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Face à la montée des tensions le long de sa frontière occidentale, l’Inde se prépare à lancer son exercice militaire le plus ambitieux centré sur les drones, baptisé « Cold Start », durant la première semaine d’octobre. Cette opération interarmes, mobilisant l’Armée de Terre, la Marine et l’Armée de l’Air, testera rigoureusement les systèmes aéronefs sans pilote (UAS) ainsi que les technologies anti-drones, marquant une évolution majeure dans la doctrine de combat de New Delhi. Prévu du 6 au 10 octobre dans une base sécurisée du Madhya Pradesh, cet exercice illustre la volonté indienne de privilégier des offensives rapides et technologiques, envoyant un message clair à Islamabad quant à la montée en puissance de ses capacités aériennes.

Le nom « Cold Start » fait écho à une doctrine blindée autrefois controversée des années 2000, conçue pour des incursions rapides et limitées au Pakistan. Cette nouvelle version déplace désormais l’attention vers le domaine aérien. Contrairement à son prédécesseur terrestre, l’exercice met l’accent sur les tactiques de vol en essaim, la guerre électronique et les drones intégrant l’intelligence artificielle, s’inspirant notamment des leçons tirées des conflits mondiaux récents comme en Ukraine, où les systèmes sans pilote ont redéfini le champ de bataille. La présence attendue du ministre de la Défense, Rajnath Singh, souligne l’importance stratégique de cette manœuvre, qui mobilisera plus de 100 plateformes de drones, indigenes et importées.

Au cœur de « Cold Start » : la validation de l’interopérabilité de flottes diversifiées, allant des munitions de surveillance Nagastra-1 aux drones HALE (haute altitude, longue endurance) comme le Tapas-BH-201, dans des rôles offensifs et défensifs. Les mesures anti-drones seront mises à rude épreuve, avec des brouilleurs laser, des leurres radiofréquence et des intercepteurs cinétiques issus du portefeuille de la DRDO, contre des simulations d’essaims imitant des incursions ennemies. L’exercice explorera également des architectures conjointes de commandement et de contrôle, assurant une fusion de données fluide entre les différentes forces via des systèmes comme l’Integrated Air Command and Control System (IACCS).

Il ne s’agit pas d’une simple démonstration d’équipement, mais d’un véritable test doctrinal. L’armée indienne cherche à intégrer les drones dans des opérations offensives rapides, afin de réduire les délais d’intervention et minimiser les risques humains dans des espaces aériens contestés. D’après les briefings officiels, l’exercice inclura des scénarios inspirés des affrontements de mai 2025 lors de l’opération « Sindoor » avec le Pakistan, durant lesquels des sondes aériennes de la Pakistan Air Force ont révélé des failles dans la neutralisation en temps réel des menaces. À l’issue de « Cold Start », des protocoles affinés pour la suppression des défenses aériennes ennemies par drones (SEAD) sont attendus, diminuant potentiellement les délais de mobilisation de plusieurs jours à quelques heures.

Le calendrier et l’ampleur de cet exercice ne sont pas fortuits. Quelques mois après des duels de drones réciproques qui ont exacerbé les frictions frontalières, cette manœuvre affirme la détermination de l’Inde à devancer ses rivaux régionaux dans la guerre sans pilote. Le Pakistan, qui a massivement investi dans des systèmes d’origine chinoise comme le Wing Loong II et le Burraq, percevra ce déploiement comme une riposte directe, soulignant la capacité indienne à mener des frappes asymétriques en profondeur sur un territoire ennemi, sans verser dans un conflit ouvert.

Les analystes y voient un manifeste de modernisation : le budget indien de défense pour 2025-26 s’établit à 75 milliards de dollars, avec 15 % dédiés à la recherche et au développement dans les UAV, éclipsant largement les moyens limités du Pakistan dans ce domaine, lui-même freiné par des difficultés économiques. Fortifiée par des succès indigènes tels que le Switch UAV et par l’intégration de drones MQ-9B Reaper importés, la doctrine « Cold Start » témoigne d’un basculement d’une logique reposant sur de fortes masses humaines vers une approche technologique, en phase avec les tendances mondiales mais adaptée à la complexité du sous-continent. « Les drones ont changé la donne des guerres limitées », note un officier supérieur de l’Armée de l’Air indienne, évoquant un effet de dissuasion par la supériorité affichée.

Cette manœuvre s’inscrit dans un cadre plus large de transformation. Les forces armées accélèrent leurs acquisitions, notamment 31 MQ-9B pour un montant de 3,9 milliards de dollars, ainsi que des prototypes de drones en essaim développés par la DRDO, tout en renforçant leurs liens avec les start-ups via l’initiative iDEX. « Cold Start » mettra également en avant l’exportation de solutions anti-UAS, positionnant l’Inde comme un acteur de niche sur le marché mondial. Cependant, des défis persistent : congestion des spectres radio, vulnérabilités cybernétiques, et débats éthiques sur la létalité autonome nécessitent des ajustements continus, précisément les aspects que les manœuvres d’octobre devront examiner.