Dans un nouvel exemple de la coopération militaire durable entre l’Inde et la Russie, Moscou proposerait à New Delhi la location d’un second sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) de classe Akula. Un accord qui, s’il se concrétise, renforcerait considérablement la présence stratégique de l’Inde en haute mer, à une époque marquée par une intensification des rivalités dans la région indo-pacifique.

Cette offre intervient à un moment clé où l’Inde accélère la modernisation de ses forces navales afin de projeter sa puissance au-delà de ses côtes. L’objectif est notamment de faire face à l’expansion de la présence sous-marine chinoise, qui s’étend du détroit de Malacca jusqu’à Djibouti.

Plusieurs sources fiables indiquent que le sous-marin en discussion est le K-519 « Iribis », un bâtiment construit dans les années 1990 mais dont la construction avait été suspendue pendant la crise financière postsoviétique. Aujourd’hui, ce sous-marin serait en cours de remise à niveau pour devenir le prochain INS Chakra III dans le cadre du programme indien d’expansion de la location de SNA.

Pour l’Inde, la logique stratégique est claire : l’introduction d’un nouveau sous-marin nucléaire d’attaque renforcera ses capacités de déni de zone et de contrôle maritime, face à la flotte sous-marine chinoise croissante composée de plusieurs dizaines de bâtiments. Cette présence chinoise s’inscrit dans la stratégie dite du « Collier de Perles » qui vise à étendre l’influence de Pékin dans l’océan Indien.

Actuellement, la marine indienne exploite déjà un SNA de classe Akula loué à la Russie, un atout stratégique essentiel pour protéger les routes maritimes critiques et dissuader toute incursion hostile dans la région de l’océan Indien.

En mars 2019, l’Inde a signé un accord intergouvernemental majeur avec la Russie, s’engageant à investir environ 3 milliards de dollars pour un contrat de location de dix ans d’un sous-marin d’attaque classe Akula amélioré, qui devrait entrer en service sous le nom d’INS Chakra III dans les prochaines années.

Ce sous-marin, basé sur le célèbre prototype du projet 971 Shchuka-B (OTAN : Akula), poursuit l’héritage du INS Chakra I (SNA classe K-43 Charlie, loué à la fin des années 1980) et du INS Chakra II (K-152 Nerpa), qui a servi sous pavillon indien de 2012 à 2021.

Les rapports font état d’une importante modernisation du K-519 « Iribis » dans les chantiers navals russes, incluant notamment l’installation de systèmes de combat avancés et de missiles de croisière Kalibr à longue portée, capables de frapper des cibles terrestres et maritimes à plus de 1 500 kilomètres.

Cependant, ce programme de remise en état a été retardé à plusieurs reprises, la livraison étant désormais prévue entre 2025 et 2028, après les phases finales de tests et d’essais en mer.

Si le contrat de location du K-519 « Iribis » est confirmé, ce serait un renforcement stratégique et opportun pour la flotte sous-marine indienne, qui reste numériquement inférieure à la force sous-marine chinoise, comptant désormais plus de 60 bâtiments, dont au moins six SNA et six sous-marins lanceurs d’engins nucléaires (SSBN).

Les analystes militaires soulignent que la classe Akula, capable d’opérer à plus de 600 mètres de profondeur, avec une vitesse immergée dépassant les 30 nœuds et une charge utile impressionnante de torpilles lourdes de 533 mm ainsi que de missiles de croisière à long rayon d’action, représente un puissant multiplicateur de force au service de la posture de dissuasion minimale crédible de l’Inde.

Bien que la Russie n’ait pas encore officiellement confirmé le transfert de l’« Iribis », plusieurs fuites fiables indiquent que le sous-marin, construit aux chantiers navals Amur et mis sur cale en 1994, demeure structurellement intact, avec près de 40 % de sa construction achevée avant l’arrêt du programme en 1996 à cause des restrictions budgétaires.

Si le projet aboutit, le K-519 « Iribis » deviendrait le premier sous-marin Akula de nouvelle construction loué à l’étranger, témoignant de la volonté russe de préserver son modèle économique lucratif de location de sous-marins, malgré les sanctions occidentales et la réorientation de ses priorités navales.

Les experts en sécurité régionale notent une hausse constante des visites de sous-marins chinois dans l’océan Indien au cours de la dernière décennie, avec notamment des escales à Hambantota (Sri Lanka) et à Karachi (Pakistan), suscitant une vigilance accrue à New Delhi et chez ses partenaires du Quad.

Dans ce contexte, la location du K-519 « Iribis » garantirait à l’Inde la capacité de détecter, suivre et, si nécessaire, neutraliser des menaces sous-marines hostiles dans des zones stratégiques telles que le détroit de Malacca, la mer d’Andaman et les accès à la mer d’Arabie.

Parallèlement, la Chine intensifie ses efforts dans le développement de sa flotte sous-marine, avec la mise en service de nouveaux bâtiments de la classe Shang, type 093B, dotés d’une propulsion plus silencieuse, de suites sonar remorquées avancées et de missiles de croisière antinavires YJ-18, des capacités qui posent un défi sérieux à la flotte conventionnelle diesel-électrique indienne.

Le K-519 « Iribis », d’une longueur estimée à 110 mètres et d’un déplacement de plus de 12 000 tonnes en plongée, équipé de six tubes lance-torpilles de 533 mm, restera ainsi l’un des sous-marins d’attaque les plus discrets et létaux de l’océan Indien une fois en service. Il comblera une lacune importante de capacités jusqu’à l’entrée en service du premier SNA indigène indien, prévue au début des années 2030.