de l’opération Sindoor, nécessitant son remplacement pour maintenir cinq unités opérationnelles, chacune couvrant 400 km avec 384 missiles répartis en quatre types (40N6, 48N6, 9M96E, 9M96E2).