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Dans une réorientation stratégique majeure de ses ambitions sous-marines, l’Inde envisage d’abandonner la construction de trois nouveaux sous-marins Scorpène d’origine française au chantier naval Mazagon Dock Shipbuilders Limited (MDL), afin d’accélérer la production de six sous-marins furtifs diesel-électriques allemands à technologie avancée dans la même installation à Mumbai, pour un montant dépassant 70 000 crores de roupies.

Ce virage, inscrit dans le cadre du Projet 75I (P-75I), privilégie la technologie de propulsion indépendante de l’air (AIP) de pointe pour pallier le vieillissement de la flotte de sous-marins conventionnels de la marine indienne, alors que le programme Scorpène est confronté à des retards et des dépassements budgétaires. Tandis que le contrat additionnel Scorpène, évalué à environ 36 000 crores de roupies, reste incertain, la collaboration avec ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) marque une ambition affirmée d’industrialisation locale et d’interopérabilité.

Alors que le Scorpène est remis en cause, tous les regards se tournent vers le P-75I, où la plateforme Type 212/214 de TKMS – reconnue pour son système AIP à pile à combustible permettant des opérations sous-marines prolongées de plusieurs semaines – apparaît comme la candidate privilégiée. Approuvé par le Comité de sécurité du Cabinet en août 2025, ce méga-contrat de 70 000 crores de roupies inclut le transfert de technologie, la production locale d’acier et une indigenisation complète sur 15 ans, avec MDL comme intégrateur principal aux côtés de Larsen & Toubro.

Les six sous-marins, déplaçant entre 1 800 et 2 000 tonnes, offriront des signatures furtives similaires à celles des sous-marins nucléaires, armés de torpilles, missiles anti-navires et missiles de croisière à capacité de frappe terrestre. La construction doit débuter en 2026-27, avec une première livraison prévue entre 2032 et 2033, assurant une cadence régulière pour compenser le déficit Scorpène. L’avantage de TKMS face à des concurrents comme Navantia (Espagne) ou Rubin (Russie) réside dans sa technologie AIP éprouvée et son expérience démontrée de 60 % de contenu local lors de précédents contrats HDW, renforcée aujourd’hui par des clauses de « partenariat stratégique » favorisant l’absorption technologique.

Ce réajustement dépasse la simple acquisition matérielle : il s’agit d’une réorientation majeure pour la suprématie maritime. Face aux sous-marins chinois Type 039A patrouillant dans l’océan Indien, et à la mise en service par le Pakistan de bateaux de classe Yuan chinois, l’arsenal conventionnel de la marine indienne montre des signes d’obsolescence. Le focus sur l’AIP dans le cadre du P-75I permet d’étendre les patrouilles immergées jusqu’à 21 jours, favorisant des frappes discrètes depuis les bases des Andaman jusqu’aux détroits de Malacca, tout en stimulant le secteur privé, avec une création potentielle de 10 000 emplois chez MDL et ses sous-traitants.

Cependant, des risques subsistent : les antécédents controversés de TKMS, notamment des enquêtes pour corruption en 2016, exigent des compensations rigoureuses. Par ailleurs, des retards pourraient venir reproduire les dépassements observés dans le programme Scorpène. En revanche, ce partenariat s’inscrit en complémentarité avec les sous-marins nucléaires d’attaque du Projet 75 Alpha, contribuant à un triptyque de dissuasion à plusieurs niveaux.