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Alors que les tensions s’exacerbent dans la région Indo-Pacifique, l’Inde a publié un vaste avis aux aéronefs (NOTAM) établissant une zone d’exclusion aérienne étendue au-dessus du golfe du Bengale en vue d’un probable essai de missile balistique lancé depuis un sous-marin (SLBM). Cette alerte, valable du 1er au 4 décembre, délimite une zone dangereuse s’étendant sur environ 3 485 kilomètres à partir du Commandement naval Est basé à Visakhapatnam, siège de la force des sous-marins de la marine indienne, suggérant une démonstration majeure des capacités de dissuasion nucléaire sous-marine. Cette initiative, intervenue dans un contexte régional sous haute surveillance, témoigne de la volonté de New Delhi de perfectionner son arsenal de seconde frappe dans un contexte géopolitique mouvant.

Ce NOTAM, largement relayé par les analystes open-source, définit une zone maritime d’exclusion s’étirant vers le sud-est dans l’océan Indien, bien au-delà des exercices de courte portée habituels. Contrairement aux lancements terrestres depuis des sites comme Abdul Kalam Island, les coordonnées annoncées se situent au large de Visakhapatnam, indiquant clairement une plateforme navale. Les navires de surface indiens ne disposent pas de missiles balistiques à portée intermédiaire (IRBM) ou intercontinentale (ICBM), ce qui limite les hypothèses à des tirs effectués depuis des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). Les experts évoquent ainsi les sous-marins de la classe Arihant, notamment l’INS Arihant (S73) ou le plus récent INS Arighat (S3), ce dernier ayant déjà validé des systèmes similaires lors d’essais antérieurs.

Au centre de toutes les attentions figure le missile balistique lancé depuis sous-marin K-4, un vecteur nucléaire à propergol solide développé par l’Organisation indienne de recherche et de développement en défense (DRDO). Ce missile dispose d’une portée d’environ 3 500 kilomètres, en parfaite adéquation avec la zone de 3 485 km délimitée par le NOTAM. Long de 10 mètres et pesant près de 20 tonnes, le K-4 peut transporter une charge utile allant jusqu’à 2 tonnes, y compris plusieurs têtes nucléaires (MIRV). Il atteint des vitesses supérieures à Mach 7, ce qui lui permet d’effectuer des manœuvres d’évasion face aux systèmes anti-missiles. Sa conception en conteneur lui permet un lancement vertical rapide depuis une profondeur d’environ 50 mètres, améliorant sa capacité de survie dans des eaux contestées.

Cette opération fait suite à une série de validations : en novembre 2024, l’Inde a enregistré un premier tir réussi du K-4 depuis l’INS Arighat, corrigeant un échec de 2019 et confirmant l’état de préparation opérationnelle de sa flotte Arihant. Des tests moteurs statiques pour la version avancée K-5 – dotée d’une portée comprise entre 5 000 et 8 000 km et intégrant un planeur hypersonique (HGV) – ont été approuvés en novembre 2025. Cependant, en raison de l’état de développement du K-5 et de la correspondance de la portée indiquée dans le NOTAM avec celle du K-4, les experts excluent pour cette mission la présence du K-5. « La configuration indique clairement un SLBM depuis un SNLE ; le K-4 correspond parfaitement », a commenté un analyste de défense sur la plateforme X, reprenant les consensus des cercles OSINT. La fenêtre d’essai allant du 1er au 4 décembre (UTC) laisse place à une certaine flexibilité pour tenir compte des conditions météorologiques ou d’éventuels ajustements en temps réel, signe caractéristique d’un programme de dissuasion mature.

Ce NOTAM intervient alors que les tensions s’intensifient en mer. Il y a quelques semaines, l’Inde avait reporté ses essais près des îles Andaman après la détection de navires « de recherche » chinois – supposés être des navires espions tels que le Xi Yan-6 – dans l’océan Indien, une présence rappelant les surveillances des essais Agni-5 en 2024 par des bâtiments chinois de la classe Yuan Wang. La flotte océanographique à double usage de Pékin a suivi plus d’une douzaine d’essais indiens depuis 2022, contraignant New Delhi à repousser certains NOTAM afin de préserver la confidentialité des données de télémétrie. Parallèlement, d’autres NOTAM couvrent les frontières aériennes indiennes, notamment des exercices dans les régions frontalières Chine-Bangladesh (10-14 novembre) ainsi que de vastes zones d’exclusion dans la mer d’Arabie, signifiant une posture de préparation renforcée après les révélations issues de l’Opération Sindoor relative aux menaces de brouillage GPS.

Pour la marine indienne, la mise en service d’un troisième SNLE (S4) prévue pour 2026 et l’introduction progressive du K-4 sur l’ensemble des sous-marins de la classe Arihant viendront consolider une dissuasion maritime robuste, capable de cibler une quasi-totalité des objectifs eurasiatiques depuis les profondeurs océaniques. Cette stratégie s’inscrit dans l’esprit d’« Atmanirbhar Bharat » (Inde autonome), visant à réduire la dépendance aux importations tout en intégrant la technologie MIRV déjà testée sur le missile Agni-5. Néanmoins, des défis subsistent, notamment la montée en cadence de la production malgré les sanctions sur les technologies à double usage et la nécessité de contrer les capacités hypersoniques d’adversaires comme le missile JL-3 chinois.