Dans un contexte où l’Inde affirme de plus en plus son poids sur la scène mondiale de la défense, le ministre indien de la Défense, Rajnath Singh, a annoncé samedi la signature de contrats d’exportation majeurs pour BrahMos Aerospace, d’un montant évalué à environ 4 000 crores de roupies, avec deux pays dont l’identité reste confidentielle. Ces accords interviennent peu après l’opération Sindoor, illustrant la transformation de l’Inde, qui devient un acteur-clé de l’exportation d’armements.
Lors de la cérémonie de lancement de la première série de missiles de croisière supersoniques BrahMos produits dans la nouvelle usine de Lucknow, Rajnath Singh a souligné le tournant stratégique dans la politique étrangère indienne. « Que ce soit l’exportation du BrahMos aux Philippines ou la coopération future avec d’autres pays, l’Inde n’est plus seulement une importatrice, mais désormais un fournisseur », a-t-il déclaré, mettant en avant le rôle croissant de l’Inde dans le renforcement des capacités militaires de ses alliés.
Ces contrats, dont la valeur totale avoisine 455 millions de dollars, constituent un bond significatif pour BrahMos Aerospace, une coentreprise entre l’Organisation indienne de recherche et développement en défense (DRDO) et la société russe NPO Mashinostroyeniya. Si les pays bénéficiaires ne sont pas dévoilés, sans doute pour des raisons géopolitiques, ces contrats suivent de près un accord précédent d’une valeur de 375 millions de dollars signé avec les Philippines en 2022, dont les livraisons ont déjà débuté. Selon des sources, il s’agirait de systèmes de missiles de croisière supersoniques adaptés à des missions d’attaque côtière et terrestre, renforçant la réputation du BrahMos comme une arme parmi les plus rapides et polyvalentes au monde.
Le calendrier de ces exportations n’est pas anodin. Il fait écho à l’opération Sindoor, menée il y a seulement quelques mois, une frappe militaire de précision visant les infrastructures terroristes au Pakistan et dans la région du Cachemire sous occupation pakistanaise (PoK). Cette opération a démontré l’efficacité redoutable du missile BrahMos, utilisé par l’Indian Air Force pour neutraliser plusieurs bases aériennes pakistanaises ainsi que des camps terroristes, témoignant de sa portée étendue et de sa précision chirurgicale. Singh a qualifié cette opération de « simple bande-annonce », précisant que les améliorations apportées à l’usine de Lucknow ont désormais placé « chaque parcelle du Pakistan » à la portée létale du BrahMos.
Les propos du ministre s’inscrivent dans la dynamique plus large de l’initiative Atmanirbhar Bharat (Inde autonome), qui vise à renforcer l’autosuffisance nationale. Historiquement importateur net d’armements, l’Inde a renversé la tendance avec des exportations militaires qui ont été multipliées par plus de 30 au cours de la dernière décennie, dépassant 21 000 crores de roupies pour l’année fiscale 2024-2025. Le BrahMos, souvent surnommé « l’arme miracle fire-and-forget » avec des vitesses allant jusqu’à Mach 3, constitue à lui seul un tiers de ces exportations.
Pour les experts, ces contrats représentent un double avantage stratégique : ils génèrent des revenus tout en renforçant la diplomatie militaire indienne. « La volonté de l’Inde de partager la technologie BrahMos témoigne de la confiance qu’elle accorde à ses partenaires », a souligné un analyste spécialiste des affaires stratégiques basé à Delhi. Néanmoins, le secret entourant l’identité des deux pays alimente les spéculations : parmi les acheteurs potentiels figureraient le Vietnam, l’Indonésie ou encore l’Arabie saoudite, tous ayant déjà manifesté un intérêt antérieur pour cette technologie.