L’Italie prévoit de reclasser le projet très attendu du pont du détroit de Messine, estimé à 13,5 milliards d’euros, en dépense de défense afin de respecter les objectifs fixés par l’OTAN. Cette décision s’inscrit dans un cadre stratégique visant à renforcer les capacités militaires nationales.
La semaine dernière, les alliés de l’OTAN ont convenu d’augmenter les dépenses liées aux capacités militaires essentielles à hauteur de 3,5 % du PIB d’ici 2035, avec un 1,5 % supplémentaire dédié à la résilience stratégique, notamment l’infrastructure critique. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a annoncé son intention d’inclure le coût du pont du détroit de Messine dans ces dépenses de défense pour contribuer à atteindre cet objectif. Cette reclassification pourrait également permettre au projet d’obtenir des financements de la Commission européenne, en cohérence avec le Plan d’action sur la mobilité militaire de l’Union européenne.
Le pont, long de 3,6 km, relierait la péninsule italienne à l’île de Sicile et deviendrait le plus long pont suspendu au monde. Matteo Salvini, ministre italien des Infrastructures, a alloué environ 13,5 milliards d’euros au projet dont la construction, prévue cet été, marquera un tournant majeur.
Le gouvernement italien envisage de considérer cette importante infrastructure publique comme un équipement à « double usage », à la fois civil et militaire. Ses défenseurs estiment que cela améliorera significativement la mobilité des forces armées, facilitant notamment le transfert de matériels et de troupes vers la Sicile.
Cependant, certains analystes doutent que l’OTAN valide cette reclasseification. En 2023, l’Italie n’a alloué que 1,49 % de son PIB à ses dépenses militaires, se plaçant parmi les plus basses de l’alliance. Ainsi, cette démarche est perçue comme une stratégie visant à gonfler artificiellement les chiffres des dépenses de défense.
Pour bénéficier des fonds européens, le projet doit répondre à trois critères : être jugé essentiel, ne pas disposer d’alternatives viables, et intégrer des mesures compensatoires environnementales.
Le pont de Messine, pensé dès l’époque romaine, a officiellement été projeté en 1998, lorsque le gouvernement italien a validé le principe. En 2006, un contrat important avait été attribué à un consortium mené par Impregilo (aujourd’hui WeBuild), mais les travaux avaient été suspendus en raison de la crise économique. Après plusieurs interruptions, le projet a été relancé fermement en 2023 avec la reprise des études et de la planification.
Michele Longo, directeur de l’ingénierie chez WeBuild, a déclaré : « Le pont sur le détroit de Messine est un projet extrêmement innovant. Il sera le plus long pont suspendu du monde, avec une portée de 3 660 mètres et une travée principale de 3 300 mètres. »
Ce chantier aura un impact majeur sur l’économie et l’emploi dans la région. Il devrait accroître le PIB national de 2,9 milliards d’euros par an, soit environ 0,17 % du PIB italien. Environ 300 fournisseurs, principalement des PME locales, seront impliqués. Plus de 100 000 personnes pourraient être employées pendant la durée du projet, en particulier dans les régions de Sicile et de Calabre où le taux de chômage est élevé.
Les détracteurs soulignent que le détroit de Messine est situé dans une zone sismique très active, sur une faille géologique majeure. De plus, le courant marin y est particulièrement fort, ce qui représente un défi technique important. Michele Longo assure néanmoins que le pont sera conçu pour résister à un séisme de magnitude 7,5 sur l’échelle de Richter, une valeur supérieure au dernier grand tremblement de terre enregistré dans la région en 1908.