Jack Watling, expert en guerre terrestre au Royal United Services Institute (RUSI) basé à Londres, invite l’Inde à réévaluer la résistance réelle du système de défense aérienne russe S-400 face aux conflits modernes, caractérisés par un usage massif de drones. Cette analyse, relayée par The Hindu, soulève des interrogations cruciales sur l’efficacité du S-400 dans un contexte de guerre contemporaine à haute intensité.
Évaluant le système dans un contexte opérationnel réel, Watling rappelle que malgré les succès tactiques rencontrés par l’Inde, notamment lors de l’Opération Sindoor, la guerre en Ukraine a mis en lumière des vulnérabilités importantes. Il souligne que le conflit ukrainien est la première situation où le S-400 a été soumis à des campagnes soutenues de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD/DEAD) combinant leurres, missiles de croisière rasant le terrain, munitions rôdeuses et guerre électronique intense.
Dans ces circonstances, plusieurs bataillons équipés du S-400 ont subi des pertes rapides, notamment au niveau des radars et des lanceurs. Watling cite spécifiquement la frappe ukrainienne en septembre 2025 en Crimée, qui a détruit une partie d’une batterie S-400, démontrant que le système n’est pas invulnérable face à un adversaire disposé à subir des pertes pour affaiblir des défenses aériennes de haut niveau.
L’expert insiste sur le fait que ces failles ne remettent pas en cause la qualité de l’ingénierie russe, mais reflètent plutôt une évolution profonde du caractère de la guerre aérienne. « Les champs de bataille modernes sont saturés de drones et missiles à bas coût pouvant être lancés en salves capables de submerger même des radars sophistiqués par saturation ou en forçant une émission constante suivie d’un repositionnement », explique-t-il.
« Le S-400 a été conçu à une époque où ces menaces massives et bon marché n’existaient pas à cette échelle. »
Face à cette réalité, la Russie travaille à des améliorations, notamment une meilleure protection contre le brouillage, une capacité accrue de tir et déplacement rapide (shoot-and-scoot) et un renforcement de l’interconnexion avec d’autres capteurs. Néanmoins, Watling prévient que ces ajouts sont encore en développement. Selon lui, l’Inde recevra certaines de ces mises à jour sur ses prochains régiments commandés, mais il insiste sur la nécessité de vérifier de manière indépendante leur efficacité réelle plutôt que de se fier aux seules déclarations des fabricants.
Plutôt que d’abandonner ses contrats russes, Watling recommande une approche pragmatique pour New Delhi : « La Russie reste disposée à transférer la technologie et à offrir des conditions souvent plus favorables que les fournisseurs occidentaux. Mais la résilience en 2025 et au-delà nécessite une diversité de systèmes et de capteurs, des défenses en couches combinant des systèmes longue portée comme le S-400 avec des contre-mesures mobiles et plus courtes portées contre drones et missiles de croisière, ainsi qu’une solide protection passive et une capacité de guerre électronique. »
Enfin, l’analyste lance un avertissement à toutes les armées investissant dans des systèmes de défense aérienne haut de gamme : aucun système unique, aussi performant soit-il sur le papier, ne peut être considéré comme une solution miracle face à un environnement de menace en constante évolution. Pour assurer la protection de leurs espaces aériens, les États doivent tester continuellement leurs hypothèses à l’aune des preuves les plus robustes disponibles — et pour l’instant, c’est le conflit en Ukraine qui offre les enseignements les plus directs et les plus francs.