New Delhi – Lors du Sommet des chefs des pays contributeurs de troupes aux opérations de maintien de la paix de l’ONU (UNTCC), le ministre indien des Affaires étrangères, S. Jaishankar, a réaffirmé la volonté de l’Inde d’assumer davantage de responsabilités au sein d’une Organisation des Nations unies réformée et d’un ordre multilatéral renouvelé.
Dans son allocution lors de la journée de clôture du conclave des chefs des pays contributeurs de troupes aux missions de l’ONU, S. Jaishankar a souligné les principes essentiels devant guider les futures opérations de maintien de la paix, insistant notamment sur la nécessité que les mandats soient « réalistes et clairs » afin d’en garantir l’efficacité. Il a rappelé que « la responsabilité première de la protection des civils incombe toujours à l’État hôte ».
Le ministre a déploré que, bien que le désir d’une ONU réformée soit fort parmi ses membres, notamment en ce qui concerne l’extension des sièges permanents et non permanents du Conseil de sécurité, le processus de réforme est freiné, alimentant des injustices historiques qui perdurent. Il a ainsi affirmé : « L’Inde réaffirme sa volonté d’assumer des responsabilités plus grandes dans une ONU réformée et dans un multilatéralisme renouvelé. »
Se penchant sur le rôle du maintien de la paix, S. Jaishankar a rappelé la contribution historique et continue de l’Inde aux opérations onusiennes. Il a salué le courage et l’engagement des casques bleus indiens qui œuvrent à la protection des civils, à l’acheminement de l’aide humanitaire et au soutien des processus de paix fragiles. « Ces hommes et ces femmes sont les véritables porte-flambeaux du multilatéralisme », a-t-il déclaré.
Il a rendu hommage aux soldats tombés en service en soulignant que plus de 4 000 casques bleus ont perdu la vie, dont 182 Indiens, rappelant que leur sacrifice est un appel solennel à assurer la pérennité de cette mission.
Le ministre a insisté sur la nécessité de mandats clairement définis et réalistes pour les missions de maintien de la paix, ainsi que sur la protection effective des personnels sur le terrain. Il a également rappelé que le concept même de maintien de la paix n’était pas prévu à l’origine dans la Charte des Nations unies, mais a évolué au fil des décennies pour devenir l’instrument phare et le plus efficace de l’ONU.
Le rôle accru de la technologie dans le maintien de la paix
S. Jaishankar a souligné le rôle essentiel que jouent les technologies dans les opérations modernes de maintien de la paix, les qualifiant de « multiplicateurs de force ». Reconnaissant que l’Inde est une nation tournée vers l’innovation, il a affirmé la volonté de son pays de démontrer ses capacités technologiques pour renforcer efficacement les opérations de maintien de la paix. Il a appelé à un renforcement de la communication stratégique face aux fausses informations et aux campagnes de désinformation, soulignant le rôle clé des technologies de l’information et de la communication dans ce domaine.
Il a rappelé que la sécurité des casques bleus doit être une priorité absolue et que les auteurs d’attaques contre eux doivent être poursuivis et traduits en justice.
Un engagement historique de l’Inde dans les opérations de paix
Le ministre a précisé que la participation de l’Inde aux opérations de maintien de la paix exprime sa responsabilité en tant qu’État membre de l’ONU et sa foi dans les engagements internationaux. Depuis la création des missions onusiennes, l’Inde a déployé plus de 300 000 soldats, faisant d’elle le premier contributeur mondial en termes de troupes. Ces forces ont servi avec distinction dans certains des contextes les plus difficiles, notamment au Soudan du Sud, au Liban, en Syrie et en République démocratique du Congo, soutenant la conviction que « la paix où que ce soit renforce la paix partout ».
« L’ONU reflète toujours les réalités de 1945 et non celles de 2025 »
Abordant la nécessité d’adapter le maintien de la paix aux évolutions géopolitiques, S. Jaishankar a rappelé que l’ONU « reflète encore les réalités du monde en 1945 et non celles de 2025 ». Il a évoqué sa récente participation à la 80e Assemblée générale de l’ONU à New York pour illustrer l’importance de réformes. Pour lui, si l’ONU ne s’adapte pas, elle risque l’obsolescence et la perte de légitimité, ce qui serait préjudiciable dans un contexte international incertain.
Le ministre a appelé à une organisation plus inclusive, démocratique et représentative, amplifiant la voix du Sud global, afin que l’ONU gagne en crédibilité et en efficacité. Il a aussi mis en lumière la transformation de la nature des conflits, marquée par la montée des acteurs non étatiques et les guerres asymétriques, ce qui exige de réévaluer les efforts de maintien de la paix dans leur contexte actuel.
