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La récente instabilité au Bangladesh suscite une forte inquiétude, notamment concernant les patients nécessitant des soins médicaux spécialisés en urgence.

Ce pays figure parmi les principales destinations pour les demandes de visa indien à l’étranger, avec une majorité écrasante de demandes relevant du secteur médical. Un rapport d’une commission parlementaire sur « l’avenir des relations Inde-Bangladesh » souligne que les visas médicaux représentent environ 80 % du total des visas délivrés à l’heure actuelle. Le rapport précise également que « toute nouvelle facilitation du nombre de visas sera envisagée en concertation avec le ministère des Affaires étrangères, après analyse de différents facteurs ».

La crise politique actuelle au Bangladesh a fortement perturbé les déplacements comme les échanges commerciaux : les déplacements vers l’Inde ont ainsi chuté de près de 90 %. Le tourisme médical, bien que toujours autorisé dans le cadre d’exceptions, a particulièrement souffert. Cette baisse se manifeste aussi dans les villes-frontières, où les établissements d’hébergement et les hôpitaux ont enregistré un net recul du nombre de patients et visiteurs bangladais.

Un développement chinois croissant sous surveillance

La commission parlementaire exprime ses préoccupations face à « l’empreinte croissante de la Chine au Bangladesh, en particulier dans les infrastructures, l’expansion portuaire et la coopération militaire ». Elle souligne également « la montée en puissance d’acteurs chinois dans le secteur médical bangladais ». Face à cette influence, le gouvernement indien devra élaborer des stratégies pour y répondre sans compromettre ses préoccupations sécuritaires.

Les autorités indiennes affirment suivre ces évolutions de près. La délivrance des visas médicaux se poursuit, mais pourrait être réexaminée en fonction de l’évolution de la situation sécuritaire.

Des tensions commerciales exacerbées par la crise politique

Depuis la démission récente de la Première ministre bangladaise Sheikh Hasina, le commerce bilatéral connaît plusieurs perturbations. Le Bangladesh a notamment instauré des restrictions sur les importations indiennes, notamment sur des produits de première nécessité comme le fil à tisser et le riz. En réponse, l’Inde a limité les importations en provenance du Bangladesh via ses postes frontaliers terrestres du Nord-Est.

Les principales exportations bangladaises, notamment les vêtements confectionnés représentant plusieurs centaines de millions de dollars par an, sont désormais contraintes de passer par les ports maritimes de Kolkata et de Navi Mumbai, ce qui engendre des coûts et délais supplémentaires.

Si ces mesures réciproques ont tendu les relations commerciales, elles n’ont pas stoppé les échanges, avec une croissance malgré tout observée des exportations bangladaises vers l’Inde.

Les enjeux géopolitiques et économiques d’une influence chinoise accrue

Le changement de régime à Dhaka a favorisé un rapprochement croissant avec Pékin, ce qui incite New Delhi à adopter une posture prudente, traduite par des restrictions commerciales et la fin de certains accords de transit.

La commission parlementaire pointe également « le dumping signalé de produits chinois, notamment des tissus, en Inde via le Bangladesh en profitant des règles préférentielles du South Asian Free Trade Area (SAFTA) dont bénéficie le Bangladesh ».

Le Bangladesh demeure le principal partenaire commercial de l’Inde en Asie du Sud, tandis que l’Inde est le deuxième partenaire commercial de Dhaka en Asie. Le commerce bilatéral a connu une croissance significative au cours de la dernière décennie : les exportations indiennes vers le Bangladesh ont atteint environ 11,456 milliards de dollars en 2024-2025, contre 6,451 milliards en 2014-2015. Les importations indiennes depuis le Bangladesh ont également augmenté, passant de 621 millions de dollars à près de 2 milliards sur la même période.

Cependant, la pénurie de devises étrangères et l’inflation galopante au Bangladesh compliquent aujourd’hui ses capacités d’échanges commerciaux.

Malgré le nationalisme accru et des révisions politiques en cours, l’interdépendance économique entre les deux pays reste forte et résiliente. Cela souligne la nécessité d’une coopération diplomatique et économique constante pour garantir la stabilité des relations bilatérales.

En dépit des critiques souvent émises par la direction intérimaire bangladaise dans les forums internationaux, l’Inde maintient une surveillance attentive, conciliant ses priorités économiques et les enjeux géopolitiques.

La stabilité économique régionale en jeu

La stabilité économique en Asie du Sud dépend de mécanismes robustes capables de résister aux changements politiques, préservant ainsi les liens commerciaux et les échanges entre l’Inde et le Bangladesh, essentiels à la cohésion régionale.