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Alors que le programme de l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) se rapproche de son premier vol prévu dans moins de trois ans, le ministère indien de la Défense se prépare à informer de manière sélective ses alliés proches des avancées majeures du projet. L’objectif est de positionner cet avion de chasse furtif de cinquième génération, développé en Inde, comme une alternative crédible sur un marché largement dominé par le F-35 américain.

Selon des sources au sein du ministère, bien que New Delhi refuse toute collaboration étrangère ou la présence d’observateurs dans le projet, des communications progressives sur l’AMCA et le Tejas MkII permettront aux pays amis d’envisager ces plateformes dans leurs futurs programmes d’équipement.

L’AMCA est un biréacteur multirôle furtif de 25 tonnes, doté de soutes internes à armement, de capacité de supercroisière et d’une fusion avancée de capteurs. En mars, le programme a franchi une phase de conception préliminaire évaluée à 15 000 crores de roupies, avec un prototype attendu pour fin 2026 ou début 2027 et un premier vol prévu en 2028. La certification est planifiée pour 2032, suivie par l’entrée en service vers 2034. L’Armée de l’air indienne vise à en acquérir entre 126 et 200 unités afin de renouveler ses escadrons.

Ce calendrier ambitieux, accéléré après les affrontements de Galwan en 2020, illustre la volonté d’“Atmanirbhar Bharat”, ou autonomie stratégique. Vingt-huit entreprises privées concourent pour collaborer avec Hindustan Aeronautics Limited (HAL) sur la conception des cellules et l’intégration des systèmes.

Plusieurs partenariats récents renforcent l’écosystème industriel, notamment l’alliance entre Larsen & Toubro et Bharat Electronics Limited, qui soutient le développement de sous-systèmes comme l’avionique et les calculateurs de mission, assurant plus de 70 % d’indigénisation.

La stratégie d’ouverture de l’Inde semble cibler en priorité des pays entretenant des relations étroites, comme le Vietnam, les Philippines, et possiblement l’Indonésie ou la Malaisie, qui envisagent des mises à niveau vers la cinquième génération dans un contexte tendu en mer de Chine méridionale. “Nous souhaitons tenir certains pays proches informés des évolutions des programmes Tejas MkII et AMCA par étapes, afin qu’ils puissent, s’ils le souhaitent, envisager leur acquisition à l’avenir”, a déclaré un haut responsable du ministère. Ces briefings non contraignants portent notamment sur les choix techniques, comme la sélection du moteur – Safran M88-2 ou General Electric F414 – et les données issues des essais en vol.

Cette approche diplomatique mesurée intervient alors que le marché mondial des appareils de cinquième génération reste largement dominé par Lockheed Martin, avec plus de 1 000 F-35 livrés à 20 opérateurs à la mi-2025. L’exceptionnelle fusion de capteurs et l’écosystème logiciel du F-35 établissent une référence difficilement accessible aux nouveaux venus. Les concurrents peinent à s’imposer :

  • La Chine a dévoilé en septembre le Shenyang J-35A, un chasseur furtif à double dérive et à décollage court destiné à la Marine et à l’Armée de l’air, mais il rencontre des obstacles à l’export en raison des sanctions américaines sur ses moteurs.
  • La Turquie développe le TAI TF Kaan, déjà en phase avancée d’essais en vol avec deux prototypes, en visant une capacité opérationnelle initiale pour 2030, mais reste tributaire du moteur GE F110, dont la fourniture est incertaine depuis l’exclusion du programme F-35.
  • La Corée du Sud a effectué en février le premier vol du KAI KF-21 Boramae, qui devrait être doté d’une furtivité complète – notamment grâce à des soutes internes et un système IRST – d’ici les années 2030, mais la production de masse est prévue plus tard dans la décennie, limitant ses possibilités d’export à court terme.

En évitant le co-développement – contrairement au Tejas MkII qui négocie avec General Electric pour son moteur F414 – l’Inde protège sa propriété intellectuelle tout en développant un argumentaire export fondé sur l’interopérabilité éprouvée, comme en témoignent les récentes propositions du Tejas aux Émirats arabes unis et à l’Argentine. La supercroisière à Mach 1,1 et l’autonomie assistée par intelligence artificielle de l’AMCA pourraient séduire des marchés sensibles au rapport performances/coût, avec un prix estimé entre 80 et 100 millions de dollars l’unité, contre environ 110 millions pour le F-35.