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Le Royaume-Uni et l’Allemagne renforcent leur coopération pour relancer les exportations de l’Eurofighter, un enjeu majeur pour l’industrie de la défense européenne. Cette dynamique s’inscrit dans une volonté commune de faciliter la commercialisation d’équipements militaires développés en coopération, en surmontant les blocages antérieurs liés aux restrictions d’exportation.

Les accords Debré-Schmidt, signés dans les années 1970 entre la France et l’Allemagne, établissaient un cadre visant à garantir que chaque gouvernement ne ferait pas obstacle aux exportations d’équipements militaires issus d’une collaboration bilatérale. Concrètement, aucun des deux États ne devait empêcher l’autre d’exporter ou de permettre l’exportation à des pays tiers de matériels développés conjointement. Ces accords engageaient également les parties à délivrer rapidement les autorisations d’exportation nécessaires.

Cependant, cette coopération a été mise à mal durant la décennie 2010, particulièrement pour le secteur de l’armement terrestre, où l’Allemagne a souvent freiné les contrats remportés par les industriels français. Le traité d’Aix-la-Chapelle était censé restaurer l’esprit de ces accords, mais le résultat a été plus limité. L’article 3 de ce traité prévoit qu’outre certaines exceptions liées à la sécurité ou aux intérêts allemands directs, Berlin ne peut s’opposer à l’exportation de systèmes d’armes développés conjointement avec moins de 20 % de composants allemands.

Or, dans le cadre de programmes récents, notamment le Système de Combat Aérien du Futur (SCAF) où l’industrie allemande représente 33 % de la participation, ainsi que le Système Principal de Combat Terrestre (MGCS) avec 50 % de parts, l’Allemagne détient un pouvoir significatif pour bloquer les exportations françaises.

Par ailleurs, la politique restrictive allemande en matière de ventes d’armement a aussi affecté les industriels britanniques. L’embargo imposé par Berlin sur la vente d’armes à l’Arabie Saoudite a notamment empêché le Royaume-Uni de finaliser un contrat portant sur 48 Eurofighter EF2000 (Typhoon) destinés à l’aviation saoudienne. La Turquie, qui envisageait également de commander une quarantaine de ces appareils, a vu son dossier compromis pour des raisons similaires.

Cette situation a conduit à une paralysie des lignes d’assemblage de BAE Systems, faute de commandes export et de nouveaux contrats domestiques.

Si l’Allemagne a récemment assoupli sa position à l’égard de l’Arabie Saoudite et de la Turquie, aucun accord d’achat ferme n’a encore été signé pour le Typhoon dans ces pays.

La signature, le 17 juillet dernier, du Traité d’amitié et de coopération bilatérale entre le Royaume-Uni et l’Allemagne ouvre une nouvelle étape. Celui-ci prévoit notamment la conduite de campagnes d’exportation conjointes afin de favoriser la vente de matériels produits en coopération, comme l’Eurofighter et le véhicule de combat d’infanterie Boxer.

L’article 8, paragraphe 1, de ce traité, souvent appelé « Traité de Kensington », souligne « l’importance d’un programme fiable de transferts et d’exportations pour assurer le succès économique et politique de leur coopération industrielle », tout en reconnaissant les prérogatives respectives des deux pays pour autoriser ces opérations sur leur territoire.

Ce nouvel accord réaffirme ainsi la philosophie des anciens accords Debré-Schmidt, mais cette fois-ci entre l’Allemagne et le Royaume-Uni. La question est désormais de savoir si la France pourra obtenir des garanties comparables de la part de son partenaire allemand, afin de sécuriser ses propres contrats d’exportation et préserver la compétitivité de son industrie militaire.

Laurent Lagneau