L’Inde s’apprête à intégrer prochainement son troisième sous-marin nucléaire, l’INS Aridhaman, actuellement en phase finale d’essais, a annoncé mardi l’amiral Dinesh Tripathi, chef d’état-major de la marine indienne.
La mise en service de l’INS Aridhaman portera à trois le nombre de sous-marins lanceurs d’engins (SNLE) nucléaires de la classe Arihant en service, renforçant ainsi considérablement la dissuasion nucléaire maritime du pays.
Prévu pour entrer en service en 2026-2027, l’Aridhaman est conçu pour embarquer les missiles balistiques K-4 à plus longue portée, lancés depuis des sous-marins. Cette capacité rapprochera l’Inde de patrouilles nucléaires maritimes continues, un élément clé pour assurer une crédible capacité de seconde frappe.
À titre de comparaison, la Chine exploite environ six SNLE de classe Jin, équipés de missiles longue portée de la série JL, et effectue des patrouilles nucléaires quasi permanentes.
En parallèle des SNLE, l’Inde développe également un programme de sous-marins d’attaque nucléaires (SNA). La marine indienne prévoit la construction de deux SNA de conception locale et l’acquisition, en leasing, d’un sous-marin auprès de la Russie pour compenser temporairement cette capacité en attendant la mise en service de ses propres unités.
« Les grandes marines possèdent des SNA. Le gouvernement a récemment autorisé la construction de deux SNA nationales. Nous avançons comme prévu, avec une mise en service envisagée dans environ un an. Les SNA ne se construisent pas du jour au lendemain, c’est une première pour nous, donc cela devrait intervenir au milieu de la prochaine décennie. Entre-temps, nous devrions obtenir un SNA de notre partenaire étranger, ce qui palliera la capacité manquante jusqu’à ce que nous disposions de nos propres SNA », a déclaré l’amiral Tripathi.
Un haut responsable de la marine a précisé que la livraison du SNA russe est attendue pour 2027-2028 : « Nous visons 2027, mais la livraison pourrait intervenir en 2028 ».
Le chef de la marine a également plaidé pour la construction d’un troisième porte-avions, tout en reconnaissant que l’Inde n’en exploiterait que deux simultanément, le nouveau bâtiment arrivant alors que le plus ancien sera mis hors service.
« Nous avons absolument besoin d’un autre porte-avions. Notre doctrine de guerre maritime repose sur des groupes de combat aéronavals », a-t-il déclaré. « Il s’agit d’un ensemble intégré où le porte-avions assure la protection des navires chargés de missions spécifiques, lesquels nécessitent eux aussi des escorteurs. »
Actuellement, la marine indienne opère deux porte-avions : l’INS Vikramaditya, en service depuis 2013, et l’INS Vikrant, entré en service en 2022. « Quand le troisième porte-avions sera livré, l’INS Vikramaditya aura probablement atteint la fin de sa durée de vie. En pratique, nous disposerons donc toujours de seulement deux porte-avions », a-t-il ajouté, précisant toutefois que l’ambition à long terme reste d’avoir une force composée de trois porte-avions — un sur la côte est, un sur la côte ouest, et un en réserve.
Interrogé sur la question du défi posé par la Chine, l’amiral Tripathi a déclaré : « La marine populaire de libération représente un défi dans l’Indopacifique. Mais nous ne focalisons pas uniquement sur les menaces spécifiques, mais sur nos intérêts maritimes nationaux et sur la capacité à les protéger. Dans ce cadre, le porte-avions est un élément central. »
Il a ajouté que même si l’océan Indien demeure la priorité principale de la marine, les intérêts stratégiques de l’Inde s’étendent à l’ensemble de la région indopacifique. « Un de nos navires était à Guam, un autre s’entraînait avec la marine hellénique en Méditerranée, un autre opérait à l’Île Maurice, un autre encore aux Fidji… nous irons là où nos intérêts maritimes nous conduiront. »
Concernant l’augmentation des déploiements dans la mer de Chine méridionale, l’amiral Tripathi a expliqué que les navires indiens circulent régulièrement dans cette zone dans le cadre d’accords bilatéraux et multilatéraux avec des pays tels que le Vietnam, les Philippines, le Japon et la Corée du Sud. « Il ne s’agit pas d’un déploiement ciblé sur la mer de Chine méridionale, mais d’une stratégie de présence plus large. »
Enfin, il a évoqué le rôle de la marine lors de l’opération Sindoor, soulignant que la posture offensive et la mise en alerte immédiate du groupe aéronaval en mer d’Arabie ont contraint la marine pakistanaise à rester confinée dans ses ports. « Il y a eu une synergie totale entre nos trois armées », a-t-il observé.