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Les forces de défense aérienne ukrainiennes ont abattu un chasseur-bombardier russe Su-34 au-dessus de la région de Zaporojié lors d’une attaque à l’aube, a annoncé le 25 septembre la Force aérienne ukrainienne sur son canal officiel. Selon le communiqué, l’appareil effectuait un bombardement avec des munitions guidées vers 4h00, heure locale, avant d’être intercepté et détruit. Kiev n’a pas précisé le système d’armes ni l’unité à l’origine de la destruction, ce qui est courant dans les premières heures suivant un abattage. Toutefois, l’heure, le lieu et la modalité correspondent au schéma habituel des frappes russes planifiées sur l’axe sud.

Le Su-34, attaqué lors du largage de bombes guidées, opérait probablement depuis une distance hors de la ligne de front immédiate. Cette tactique de lancement à distance est employée par les équipages russes depuis plusieurs mois pour éviter les zones défensives sol-air de moyenne et longue portée ukrainiennes. Lorsque la ligne de lancement s’avance pour gagner en précision, le risque pour l’avion augmente sensiblement.

Le Su-34, désigné « Fullback » par l’OTAN, est le principal avion de frappe tactique russe pour les attaques de précision à moyenne portée. Ce bimoteur biplace, aux sièges côte à côte, facilite la gestion des missions complexes. Il peut transporter plus de huit tonnes de munitions sur douze points d’emport externes, propulsé par deux turbofans de la série AL-31, offrant à la fois puissance et autonomie considérable. Son système avionique combine un radar multimode pour le repérage air-sol et des dispositifs de navigation avancés, permettant des opérations en conditions de faible visibilité. La survie de l’appareil est améliorée par le système de guerre électronique Khibiny, des récepteurs d’alerte radar et des lance-leurres (flares et chaff), bien que la protection ultime dépende des tactiques et de la distance par rapport à la menace.

Sur le terrain ukrainien, les équipages du Su-34 utilisent largement des bombes non guidées de la série FAB équipées de kits de planage UMPK, dotés d’ailes et de systèmes de guidage, transformant ces bombes classiques en munitions à distance de sécurité. Les charges, généralement comprises entre 250 et 500 kg, peuvent parfois être plus lourdes selon la nature des objectifs visés.

Le Su-34 embarque également des bombes guidées par satellite KAB-500S pour une meilleure précision, des missiles antiradiation Kh-31 visant à neutraliser les radars ennemis, ainsi que des missiles à distance de sécurité Kh-59 et des Kh-29 classiques destinés à frapper des structures renforcées. Pour sa défense rapprochée, l’appareil porte des missiles air-air R-73 à courte portée et parfois des R-77 à moyenne portée, mais ces armes ne constituent qu’un dernier recours, la mission principale étant l’attaque au sol, non la supériorité aérienne.

La défense aérienne ukrainienne dans le sud du pays demeure suffisamment agile pour contrer ces bombardements à distance, en s’appuyant sur une combinaison de systèmes variés : batteries longue portée comme Patriot ou SAMP/T, systèmes à portée moyenne tels que IRIS-T SLM ou NASAMS, ainsi que par des tirs opportunistes de systèmes hérités tels que Buk et S-300.

Malgré cela, l’aviation russe continue d’assumer des risques croissants pour maintenir la pression sur les zones urbaines et les points logistiques en première ligne. Lorsque les équipages avancent leur ligne de lancement pour améliorer la précision des frappes, ils pénètrent dans des zones de combat mouvantes. Si le Su-34 a été abattu précisément pendant ou juste après une fenêtre de largage, comme l’indique le timing de l’incident, cela témoigne d’un combat aéromobile bien planifié, avec une détection préalable par les capteurs ukrainiens et une préparation parfaite des unités de tir.

Les bombes équipées du kit UMPK offrent à la Russie un moyen économique de frapper entre 40 et 70 kilomètres, selon l’altitude et la vitesse de largage. Ces munitions ne disposent pas de la précision des armes occidentales ; les équipages compensent en lançant un volume important de bombes pour couvrir la zone visée et pallier d’éventuelles erreurs de guidage ou interférences.

La défense ukrainienne réagit par une architecture de capteurs stratifiés combinant détection passive, radars dispersés et surveillance aérienne non habitée en continu pour guider les tirs des systèmes de défense. Les batteries longue portée déplacent régulièrement leur zone d’exclusion pour surprendre les groupes d’attaque, tandis que les systèmes à moyenne portée comblent les failles et interceptent au moment opportun, lorsque l’ennemi atteint l’altitude idéale pour un tir efficace.

Cette dépendance russe aux bombes planantes traduit à la fois des réalités industrielles et des choix opérationnels : ces munitions sont moins coûteuses et peuvent être produites en grande quantité comparées aux missiles de croisière. La réponse de l’Ukraine repose sur un approvisionnement soutenu en intercepteurs, radars modernes et un renforcement futur de sa flotte de chasseurs occidentaux, afin de repousser plus efficacement les attaques aériennes russes.

Chaque interception réussie renforce la position de Kiev auprès de Washington et des capitales européennes, attestant que les investissements dans la défense aérienne modifient concrètement le comportement russe. Cela alimente également le débat sur l’efficacité des sanctions, alors que des composants pour les kits de guidage et l’entretien des aéronefs continuent de transiter par des circuits opaques. Le jour où une ville en première ligne est touchée et qu’un avion ennemi ne rentre pas, les arguments en faveur d’une application stricte des lois sur les exportations et d’un renfort des munitions de défense aérienne deviennent plus faciles à faire valoir.

À ce stade, les autorités ukrainiennes n’ont pas publié d’images des débris ni donné de nouvelles sur l’état du pilote, tandis que Moscou n’a pas reconnu la perte de cet appareil.