Il a souligné que les décisions concernant les mandats doivent être prises en consultation étroite avec tous les acteurs concernés, notamment les pays contributeurs de troupes et les États hôtes.
Un engagement fort en faveur des femmes dans le maintien de la paix
Le ministre a réitéré l’attachement de l’Inde à l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » des Nations unies, rappelant que l’Inde a accueilli en février 2025 la première conférence internationale des femmes casques bleus du Sud global, réunissant des déléguées de 35 pays. En août, l’Inde a également organisé un cours militaire pour officiers de police féminins avec la participation de 15 nations.
Soulignant que « il ne s’agit plus de savoir si les femmes peuvent participer au maintien de la paix, mais plutôt si ce maintien peut réussir sans elles », il a rappelé que l’Inde fut le premier pays à déployer une unité de police entièrement féminine en mission de maintien de la paix, notamment au Liberia en 2007. Les femmes casques bleus indiennes sont présentes dans diverses fonctions — observateurs militaires, officiers d’état-major, personnels médicaux, forces de police — dans plusieurs missions à travers le monde.
Le cadre « Femmes, Paix et Sécurité » adopté par le Conseil de sécurité en 2000 vise à renforcer la participation des femmes dans la prévention et la résolution des conflits, ainsi qu’à les protéger de la violence, en s’appuyant sur quatre piliers : participation, protection, prévention et assistance post-conflit.
Vision indienne du maintien de la paix et coopération internationale
S. Jaishankar a illustré l’engagement de l’Inde dans le maintien de la paix à travers le concept traditionnel indien de « Vasudhaiva Kutumbakam » (« Le monde est une seule famille »), soulignant que cette philosophie civilisatrice guide la politique indienne en matière de maintien de la paix.
Il a insisté sur la nécessité d’une coopération renforcée face aux défis globaux que sont le terrorisme, l’instabilité économique et le changement climatique, lesquels sont interconnectés et transcendent les frontières nationales. Pour lui, l’ONU reste le cadre naturel de cette collaboration multilatérale.
Le ministre a également mis en avant l’importance de consolider les partenariats internationaux pour promouvoir durablement la paix, la sécurité et la stabilité mondiale.
Accueil et retombées du conclave UNTCC à New Delhi
La conférence, organisée à New Delhi du 14 au 16 octobre, a rassemblé des représentants de 32 pays contributeurs de troupes à l’ONU, ainsi que des hauts responsables des Nations unies, des décideurs et des experts du secteur. Ce forum constitue une plateforme essentielle pour discuter des défis opérationnels, de l’évolution des menaces, de l’interopérabilité, de l’inclusivité dans la prise de décisions et du rôle des technologies et de la formation dans le renforcement des opérations de maintien de la paix.
Le 16 octobre, la délégation du conclave a été reçue en audience par la présidente de l’Inde, Droupadi Murmu, au Rashtrapati Bhavan. Celle-ci a salué la résolution des pays participants à œuvrer ensemble pour la paix durable et la prospérité, et a insisté sur la nécessité d’impliquer toutes les parties prenantes et d’exploiter la technologie pour renforcer la coopération, l’amitié durable et la sécurité des casques bleus.
Durant le conclave, le chef d’état-major de l’armée indienne, le général Upendra Dwivedi, a mené plusieurs rencontres bilatérales avec ses homologues de divers pays (Burundi, Tanzanie, Pologne, Éthiopie, Népal et Ouganda) afin de renforcer la coopération militaire, l’interopérabilité et la coordination pour les futurs engagements en maintien de la paix.
La clôture du conclave a vu une affirmation unanime que les missions de maintien de la paix de l’ONU doivent « s’adapter aux nouvelles réalités », avec une prise de décision plus inclusive donnant une voix plus forte aux pays contributeurs, tout en assurant la sécurité des personnels par des mandats réalistes, l’utilisation de technologies locales et économiques, et un renforcement des cadres d’entraînement pour préparer les troupes aux environnements complexes.
Le conclave a également inclus des hommages aux soldats indiens tombés lors de leur mission, avec une cérémonie au Mémorial national de la guerre, suivie d’une plantation d’arbres au centre Manekshaw. La plantation d’arbustes d’Ashoka dans la « Forêt des Casques Bleus » symbolise un engagement commun pour la durabilité et un avenir plus vert, en harmonie avec l’initiative nationale « Ek Ped Maa Ke Naam », qui incarne la gratitude et le lien nourricier entre l’humanité et la nature.