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Le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a annoncé que l’alliance a désormais dépassé la Russie en matière de production de munitions, marquant une étape majeure dans sa mobilisation industrielle depuis le début du conflit en Ukraine.

Lors du Forum OTAN-Industrie qui s’est tenu à Bucarest le 6 novembre, Mark Rutte a présenté ce changement comme la preuve que le réarmement collectif de l’Alliance s’accélère après des années de sous-investissements.

« Jusqu’à récemment, la Russie produisait plus de munitions que tous les pays de l’OTAN réunis. Mais ce n’est plus le cas, » a-t-il déclaré devant les ministres de la Défense, les chefs militaires et les dirigeants industriels présents. « À travers l’Alliance, nous ouvrons désormais des dizaines de nouvelles lignes de production et étendons les lignes existantes. Nous produisons plus qu’à n’importe quelle période depuis des décennies. »

Ces déclarations interviennent alors que l’OTAN poursuit la mise en œuvre des nouveaux objectifs de dépenses de défense adoptés lors du sommet de 2025 à La Haye. Les dirigeants s’y sont engagés à investir 5 % du PIB dans la défense d’ici 2035. « Cinq pour cent, c’est une somme importante, mais c’est ce qu’il faut pour garantir notre sécurité, » a souligné Mark Rutte, insistant sur la nécessité de reconstruire la puissance militaire européenne face aux menaces contemporaines.

Le Secrétaire général a articulé son propos autour de trois principes clés qui guident la stratégie industrielle de l’OTAN : « quantité, créativité et coopération. » Par quantité, il entend l’augmentation de la production et la réduction des délais de livraison au sein de l’Alliance. La créativité, quant à elle, nécessite de valoriser l’innovation aussi bien chez les grands groupes de défense que chez les start-ups technologiques.

« Pour assurer notre sécurité future, il nous faut être plus ingénieux que nos adversaires, » a-t-il insisté. « Il y a des esprits créatifs dans cette salle, des grandes entreprises aux petites start-ups. Nous avons besoin de ce que vous avez à offrir, dans des sociétés libres où votre créativité peut s’épanouir. Apportez vos idées, testez votre ingéniosité, et utilisez l’OTAN comme laboratoire. »

Mark Rutte a cité en exemple le programme Defence Innovation Accelerator for the North Atlantic (DIANA) et le Fonds d’innovation de l’OTAN, qui soutiennent les technologies à double usage et les industries émergentes. « Grâce à ce fonds, nous investissons dans des start-ups deep-tech capables de renforcer notre défense, notre résilience et notre sécurité, » a-t-il expliqué. « Nous pouvons aider à faire émerger la prochaine génération d’innovateurs. »

Son avertissement central est que la menace russe ne disparaîtra pas avec la fin de la guerre en Ukraine. « Le danger que représente la Russie ne prendra pas fin avec ce conflit, » a-t-il prévenu. « Pour un avenir proche, la Russie restera une force déstabilisatrice en Europe et dans le monde. » Il a aussi pointé la coopération croissante entre Moscou, Pékin, Téhéran et Pyongyang, qualifiant leurs efforts militaires et industriels conjoints de « préparation à une confrontation durable. »

Dans ce contexte, il a appelé les alliés et les industriels de la défense à agir rapidement. « Nous ne pouvons pas être naïfs. Il faut être prêts, » a-t-il lancé, citant la formule de Franklin D. Roosevelt en 1942 : « Les ennemis puissants doivent être surpassés en combat et en production. » Cette idée rejoint, selon lui, la philosophie même de dissuasion de l’OTAN : « Nous appelons cela la paix par la force. L’OTAN fera sa part, et nous attendons de l’industrie qu’elle fasse la sienne. »

Il a reconnu la prudence des industriels face à l’extension des capacités sans contrats gouvernementaux solides, mais a assuré que les engagements politiques et financiers étaient désormais en place. « Parfois, les gouvernements doivent signer des contrats à long terme, » a-t-il précisé. « Mais je peux vous assurer que la volonté politique existe. L’argent est disponible, la demande est là, et notre sécurité en dépend. »

Mark Rutte a exhorté les dirigeants industriels à « augmenter les fournitures, étendre les lignes de production existantes et en ouvrir de nouvelles » en ajoutant : « Ne laissez pas la crainte d’une surcapacité future vous empêcher de répondre aux besoins réels d’aujourd’hui. J’ai toute confiance que ce que vous produisez sera acheté. »

Il a également souligné que l’expansion de la défense européenne présente des retombées économiques positives en plus de ses avantages stratégiques. « Cela représente d’excellentes opportunités commerciales pour tous, ainsi que des bénéfices réels pour nous tous, car quand l’industrie augmente sa production, le résultat est non seulement plus de sécurité, mais aussi plus de croissance économique et de nombreux emplois, » a-t-il conclu. « Le dividende de la défense est bien réel, et notre mission ne pourrait être plus noble. »

Le Forum OTAN-Industrie, co-organisé par le Commandement allié Transformation et le Quartier général de l’OTAN, est le plus grand événement industriel de l’alliance. Il constitue un lien essentiel entre les gouvernements et les entreprises de défense. Le discours de Mark Rutte a clairement exprimé que l’OTAN n’est plus en situation de réaction, mais qu’elle reconstruit activement ses capacités pour assurer une dissuasion durable.

« Des temps dangereux exigent des mesures audacieuses, » a conclu Mark Rutte. « En tant que dirigeants, nous devons prendre des risques politiques. L’industrie doit prendre des risques commerciaux. Ensemble, nous pouvons construire un avenir plus sûr et prospère pour tous. »