L’Inde et la Russie viennent de franchir une étape majeure dans leur coopération militaire bilatérale en signant un accord mutuel d’accès à leurs bases aériennes. Ce pacte, ratifié récemment par le parlement russe, renforce un partenariat stratégique historique qui façonne la dynamique de défense en Asie depuis plus de soixante ans.
Signé à Moscou le 18 février 2025, l’accord de soutien logistique réciproque, connu sous l’acronyme RELOS, offre aux forces aériennes, navales et terrestres indiennes et russes un accès structuré et officiel aux bases, aérodromes et ports de chacun. Après la signature du président Vladimir Poutine pour sa promulgation en loi fédérale, l’entrée en vigueur officielle de ce traité ne dépend désormais plus que de l’échange formel des instruments de ratification.
Pour les forces aériennes des deux nations, RELOS dépasse la simple possibilité de ravitaillement en vol. Il rétablit une véritable interopérabilité opérationnelle à un moment crucial : l’Inde étend progressivement sa présence aérienne dans la région indo-pacifique tandis que la Russie ajuste sa posture stratégique en Eurasie et dans l’Arctique.
Un cadre renouvelé pour la coopération aérienne
Concrètement, le protocole RELOS définit les procédures concernant la circulation et le soutien des aéronefs militaires sur le territoire partenaire, inclus l’accès à l’espace aérien, les infrastructures aéroportuaires, l’assistance au sol, la maintenance et la logistique. Ainsi, les appareils de l’Armée de l’air indienne (IAF) pourront opérer depuis des bases russes allant du Pacifique à l’Arctique, tandis que les forces russes bénéficieront d’un appui équivalent sur le sol indien.
Pour New Delhi, très dépendante des équipements russes tels que les chasseurs Su-30MKI, MiG-29 ou le système de défense aérienne S-400, cet accord facilite l’approvisionnement en pièces détachées, les réparations et le soutien tout au long du cycle de vie des matériels. Pour Moscou, le traité affiche clairement que l’Inde reste un partenaire stratégique de premier plan, même dans un contexte de réalignements géopolitiques mondiaux.
Vyacheslav Volodin, président de la Douma d’État, a souligné que cet accord représente une continuité plus qu’un bouleversement. « Nos relations avec l’Inde sont de nature stratégique et globale. En ratifiant ce traité, nous faisons un pas de plus vers la réciprocité, l’ouverture et le développement des liens, » a-t-il déclaré, rappelant que les deux pays « partagent une longue histoire » et « entretiennent des rapports cordiaux ».
Un héritage aéronautique solide
La dimension aérienne du partenariat indo-russe est historiquement bien ancrée. Depuis les années 1960, l’Armée de l’air indienne compte majoritairement sur des appareils soviétiques puis russes, depuis les MiG-21 qui ont formé plusieurs générations de pilotes, aux MiG-27 et MiG-29 patrouillant ses frontières, jusqu’aux Su-30MKI qui restent aujourd’hui ses chasseurs de premier rang.
Par ailleurs, plus de 200 installations industrielles indiennes, notamment dans les domaines de l’aviation, des missiles et des systèmes de haute technologie, ont été érigées avec l’aide de l’Union soviétique puis de la Russie. Ces sites incluent des lignes d’assemblage sous licence, des centres de maintenance et des usines de composants, permettant à l’Inde de maintenir ses flottes en autonomie relative.
RELOS ne modifie pas ce socle, il le modernise, assurant la robustesse logistique nécessaire pour que cette coopération dépasse les remous géopolitiques des prochaines années.
Impacts opérationnels du traité RELOS
Un responsable du ministère indien de la Défense a précisé que ce traité « ouvre à l’Inde une zone géographique rarement accessible à son armée de l’air ». Les bases russes telles que Vladivostok, Petropavlovsk-Kamchatsky ou Mourmansk offrent des positions avancées pour la surveillance maritime, les essais en climat froid, la recherche arctique et les déploiements longue portée.
À l’inverse, « les aérodromes indiens, qui vont des îles Andaman et Nicobar aux bases stratégiques de l’Himalaya, fournissent à la Russie une flexibilité opérationnelle cruciale dans l’Océan Indien et le Sud de l’Asie », a-t-il ajouté.
Le traité inclut également l’aviation navale, facilitant la coordination lors d’exercices conjoints tels que l’exercice INDRA qui combine opérations aériennes, maritimes et terrestres. Il simplifie les procédures d’autorisation, réduit les délais de déploiement et garantit une logistique fiable, des conditions indispensables pour les opérations aériennes actuelles.
Par ailleurs, il prévoit un mécanisme de soutien aérien rapide lors d’interventions humanitaires et de secours en cas de catastrophe, domaine dans lequel l’Inde joue un rôle de premier plan à l’échelle régionale.
Une dimension politique renforcée par la visite de Vladimir Poutine
Cette ratification intervient quelques jours avant la visite du président Poutine en Inde, début décembre 2025. Au cours de son séjour, il a eu des discussions approfondies avec le Premier ministre Narendra Modi et annoncé une feuille de route pour une coopération économique jusqu’en 2030.
Le protocole de défense réaffirme un message clair : même si l’Inde diversifie ses fournisseurs d’équipements militaires et que la Russie adapte ses alliances, les infrastructures aériennes et militaires bâties au fil des décennies restent essentielles.
RELOS prendra effet après l’échange officiel des documents de ratification entre les deux parties. À ce moment-là, leurs forces aériennes retrouveront un cadre moderne et fiable pour opérer sur le territoire de leur partenaire après près de vingt ans d’absence de ce type d’accord.
Comme le résume un responsable du ministère indien de la Défense : « Pour l’Inde, cela élargit son champ d’action. Pour la Russie, c’est un gage de pertinence. Pour les deux, c’est la preuve que, tout en cherchant de nouveaux partenaires, la piste d’atterrissage entre Moscou et New Delhi demeure ouverte, active et stratégiquement essentielle. »