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À la veille des célébrations de la Journée de la Marine, Larsen & Toubro (L&T) Defence s’impose en présentant un nouveau sous-marin indigène de pointe, fondé sur sa plateforme certifiée SOV-400, et suggérant ainsi le développement d’une famille évolutive de sous-marins adaptés aux besoins opérationnels variés de la Marine indienne.

Le modèle présenté, illustré sur le compte officiel de L&T sur X, dévoile un sous-marin au profil élancé et à la bosse caractéristique, évoluant dans les profondeurs océanique – un clin d’œil au SOV-400, un navire spécial de 400 tonnes dévoilé lors de DefExpo 2022. Toutefois, des sources proches du dossier précisent qu’il ne s’agit pas d’une simple évolution : ce design a été certifié de manière indépendante par un cabinet européen de renom en architecture navale, ouvrant la voie à son développement en un sous-marin d’attaque conventionnel de 2 500 tonnes dans le cadre du projet P-76. La Marine indienne, qui prévoit d’acquérir six unités de ce type pour renouveler sa flotte sous-marine vieillissante, pourrait grâce à ce projet interne réduire sa dépendance à l’étranger tout en accélérant sa montée en puissance industrielle.

Le SOV-400, d’un déplacement de 490 tonnes en surface et 550 tonnes en plongée, mesure 44 mètres de long pour 4,3 mètres de largeur. Il est conçu pour des missions furtives en zone littorale. Propulsé par deux générateurs de 400 kW alimentant un moteur électrique de 300 kW, il atteint plus de 10 nœuds en immersion et 6 nœuds en surface, avec une profondeur opérationnelle de 100 mètres et une autonomie de 21 jours. L’équipage se compose de 10 personnes, auxquelles s’ajoutent 10 opérateurs de forces spéciales. Ce sous-marin compact est spécialisé dans le déploiement de deux véhicules de livraison de nageurs (Swimmer Delivery Vehicles – SDV) transportant quatre personnes chacun, destinés aux commandos MARCOS, et dispose de deux tubes lance-torpilles externes de 533 mm pour l’autodéfense. Son sonar avant est notamment optimisé pour la détection de cibles en surface, faisant de lui un infiltrateur discret idéal pour les raids trans-plage ou la surveillance côtière.

La caractéristique bosse sur la voile – initialement prévue pour le mouillage du submersible dans la version de base SOV-400 – suscite l’intérêt des experts navals. Les illustrations laissent envisager une possible reconfiguration pour intégrer un système de lancement vertical (VLS), transformant ainsi la plateforme en lance-missiles submersible. Dans la version agrandie à 2 500 tonnes, ce système pourrait embarquer 8 à 12 cellules VLS pour des missiles de croisière BrahMos subsoniques (portée de 450 km) ou leurs futures variantes supersoniques/hypersoniques, autorisant des frappes de précision contre des cibles terrestres ou navales à distance, sans faire surface. Cette capacité correspondrait à la doctrine navale visant une guerre multidomaine, permettant à un unique sous-marin de lancer des salves de missiles tout en restant indétectable.

La configuration de la propulsion atteste également de la sophistication du design. Une motorisation diesel-électrique complétée par une propulsion indépendante de l’air (AIP) à pile à combustible – développée localement par le DRDO avec L&T comme intégrateur principal – offrirait une autonomie de 2 à 3 semaines en immersion sans utiliser le schnorchel, un progrès majeur par rapport aux sous-marins de type Kilo. L’image révèle la présence d’une turbine à jet de pompe (pump-jet), où l’hélice est enveloppée pour réduire les bruits de cavitation, rendant la signature acoustique plus discrète que celle des hélices traditionnelles. Ce gain furtif, combiné à un revêtement anéchoïque et une coque composite construite en acier DMR 249, fait de ce sous-marin un véritable fantôme littoral, capable de parcourir 80 milles nautiques à 4 nœuds uniquement en mode batterie.

La démarche de L&T avec la série SOV traduit une stratégie graduelle. Après la version initiale de 400 tonnes, le SOV-500 de 500 tonnes – certifié en juillet 2025 – sert désormais de base au projet P-76, ce puissant submersible de 2 500 tonnes doté de batteries lithium-ion pour des patrouilles prolongées, de sonars de nouvelle génération et de capacités modulaires pour répondre aux menaces futures. Le design final, conduit conjointement par L&T et le Bureau de conception navale de la Marine, est attendu pour 2026-2027. La construction devrait débuter vers 2030, avec une première livraison prévue en 2037. Ce calendrier réduit de moitié les cycles classiques de développement, en capitalisant sur l’hydrodynamique éprouvée des midget sous-marins via des tests en bassin et des simulations à l’échelle réduite.