L’Iran a réceptionné son premier hélicoptère d’attaque russe Mil Mi-28NE, marquant probablement la première livraison confirmée d’une commande annoncée en novembre 2023. L’appareil a été géolocalisé dans les installations de Pars Aerospace Services Company, suggérant davantage une phase d’inspection et d’acceptation qu’un déploiement opérationnel immédiat.
Cette livraison intervient dans un contexte d’intensification des déploiements militaires américains et de déclarations publiques laissant entendre une préparation à des frappes directes contre les infrastructures militaires iraniennes.
Cela pourrait indiquer que la Russie a discrètement transféré à l’Iran ce premier hélicoptère d’attaque Mil Mi-28NE, alors que le pays cherche à renforcer ses capacités militaires face à la montée en puissance des forces américaines et aux menaces explicites qu’elles représentent.
L’hélicoptère a été photographié à l’intérieur d’un hangar à Téhéran, arborant un camouflage numérique désertique conforme aux schémas utilisés par les unités d’aviation militaire iraniennes. Le site a été précisément localisé par Mehdi H. dans les installations de Pars Aerospace Services Company, une plateforme industrielle spécialisée dans la maintenance aérospatiale, plutôt qu’à une base aérienne opérationnelle.
Des indices antérieurs datant de janvier 2026 laissaient déjà envisager la prochaine arrivée des premiers hélicoptères, alors que l’acquisition initiale – non chiffrée en nombre d’unités – avait été officiellement annoncée en novembre 2023.
L’arrivée du Mi-28NE s’inscrit dans le contexte d’un durcissement de la posture américaine à l’encontre de l’Iran, notamment après la réélection de Donald Trump. Son administration a immédiatement réactivé une politique dite de « pression maximale ». Fin 2025 et début 2026, les États-Unis ont ainsi réaffirmé leur disposition à lancer des opérations militaires directes contre des infrastructures militaires iraniennes si la répression des manifestations nationales se poursuivait. Ces signaux ont été accompagnés par un renforcement notable des déploiements navals et aériens au Moyen-Orient, incluant la redirection des groupes aéronavals, la rotation de bombardiers B-52H et B-1B, ainsi que le déploiement de batteries supplémentaires de systèmes de défense anti-aérienne Patriot et THAAD.
Cette orientation privilégiant la dissuasion par la force a explicitement relégué au second plan les mécanismes diplomatiques de désescalade. Elle a renforcé les évaluations iraniennes sur la faisabilité d’attaques de représailles limitées, visant les bases aériennes, batteries de missiles et centres de commandement. Dans ce contexte, les moyens pouvant survivre à des frappes initiales et poursuivre leurs missions, comme le Mi-28NE, sont devenus cruciaux et leur acquisition urgente.
Le Mil Mi-28NE « Night Hunter » est un hélicoptère d’attaque russe biplace, conçu spécifiquement pour l’exportation. Sa mission principale inclut l’attaque de véhicules blindés et non blindés, de personnel, ainsi que de cibles aériennes lentes telles que les hélicoptères et drones. Il assure également des rôles d’escorte des unités aéroportées, de soutien feu direct aux forces terrestres, d’appui aux unités de reconnaissance et sabotage, ainsi que la suppression d’objectifs de zone via des munitions non guidées.
Ces missions essentielles sont réalisables de jour comme de nuit, et dans des conditions météorologiques variées. L’équipage, composé d’un pilote et d’un opérateur d’armes installés en tandem, est spécifiquement entraîné au combat à basse altitude, sans fonction de transport ou utilitaire.
Protection et survivabilité sont des caractéristiques marquantes du Mi-28NE, qui bénéficie d’un blindage robuste. La cellule dispose de panneaux et pare-brise blindés, ainsi que de cloisons internes renforcées et d’éléments en céramique couvrant les zones critiques. Les réservoirs de carburant sont pare-balles, tandis que le train d’atterrissage est conçu pour absorber l’énergie des impacts verticaux lors d’atterrissages durs. La structure comprend des pales composites améliorées pour le rotor principal et un rotor de queue en X, augmentant la redondance et la tolérance aux dommages. Ces fonctionnalités garantissent la maîtrise et la survie de l’équipage en mission à basse altitude en cas de dégâts causés par le feu ennemi.
Le système avionique intègre un radar embarqué, ainsi qu’un viseur optique et électro-optique gyro-stabilisé, et un système centralisé de gestion des armes, pour munitions guidées et non guidées. La navigation combine inertie et positionnement satellitaire, permettant un vol autonome précis et une attaque ciblée efficace.
La cabine est équipée d’écrans électroniques et les équipages utilisent des lunettes de vision nocturne, rendant possible les phases de décollage, vol et atterrissage de nuit ou dans des environnements peu éclairés, entre 50 et 200 mètres d’altitude. Les communications couvrent les liaisons hélicoptère-à-hélicoptère et hélicoptère-terre, avec la capacité d’intégrer des systèmes de drones. Une unité auxiliaire alimente les systèmes embarqués lors des arrêts au sol sans source externe d’énergie.
En matière d’armement, le Mi-28NE est doté d’un canon 2A42 de 30 mm monté sur un tourelle flexible à l’avant, apte à engager des cibles terrestres et aériennes. La charge utile guidée peut compter jusqu’à 16 missiles air-sol Ataka-V, ou des missiles Khrizantema-V ou Khrizantema-VM en fonction de la configuration choisie. La capacité de défense aérienne inclut des missiles Verba, lancés à partir de supports Strelets.
Les armements non guidés sont composés de 80 roquettes S-8 de 80 mm ou 20 roquettes S-13 de 122 mm. L’appareil peut également être équipé de quatre bombes aériennes, avec un éventail comprenant bombes à haute puissance explosive, à fragmentation, pénétrantes ou incendiaires, pesant entre 50 et 500 kg. La charge maximale d’armement externe atteint 2 100 kg.
La vitesse maximale du Mi-28NE se situe entre 300 et 325 km/h, avec une vitesse de croisière proche du sol comprise en général entre 275 et 285 km/h. Son rayon d’action est d’environ 420 à 425 km en charge normale, et peut être porté à 1 000-1 015 km avec des réservoirs carburant supplémentaires. Son plafond de service s’élève entre 5 600 et 5 650 mètres, et le plafond de vol stationnaire sans effet de sol varie entre 3 200 et 3 600 mètres.
L’appareil peut opérer dans des environnements chauds et en haute altitude, pouvant baser à plus de 4 000 mètres d’altitude. Il est soutenu par des systèmes d’entraînement avancés, incluant simulateurs et salles de cours, permettant de réduire le temps d’apprentissage entre 1,5 et 2 fois et d’abaisser la fatigue du fuselage jusqu’à 50 %.
Jérôme Brahy