Dans une avancée majeure vers l’autonomie technologique en défense, l’Organisation de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO) et Bharat Dynamics Limited (BDL) collaborent pour remplacer le transmetteur de liaison de données (DLT) importé de la série de missiles air-air Astra par une solution locale, d’ici décembre 2027.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre plus large de la campagne « Atmanirbhar Bharat », visant à nationaliser les composants clés du missile Astra afin de renforcer l’autonomie opérationnelle et la souveraineté technologique de l’Inde. Le développement de ce transmetteur de liaison de données indigène, déjà en cours, promet d’améliorer les performances du missile dans des scénarios de combat complexes, en adéquation avec la stratégie croissante de l’Indian Air Force (IAF) qui mise sur des systèmes développés sur le sol national.
Dans les systèmes modernes de missiles air-air comme la série Astra, le transmetteur de liaison de données joue un rôle essentiel en établissant un lien de communication bidirectionnel entre l’avion lanceur et le missile. Cette liaison permet des mises à jour et ajustements en temps réel durant le vol, améliorant considérablement la précision et l’efficacité du missile. Le DLT assure la transmission d’informations critiques, notamment :
- Informations sur la cible : Position, vitesse et autres caractéristiques de la cible, permettant au missile de suivre et d’engager des menaces mobiles ou furtives.
- Statut du missile : Mises à jour concernant l’état fonctionnel et cinématique du missile, incluant notamment les alertes lorsque le chercheur embarqué verrouille la cible.
- Mises à jour en mi-parcours : Possibilité pour l’avion lanceur ou d’autres plates-formes connectées de fournir de nouvelles données sur la cible, voire de rediriger le missile en cours de vol, une capacité cruciale face à des cibles manœuvrantes ou dans des environnements de combats dynamiques à multiples adversaires.
Cette fonctionnalité est particulièrement importante pour les engagements au-delà de la portée visuelle (BVR), domaine dans lequel le missile Astra excelle, avec une portée supérieure à 100 kilomètres pour la version Mk-1 et potentiellement jusqu’à 160 kilomètres pour la Mk-2. Sans une liaison de données efficace, la capacité du missile à s’adapter aux évolutions du champ de bataille ou à corriger sa trajectoire serait limitée, diminuant son efficacité face à des menaces sophistiquées.
Jusqu’à présent, la série Astra dépendait de composants importés, dont le transmetteur de liaison de données, pour garantir une guidage précis en mi-parcours et des mises à jour fiables de la cible. Si cette solution assurait les performances, elle exposait également l’Inde à des vulnérabilités liées aux chaînes d’approvisionnement et à des coûts élevés. La collaboration entre DRDO et BDL vise à éliminer cette dépendance grâce à la conception complète d’un DLT indigène, accompagnée d’autres systèmes essentiels comme l’Unité de Mesure Inertielle (IMU) et le récepteur de liaison de données, avec pour objectif une finalisation d’ici décembre 2027.
Le transmetteur indigène en cours de développement ambitionne d’égaler voire de surpasser les capacités de son homologue importé. En s’appuyant sur l’expertise technologique du DRDO en matière de missiles et le savoir-faire industriel de BDL, le nouveau système sera parfaitement adapté aux spécificités du missile Astra, garantissant une intégration fluide avec les guidages radar actif et inertiel. Cette personnalisation devrait également renforcer la résistance du missile aux contre-mesures électroniques, un enjeu grandissant face à l’essor des brouillages sophistiqués adverses.
Des sources rapportent que le nouveau DLT pourrait intégrer des fonctionnalités de radio logicielle (Software-Defined Radio – SDR) afin d’optimiser sa discrétion et son adaptabilité, même si les détails officiels restent confidentiels. Ce projet s’inscrit dans la continuité du succès du DRDO, illustré par l’entrée en service de l’Astra Mk-1 en 2024 et les essais en cours du Mk-2, dont la portée rivalise avec des références mondiales telles que le missile européen Meteor (160 km) et le chinois PL-15 (200 km).