Dans le contexte exigeant de la guerre aérienne moderne, où la guerre électronique peut faire basculer le combat en quelques secondes, Hindustan Aeronautics Limited (HAL) ouvre la porte à l’innovation indienne. Le géant aérospatial public a lancé un appel à manifestation d’intérêt (AMI) invitant les entreprises nationales à concevoir un système de navigation par satellite (GNSS) anti-brouillage et anti-usurpation de nouvelle génération, spécifiquement destiné aux avions militaires à voilure fixe. Cette technologie robuste protégera la navigation sur plusieurs systèmes satellitaires, dont le GPS, GLONASS, BeiDou et NavIC, système régional indien, même en cas d’attaques électroniques.
Publiée cette semaine, cette initiative intervient à un moment crucial pour l’armée de l’air indienne (IAF), confrontée à des menaces croissantes de brouillage et d’usurpation de signaux sophistiqués. Le brouillage inonde les récepteurs GNSS de signaux parasites, privant ainsi l’avion de repères de positionnement, tandis que l’usurpation fournit de fausses données, égarant pilotes et armements. Dans des environnements contestés – comme ceux simulés lors des récents exercices Indo-Pacifique – ces tactiques pourraient paralyser les munitions à guidage de précision, perturber les formations aériennes ou exposer les appareils aux tirs anti-aériens. Le projet de HAL, en phase avec la stratégie Atmanirbhar Bharat (Inde autonome), vise à développer localement ces contre-mesures pour réduire la dépendance aux équipements étrangers et renforcer l’autonomie opérationnelle.
Le récepteur GNSS recherché devra offrir une performance infaillible face à ces attaques. Les candidats doivent concevoir une plateforme multi-constellations et multi-fréquences intégrant de manière transparente les signaux du GPS américain, du GLONASS russe, du BeiDou chinois et du NavIC indien. Cette redondance assurera des alternatives en cas de ciblage d’un réseau. Les spécifications clés incluent :
- Architecture anti-brouillage : Utilisation d’antennes à motif de réception contrôlé (CRPA) ou de formation de faisceaux numériques pour annihiler les signaux d’interférences hostiles, en maintenant le verrouillage du signal malgré un bruit jusqu’à 100 dB supérieur à la normale.
- Mécanismes anti-usurpation : Algorithmes avancés d’authentification des signaux, vérification croisée entre constellations et détection en temps réel d’usurpation, pouvant s’appuyer sur des clés cryptographiques telles que celles employées par Galileo via son système OSNMA.
- Fusion hybride de navigation : Couplage étroit avec des systèmes de navigation inertielle (INS) et augmentation optionnelle par des aides terrestres telles que les équipements de mesure de distance (DME), permettant des opérations en environnement privé de GNSS jusqu’à 30 minutes sans perte de performance.
- Fonctionnalités de renseignement sur la menace : Détection embarquée du brouillage avec géolocalisation des sources, fournissant des informations au poste de pilotage et aux ordinateurs de mission afin d’activer les contre-mesures électroniques (ECCM).
- Compatibilité plateforme : Conception modulaire et légère (moins de 2 kg), certifiée selon la norme MIL-STD-810 pour la robustesse environnementale, intégrable dans l’écosystème HAL, incluant le chasseur léger indigène Tejas, les avions d’entraînement Hawk Mk.132, ainsi que les variantes de patrouille maritime Dornier-228.
Le processus d’appel s’adresse à un large panel, tout en exigeant un savoir-faire confirmé en avionique, radiofréquence et guerre électronique. HAL identifie notamment comme partenaires potentiels Bharat Electronics Limited (BEL), spécialiste des brouilleurs anti-drones et processeurs RF ; Electronics Corporation of India Limited (ECIL), développant des récepteurs double fréquence ; et le Defence Avionics Research Establishment (DARE) de la DRDO, expert en systèmes hybrides INS-GNSS.
Les startups intégrées au programme Innovations for Defence Excellence (iDEX) sont également invitées à participer, disposant de compétences agiles en radio logicielle. Les dossiers doivent démontrer la faisabilité technique, l’expérience dans des projets similaires et un calendrier de prototypage prévu sous 18 à 24 mois. La date limite de soumission n’est pas encore dévoilée, les intéressés sont invités à suivre les actualités du portail d’appel d’offres de HAL.
Cette AMI ne se limite pas à un simple appel d’offres : elle constitue un signal fort face aux vulnérabilités croissantes des systèmes GNSS. Les conflits mondiaux, tels que l’utilisation massive de drones en Ukraine neutralisée par des unités russes de guerre électronique, ou les incidents d’usurpation au Moyen-Orient, soulignent la fragilité de la navigation satellitaire. Pour l’Inde, avec sa frontière longue de 4 000 km et ses ambitions dans les océans, disposer d’un positionnement, d’une navigation et d’une synchronisation (PNT) fiables est indispensable. La couverture régionale de NavIC, s’étendant de la côte africaine au détroit de Malacca, offre une dimension souveraine, mais sans protection anti-brouillage, elle reste vulnérable. Ce système pourrait également équiper des véhicules aériens sans pilote (UAV), les missiles de croisière BrahMos, voire l’artillerie, augmentant la capacité de frappe précise de l’IAF de 20 à 30 % dans des environnements contestés.