Le 27 décembre 2025, l’Inde a réalisé un tir d’essai du missile balistique lanceur d’engins sous-marin (SLBM) K-4 depuis le sous-marin nucléaire lanceur d’engins INS Arighaat, dans le golfe du Bengale. Cette opération renforce la capacité de survie de la dissuasion nucléaire indienne et témoigne d’une confiance accrue dans la capacité de riposte maritime du pays.

L’Inde a récemment procédé au lancement d’essai de son missile balistique sous-marin K-4 à bord du sous-marin nucléaire lanceur d’engins INS Arighaat. Selon des sources officielles indiennes, il s’agit de la première fois que ce missile est tiré depuis ce type de plate-forme. L’essai a eu lieu le 25 décembre 2025 au large de la côte de Visakhapatnam, dans la baie du Bengale, sans confirmation immédiate du ministère de la Défense.

Les analystes militaires soulignent que ce tir marque une avancée importante vers l’opérationnalisation de la composante maritime de la dissuasion nucléaire indienne.

Le missile K-4 est un engin à propergol solide, à deux étages, capable de transporter une charge nucléaire, avec une portée d’environ 3 500 km. Il est conçu spécifiquement pour être lancé depuis les sous-marins de classe Arihant. Ce missile permet à l’Inde de mener des patrouilles de dissuasion nucléaire survivables à grande distance des côtes adverses, garantissant ainsi une capacité de seconde frappe crédible.

Le K-4 se distingue du précédent missile K-15 par sa catégorie de portée et ses caractéristiques techniques. Il s’agit d’un missile balistique à propergol solide et à deux étages, capable de parcourir environ 3 500 km. Sa charge nucléaire peut atteindre environ deux tonnes. Opérationnellement, une propulsion à propergol solide, en deux étages, convient particulièrement aux applications sous-marines, car elle assure une bonne stabilité en stockage, une réactivité accrue et une compatibilité avec les systèmes de lancement vertical, minimisant le temps d’exposition des équipages lors du tir.

Dans la conception de la classe Arihant, chaque tube de lancement peut embarquer soit plusieurs missiles K-15 à courte portée, soit un missile K-4 à plus longue portée, offrant ainsi une flexibilité stratégique. Le K-4 privilégie la profondeur stratégique au volume de tirs simultanés.

Cette portée étendue constitue un changement tactique majeur. Le K-15, avec sa portée limitée à environ 700-750 km, oblige les sous-marins nucléaires balistiques indiens à opérer à proximité des côtes adverses, augmentant leur vulnérabilité face aux moyens modernes de lutte anti-sous-marine. En revanche, le K-4 permet aux SNLE indiens d’élargir considérablement leurs zones de patrouille sécurisées, facilitant la protection des moyens embarqués et la coordination avec les capacités de surveillance sous-marine émergentes.

Cette extension de zone sécurisée améliore directement la crédibilité de la dissuasion puisqu’elle augmente les chances qu’au moins un des vecteurs nucléaires sous-marins survive à une première frappe et soit en mesure de riposter selon les ordres de la chaîne de commandement nationale.

Le sous-marin INS Arighaat, commissionné le 29 août 2024, est au cœur de cette avancée. Considéré comme un renforcement majeur de la triade nucléaire indienne, il bénéficie d’améliorations par rapport à son navire lead Arihant, avec une intégration industrielle davantage domestique. Placé sous le commandement des Forces stratégiques, il s’agit d’un actif stratégique national et non simplement d’une capacité navale tactique.

Le K-4 reconfigure également l’architecture globale de la dissuasion nucléaire indienne. Le pays dispose déjà d’arsenaux terrestres et aériens puissants, incluant les missiles balistiques intercontinentaux de la série Agni, dont la portée dépasse 5 000 km, et des avions capables de transport nucléaire comme les Rafale, Su-30MKI et Mirage 2000.

Cependant, la capacité de survie reste un facteur déterminant dans la dissuasion nucléaire. Les sous-marins constituent la composante la plus résiliente de la triade, particulièrement au regard de la doctrine indienne de dissuasion minimale crédible et de non-emploi en premier (No First Use), qui réserve le recours aux armes nucléaires à une riposte destinée à infliger des dommages inacceptables à l’adversaire.

Le contexte sécuritaire régional explique l’effort continu de l’Inde en faveur d’une dissuasion maritime renforcée. Face à deux voisins dotés de l’arme nucléaire et à des tensions récurrentes en Asie du Sud, où le risque d’escalade est constamment présent, même des affrontements conventionnels nourrissent des craintes internationales quant à une possible dimension nucléaire.

Dans ce contexte, l’Inde insiste sur le fait que la retenue et la politique de non-emploi doivent être garanties par des forces de riposte assurant une survie crédible, pour dissuader toute forme de coercition ou de malentendu stratégique.

Enfin, le test du K-4 s’inscrit dans une trajectoire de développement à long terme de la force sous-marine. L’Inde prévoit d’acquérir d’autres SNLE, comme l’INS Aridhaman, appelé à entrer en service prochainement, ainsi que des bateaux de nouvelle génération avec une endurance et une capacité de missiles accrues.

Parallèlement, le développement des missiles de la série K, notamment le K-5 et le K-6, vise à maintenir la crédibilité de la dissuasion maritime face à un environnement sécuritaire en mutation.

La portée stratégique du lancement du K-4 dépasse donc le simple test : il s’agit de transformer la classe Arihant en une force de seconde frappe plus survivable et flexible, en parfaite adéquation avec la doctrine indienne et ses calculs de sécurité à long terme.