Lors du World Defense Show 2026 à Riyad, Lockheed Martin a mis en avant la sécurité maritime en présentant une maquette détaillée de sa frégate de combat multimission, une configuration destinée aux marines recherchant un compromis entre robustesse, défense échelonnée et intégration dans des coalitions navales. Exposée dans un pays toujours fortement investi dans la protection des lignes maritimes de communication et des infrastructures critiques, cette frégate a suscité un intérêt soutenu de la part des délégations militaires évaluant les futures compositions de leurs flottes.
Le Combatant de Surface Multimission (MMSC) repose sur l’ingénierie développée pour les navires de combat littoraux de la variante Freedom de l’US Navy. Toutefois, son approche export diffère du concept modulaire initial. Plutôt que de recourir à des « kits » interchangeables, la frégate intègre des systèmes de combat installés de manière permanente, permettant aux commandants d’être opérationnels avec un spectre complet de capacités dès la sortie du port.
Les spécifications publiques indiquent un déplacement d’environ 4 000 tonnes, avec une coque d’environ 118 mètres de long pour plus de 17 mètres de large, positionnant le navire parmi les frégates légères contemporaines tout en conservant une vitesse remarquable.
La propulsion combine turbines diesel et turbines à gaz entraînant des hydrojets. Ce choix assure une réactivité rapide, une excellente performance en sprint souvent supérieure à 30 nœuds, ainsi qu’une grande maniabilité dans des zones navigables étroites. Ces qualités offrent une flexibilité tactique particulièrement adaptée aux conditions du Golfe, où la densité du trafic, les infrastructures côtières et les eaux peu profondes sont des contraintes habituelles. L’autonomie, selon des sources ouvertes, permet des déploiements de plusieurs semaines en fonction de l’intensité des missions, un paramètre clé pour les opérations d’escorte ou de présence maritime prolongée.
Au cœur du système de gestion de combat, le MMSC utilise le COMBATSS-21. Basé sur l’expérience du système Aegis, il facilite l’intégration dans des réseaux opérationnels partagés et des environnements de combat coopératifs. Cette architecture assure un échange d’informations fluide avec les aéronefs, autres bâtiments et installations côtières, soutenant ainsi les doctrines modernes de défense distribuée déployées dans les opérations multinationales en mer.
Le principal capteur de surveillance est un radar à matrice active à balayage électronique TRS-4D, capable d’effectuer simultanément des recherches aériennes et de surface, tout en fournissant des données précises de contrôle de tir pour les systèmes de missiles.
En matière d’armement, la configuration développée pour l’Arabie saoudite montre clairement ses capacités. Un système de lancement vertical (VLS) est prévu pour utiliser des missiles intercepteurs de moyenne portée tels que l’ESSM, offrant à la frégate une capacité de défense aérienne de zone, au-delà de la simple protection locale. Les missiles antinavires embarqués assurent des options d’attaque à longue portée contre les menaces de surface, tandis qu’un canon naval de calibre moyen garantit une polyvalence pour le tir d’avertissement, les combats côtiers limités ou les situations asymétriques.
Les couches défensives rapprochées, appuyées par des armes téléopérées, renforcent la résilience face aux embarcations rapides d’attaque et aux menaces aériennes, y compris les systèmes sans pilote.
La capacité aéronautique constitue un autre pilier du concept. Le pont d’envol et le hangar fermé peuvent accueillir des hélicoptères de type MH-60, qui étendent la portée des détections et des attaques au moyen de sonars remorqués, torpilles aéroportées, capteurs de surveillance et appui aux opérations de visite et saisie. Au fur et à mesure que l’aviation sans pilote gagne en importance dans les doctrines régionales, cette même infrastructure peut également embarquer des drones à voilure tournante ou fixe de petite taille, multipliant ainsi la couverture de reconnaissance et renforçant la guerre en réseau.
Le volet industriel joue un rôle clé dans la crédibilité du programme. Les navires commandés par les Forces navales saoudiennes sont construits par Fincantieri Marinette Marine aux États-Unis, tandis que Lockheed Martin assure l’intégration des systèmes de combat, la formation des équipages et la planification du maintien en condition opérationnelle sur le long terme.
Les dispositifs de formation, chaînes logistiques et structures de maintenance sont conçus dès l’origine pour garantir la disponibilité opérationnelle sur toute la durée de vie des bâtiments. Pour de nombreux décideurs, ces aspects liés à la pérennité opérationnelle pèsent autant que la performance brute des plateformes.
Le contexte opérationnel sous-jacent illustre l’intérêt manifesté à Riyad. Les planificateurs régionaux doivent composer avec la prolifération des missiles, l’essor rapide des technologies sans pilote et la nécessité d’assurer la sécurité des voies d’approvisionnement énergétiques vitales. Une frégate équipée de missiles à lancement vertical, dotée de capteurs modernes et d’aviation embarquée, est capable d’escorte de convois commerciaux, de protection d’unités navales à haute valeur et d’intégration dans des groupes de travail alliés.
L’accent mis sur un logiciel interopérable et sur des familles d’armes largement utilisées reflète une volonté délibérée d’alignement avec des partenaires régulièrement déployés ensemble dans les eaux régionales.
À la clôture du salon, le Combatant de Surface Multimission s’était imposé comme l’un des symboles maritimes majeurs du pavillon. Sa présentation a souligné à la fois les avancées concrètes des navires en construction et la pertinence continue du design pour les marines engagées dans des processus d’expansion ou de renouvellement. Alliant vitesse, connectivité digitale et puissance de feu multi-domaines, cette frégate incarne une approche dans laquelle chaque plateforme constitue un élément clé d’architectures sécuritaires plus vastes.
Les échanges suscités à Riyad attestent que la demande pour ces combattants de surface connectés et lourdement armés continuera sans doute d’être une thématique centrale dans l’évolution des forces navales du Golfe.
Alain Servaes