L’Inde prépare le déploiement de satellites « garde du corps » destinés à protéger ses engins spatiaux après un incident rapproché en orbite qui a mis en lumière les risques sécuritaires liés à la proximité d’autres satellites. Ce projet s’inscrit dans une volonté croissante du gouvernement de renforcer la sécurité nationale face aux menaces spatiales.
Un incident jusque-là non révélé a poussé les autorités à agir : un satellite indopakistanais est passé à moins d’un kilomètre d’un satellite indien, illustrant la vulnérabilité des actifs spatiaux nationaux. Ce survol s’est produit à une altitude comprise entre 500 et 600 kilomètres, une zone de plus en plus encombrée par des satellites de communications, notamment ceux du réseau Starlink.
Ce satellite voisin, dont l’identité n’a pas été divulguée, se serait approché dangereusement d’un satellite de l’agence spatiale indienne ISRO, chargé de missions à potentiel militaire telles que la cartographie et la surveillance au sol. Si aucune collision n’a eu lieu, cette manœuvre proche pourrait avoir été une démonstration de force ou un test des capacités de l’autre nation.
Un projet ambitieux pour protéger les satellites
Cette initiative fait partie d’un plan plus large du gouvernement de Narendra Modi visant à sécuriser l’espace orbital. Un budget d’environ 270 milliards de roupies indiennes (3 milliards de dollars) est alloué pour le lancement d’une cinquantaine de satellites de surveillance, dont le premier est attendu dès l’année prochaine.
L’Inde a connu plusieurs conflits armés majeurs au cours des sept dernières décennies avec ses voisins, en particulier le Pakistan et la Chine, qui disposent de capacités spatiales très différentes. Selon des données récentes, le Pakistan exploite huit satellites contre plus d’une centaine pour l’Inde, tandis que la Chine en compte plus de 930.
Les tensions territoriales de longue date entre New Delhi et Pékin ont parfois dégénéré en affrontements, comme en 2020 où une escarmouche meurtrière a opposé soldats indiens et chinois dans la région frontalière disputée.
Des responsables indiens et américains ont alerté sur la montée en puissance de l’Armée populaire de libération chinoise dans l’espace. « Le programme spatial chinois s’est développé rapidement en volume et en sophistication », a souligné en juin l’Air Marshal indien Ashutosh Dixit lors d’un séminaire à New Delhi.
Pour faire face à ces défis, l’Inde collabore désormais avec des start-ups spécialisées afin d’élaborer des solutions efficaces. Parmi les options envisagées figure le lancement de satellites LiDAR (Light Detection and Ranging) capables d’identifier plus rapidement les menaces en orbite et de permettre une réaction en temps réel pour repositionner les satellites visés.
Un réseau intégré de surveillance spatiale
Selon Sudheer Kumar N., ancien directeur du programme de renforcement des capacités de l’ISRO et consultant indépendant, ces satellites LiDAR devront être intégrés à un système plus vaste, comprenant notamment des radars et télescopes au sol. « Nous ne disposons pas encore d’une capacité de suivi en orbite 24h/24 et 7j/7 », a-t-il expliqué, tout en précisant que certaines start-ups travaillent activement dans ce domaine.
L’importance stratégique des satellites pour la sécurité nationale indienne a été particulièrement visible lors du conflit armé de mai dernier entre l’Inde et le Pakistan. Selon le président de l’ISRO, V. Narayanan, plus de 400 scientifiques ont œuvré sans relâche pour soutenir les satellites d’observation terrestre et de communication de l’agence tout au long des hostilités.
Par ailleurs, un groupe de recherche relevant du ministère indien de la Défense a rapporté que la Chine aurait apporté un soutien à Islamabad en ajustant la couverture satellitaire pakistanaise durant cette période de tension.