Le 13 juillet – L’Italie s’apprête à écrire une page majeure de l’aviation en créant le premier centre de formation de pilotes de chasseurs F-35 au monde en dehors des États-Unis, a annoncé le ministre de la Défense Guido Crosetto lors d’une cérémonie à Decimomannu, en Sardaigne, le 2 juillet. Cette installation innovante sera établie en Sicile, renforçant ainsi la position de l’Italie comme partenaire incontournable du programme international F-35.
Lors de son allocution à la base aérienne de Decimomannu, en présence du président Sergio Mattarella, Guido Crosetto a souligné que cette initiative dépasse la simple coopération militaire. « L’avenir ne se construit pas en se limitant à la défense, mais en faisant de la défense un moteur d’innovation sociale, économique et technologique », a-t-il déclaré, à l’occasion de la remise de diplômes à seize pilotes ayant achevé leur phase initiale de formation.
Bien que le site exact n’ait pas encore été officiellement confirmé, des sources militaires évoquent deux bases principales en lice : Sigonella et Trapani. Sigonella semble en tête, grâce à son infrastructure existante et son importance stratégique. Cette base accueille actuellement la 41e Escadre anti-sous-marine de l’armée de l’air italienne et abrite également la Naval Air Station de la marine américaine, en faisant un choix naturel pour renforcer la coopération internationale.
La base de Trapani constitue une alternative, hébergeant la célèbre 37e Escadre aérienne, forte d’une longue expérience dans les opérations de chasse avec des avions tels que le F-104 et le Eurofighter Typhoon. La transformation de l’une ou l’autre des installations devrait durer environ six mois.
Ce projet vient renforcer l’engagement déjà important de l’Italie dans le programme F-35. Le pays dispose d’une des deux seules usines de montage finalist en dehors des États-Unis, située à Cameri dans le Piémont, gérée par l’industriel aéronautique Leonardo. Cette usine assemble les F-35A pour l’armée de l’air italienne ainsi que les F-35B à décollage court et atterrissage vertical pour la marine, y compris des appareils destinés aux Pays-Bas.
L’Italie prévoit d’acquérir un total de 115 appareils F-35 pour un coût estimé à 7 milliards d’euros. Les derniers documents d’acquisition mentionnent l’achat de 25 avions supplémentaires accompagnés de moteurs, équipements et soutien logistique jusqu’en 2035.
Le pays exploite déjà l’International Flight Training School (IFTS) à Decimomannu, où sont formés des pilotes venus d’Autriche, du Canada, d’Arabie Saoudite, du Qatar, d’Allemagne, de Singapour, du Japon, de Hongrie, du Royaume-Uni, d’Espagne, de Suède et des Pays-Bas. Cette école est reconnue pour son excellence, au point que l’US Air Force prévoit d’y envoyer dix de ses pilotes pour une formation spécialisée.
« C’est une décision d’une importance stratégique majeure », a souligné Nino Minardo, vice-président de la commission Défense à la Chambre des députés. « Il s’agit non seulement d’une reconnaissance des capacités opérationnelles de notre pays, mais également d’une opportunité concrète pour renforcer le rôle de l’Italie dans l’alliance euro-atlantique ».
Les retombées économiques dépasseront la simple création d’emplois. L’implantation d’un centre d’entraînement militaire de pointe devrait stimuler l’innovation dans le secteur des technologies de défense et faire de la Sicile un nouveau pôle industriel au sein de la Méditerranée.
Le programme de formation F-35 intégrera des technologies de pointe, notamment l’intelligence artificielle. Le général Antonio Conserva, chef d’état-major de l’armée de l’air, a précisé que l’entraînement moderne des pilotes repose sur l’intégration homme-machine, l’IA servant d’outil d’aide à la décision dans des environnements de combat complexes, sans jamais remplacer le jugement humain.
La formation se distingue aussi par la double capacité des F-35, qui peuvent embarquer des armements conventionnels mais aussi des armes nucléaires tactiques, notamment les nouvelles bombes B61-12. Si la formation aux armes nucléaires ne semble pas assurée dans le cadre du centre sicilien, cette capacité confère une dimension stratégique supplémentaire à l’installation.
Ce centre en Sicile s’inscrit dans une dynamique plus large d’accroissement de la coopération internationale en matière d’aviation militaire. Le succès du programme IFTS démontre l’intérêt des ressources de formation mutualisées et des procédures normalisées entre alliés.
Le chemin jusqu’à cette réalisation n’a cependant pas été exempt d’obstacles. Un projet similaire de centre européen commun de formation avait été envisagé au début des années 2000, mais il avait échoué en raison de divergences politiques entre partenaires européens. La décision italienne d’avancer de façon autonome, avec le soutien important de Leonardo, a permis de créer le modèle efficace qui sera désormais dupliqué en Sicile.
Le centre de formation F-35 de Sicile devrait débuter ses activités dans un délai d’un an, après la sélection finale du site et la conversion des infrastructures. Le programme démarrera probablement avec un nombre limité de participants internationaux avant d’atteindre sa pleine capacité.
Cette avancée place l’Italie comme un acteur toujours plus important dans la formation aéronautique militaire mondiale, en complément de ses rôles déjà établis dans la fabrication et la maintenance des F-35. Pour la Sicile, il s’agit d’une opportunité majeure pour devenir un centre d’excellence de formation militaire de haute technologie tout en contribuant au dynamisme économique régional.
Comme l’a rappelé le ministre Crosetto lors de la cérémonie en Sardaigne, « Il nous faut une défense forte avant tout pour garantir la paix et la sécurité, car il n’y a pas de démocratie sans paix et sécurité ». Ce centre sicilien incarne pleinement cette vision, transformant les capacités de défense en moteurs d’innovation technologique et de coopération internationale.