Malgré des tensions persistantes et la menace d’une intervention militaire américaine, l’Iran affirme avoir réalisé des progrès vers l’ouverture de négociations avec les États-Unis. Alors que Washington déploie une importante force navale dans le golfe Persique, Téhéran souligne sa volonté d’éviter un conflit majeur tout en restant sur ses gardes.
Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a déclaré samedi que des « avancées structurelles » étaient en cours pour préparer des pourparlers avec les États-Unis, en dépit des campagnes médiatiques belliqueuses. Cette annonce intervient un jour après des discussions entre Larijani et le président russe Vladimir Poutine à Moscou.
Le président iranien Masoud Pezeshkian a également insisté sur le fait que l’Iran ne cherche pas la guerre. Lors d’un échange téléphonique avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, il a affirmé : « La République islamique d’Iran n’a jamais voulu, et ne veut en aucun cas, la guerre. Nous sommes convaincus qu’un conflit ne serait avantageux ni pour l’Iran, ni pour les États-Unis, ni pour la région. »
De son côté, le président américain Donald Trump a confirmé l’existence d’un dialogue avec Téhéran tout en maintenant la pression militaire. Lors d’une interview à Fox News, il a indiqué : « Ils parlent avec nous, nous verrons si nous pouvons aboutir à quelque chose, sinon nous verrons ce qui se passera… nous avons une grande flotte en route. »
Par ailleurs, le Qatar a annoncé que son Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Sheikh Mohammed bin Abdulrahman Al Thani, a rencontré Larijani à Téhéran samedi afin de tenter de désamorcer les tensions dans la région.
La présence imposante du groupe aéronaval américain conduit par le porte-avions USS Abraham Lincoln au large des côtes iraniennes a suscité des craintes de confrontation directe. L’Iran a clairement averti qu’en cas d’attaque, il riposterait par des frappes de missiles contre les bases, navires et alliés américains, notamment Israël.
Le chef d’état-major iranien, Amir Hatami, a mis en garde les États-Unis et Israël contre toute agression, affirmant que les forces iraniennes étaient en « pleine préparation militaire et défensive ». Il a ajouté : « Si l’ennemi commet une erreur, il mettra en danger sa propre sécurité, celle de la région, ainsi que celle du régime sioniste. » Hatami a également souligné que la technologie nucléaire iranienne ne pouvait être « éliminée ».
Face à la montée des tensions, les autorités iraniennes ont rapidement démenti plusieurs incidents survenus samedi, dont une explosion dans le port de Bandar Abbas, qui selon les pompiers locaux serait due à une fuite de gaz.
Par ailleurs, le commandement central américain (CENTCOM) a annoncé vendredi que le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) mènerait un exercice naval avec tirs réels de deux jours dans le détroit d’Hormuz, passage stratégique pour les approvisionnements énergétiques mondiaux. Cette annonce a suscité la désapprobation de Washington, qui a mis en garde contre toute « conduite non sécurisée et non professionnelle » à proximité des forces américaines.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a vivement réagi sur le réseau social X, dénonçant une tentative américaine d’imposer des règles à l’armée iranienne sur son propre territoire.
En 2019, les États-Unis avaient classé le Corps des Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste, décision suivie récemment par l’Union européenne, provoquant la colère de Téhéran. Par ailleurs, les États-Unis ont mené des frappes sur des sites nucléaires clés en Iran en juin dernier, dans le contexte du conflit israélo-iranien régional.
Le pays est secoué depuis fin décembre par des manifestations massives contre la hausse du coût de la vie, qui ont rapidement évolué en vague de contestation contre le régime. Les autorités ont qualifié les événements de « troubles » attribués à des ingérences américaines et israéliennes. Selon le bilan officiel, 3 117 personnes sont décédées, tandis que l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, fait état de 6 713 morts, dont 137 enfants.
Dans ce contexte, Pezeshkian a appelé les dirigeants à écouter les doléances populaires et à « servir le peuple ». Sur la frontière entre l’Iran et la Turquie, au poste frontière de Kapikoy, certains Iraniens cherchant à fuir la répression ont témoigné de la violence des forces de l’ordre. Shabnan, un pseudonyme, a déclaré : « Ils tiraient dans notre dos. Nous étions même visés chez nous, à travers nos fenêtres. Tous ont perdu des proches, des amis, des voisins, des connaissances. »