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La volonté de l’Inde d’imposer des coûts à un écosystème favorisant le terrorisme, sans attendre une validation extérieure, ouvre de nouvelles perspectives pour renforcer la coordination stratégique entre Israël et l’Inde. Cette évolution traduit l’émergence d’un nouveau cadre stratégique indien, désormais difficile à ignorer sur la scène internationale.

Selon un rapport publié récemment, cette nouvelle posture indienne s’inscrit dans une logique de dissuasion renouvelée : elle rejette ouvertement le chantage nucléaire, efface la frontière entre terrorisme par procuration et responsabilité étatique, et manifeste une volonté claire de frapper tôt et avec précision. John Spencer, directeur exécutif à l’Urban Warfare Institute (États-Unis), et Lauren Dagan Amoss, experte internationale en politique étrangère et de sécurité indienne, ont souligné dans une analyse pour le Begin–Sadat Centre for Strategic Studies affilié à l’Université Bar-Ilan en Israël que ces principes font écho à la doctrine sécuritaire israélienne appliquée depuis des décennies.

Les deux pays sont confrontés à des adversaires qui utilisent le terrorisme comme outil stratégique sous couvert d’ambiguïté nucléaire. L’opération Sindoor menée par l’Inde, notamment sa neutralisation des missiles PL-15 d’origine chinoise et des systèmes de défense aérienne HQ-9/P, apporte des enseignements opérationnels précieux pour Israël, alors que la technologie chinoise se répand au Moyen-Orient. Cette convergence ne se limite pas à un discours mais s’inscrit dans une évolution doctrinale concrète.

Depuis près de dix ans, l’Inde semble abandonner sa doctrine de retenue stratégique face aux attaques terroristes majeures venant du Pakistan, comme celles d’Uri en 2016, de Balakot en 2019 ou de Pahalgam en 2025. Ces réponses prévisibles n’ont pas dissuadé le terrorisme transfrontalier, mais au contraire, l’ont renforcé. La retenue, autrefois perçue comme un facteur de stabilité, est devenue un risque stratégique.

Les experts expliquent que cette retenue visait à éviter une escalade avec le Pakistan. En réalité, elle a eu l’effet inverse. Les groupes terroristes soutenus par les services de sécurité pakistanais ont exploité la ligne de démarcation entre terrorisme et agressions étatiques, supposant que l’Inde éviterait des représailles décisives ou des interventions transfrontalières. Ces réponses limitées ont généré des schémas prévisibles qui ont encouragé de nouvelles violences.

John Spencer et Lauren Dagan Amoss notent que l’Inde est passée d’une approche de retenue à une doctrine de mise en contrainte, traitant désormais les attaques majeures comme des actes de guerre. Cette transformation a été officialisée lors de l’opération Sindoor, lorsque le Premier ministre Narendra Modi a déclaré que les attaques terroristes importantes seraient désormais traitées comme une réponse en temps de guerre, et non plus comme de simples affaires de maintien de l’ordre.

Le gouvernement indien ne dépend plus des longs cycles d’attribution ou de la pression internationale avant d’agir. La prévention est désormais considérée comme un droit souverain. Pendant l’opération Sindoor, l’Inde a frappé tôt et en profondeur, utilisant des tirs longue portée, des essaims de drones, des munitions rampantes et un renseignement en temps réel fusionné. Cette opération a rompu avec les anciens schémas et marqué un changement doctrinal permanent.