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Ces derniers mois ont été marqués par une réorientation notable des relations diplomatiques entre plusieurs nations. D’un côté, la révision des tarifs commerciaux par Washington a déclenché un réalignement géopolitique. De l’autre, la prudence accrue de Pékin dans le financement de l’Initiative Ceinture et Route (BRI) traduit ses inquiétudes quant à la soutenabilité de la dette et à la sécurité dans les régions frontalières.

Le retrait soudain de la Chine d’un projet majeur du Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) illustre cette nouvelle posture plus restrictive en matière d’investissements étrangers.

Les retards, les menaces sécuritaires pesant sur le personnel chinois et les difficultés de remboursement d’Islamabad ont mis à l’épreuve la tolérance au risque de Pékin. Dans ce contexte, New Delhi renforce sa politique Connecter l’Asie centrale, en faisant du port de Chabahar un élément central pour son accès à l’Afghanistan et aux territoires au-delà.

Le dimanche 7 septembre, le conseiller à la sécurité nationale indien, Ajit Doval, a eu un entretien téléphonique avec son homologue iranien, Ali Akbar Ahmadian. Selon les informations disponibles, leurs échanges ont porté sur l’intensification de la coopération bilatérale ainsi que sur la situation régionale actuelle.
Le projet du port de Chabahar a également été au cœur de leurs discussions.

Situé stratégiquement, le port Shahid Beheshti de Chabahar en Iran constitue un point névralgique pour le commerce régional. L’Inde s’est engagée à développer ses infrastructures, en équipant et en exploitant les terminaux de marchandises générales et de conteneurs pour une durée de dix ans. Un contrat principal à long terme a été signé à cet effet le 13 mai 2024. Au total, un budget de 400 crores de roupies a été alloué de l’exercice fiscal 2016-17 à 2023-24.

Jusqu’à présent, 201,51 crores de roupies ont été utilisés pour le développement du port, a déclaré le ministre indien des Transports maritimes Sarbananda Sonowal dans une réponse écrite au Lok Sabha en juillet dernier. Le port a enregistré une hausse de 43 % du trafic de navires et une augmentation de 34 % du trafic de conteneurs durant l’exercice 2023-2024. On anticipe une progression significative du commerce maritime et des recettes commerciales dès que le port sera pleinement opérationnel. La Chine avait manifesté un intérêt marqué pour son développement dans le cadre de la BRI.

En raison de ses liens étroits avec le Pakistan, Pékin aurait pu représenter une source d’inquiétude pour l’Inde concernant Chabahar. Toutefois, le recentrage de la Chine réduit désormais la capacité d’Islamabad à exiger des concessions dans les accords de transit liés à Chabahar avec l’Iran et l’Inde. Le Pakistan devra ainsi naviguer avec précaution entre ses deux partenaires stratégiques.

L’engagement de l’Inde dans le développement du port de Chabahar illustre sa volonté de contourner les routes sous contrôle pakistanais. Exploitant le seul port océanique iranien sur le golfe d’Oman, Chabahar offre à New Delhi une voie directe vers l’Afghanistan et l’Asie centrale. Malgré les fluctuations des tarifs américains, l’Inde poursuit la modernisation de ses infrastructures portuaires et le développement des liaisons ferroviaires associées, considérant Chabahar comme un levier essentiel à sa stratégie économique et diplomatique.