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Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a profité du troisième Forum international des industries de défense de Kiev pour souligner l’accélération significative de la production militaire nationale, affirmant qu’elle couvre aujourd’hui environ 40 % des besoins en première ligne, avec une perspective de 50 % d’ici la fin de l’année.

Il a appuyé cette ambition politique par des données précises sur la capacité industrielle, notamment une production annoncée de 40 obusiers Bohdana de calibre 155 mm par mois, tout en exprimant la volonté d’exporter les surplus afin de financer des acquisitions critiques. Ces chiffres restent néanmoins difficiles à vérifier de manière indépendante en temps réel en raison de la confidentialité en contexte de guerre, des définitions variables du terme « système complet » et du manque de données certifiées.

Le 2S22 Bohdana est un obusier automoteur à roues de calibre 155 mm conforme aux standards de l’OTAN, développé en Ukraine. Il est monté sur différents châssis de camions 6×6 et 8×8, fruit d’un développement accéléré depuis l’invasion russe en 2022. Cet obusier tire des projectiles de calibre 155 mm/52, est opéré par un équipage de cinq soldats, peut atteindre une vitesse routière proche de 80 km/h et dispose d’une portée effective d’environ 40 km avec des obus ERFB-BB, portée pouvant être accrue grâce à des projectiles à assistance roquette. Ses performances le placent au même niveau que ses équivalents européens dans le segment de l’artillerie tactique.

Par ailleurs, l’Ukraine expérimente des variantes remorquées et des châssis multiples, alors que la production se disperse pour limiter l’exposition aux frappes ennemies. Si ces caractéristiques restent globalement homogènes entre différents supports techniques, les spécifications précises peuvent varier selon les lots, d’où la prudence requise en l’absence de données officielles standardisées publiées par le ministère de la Défense ukrainien.

Avec un rythme de 40 systèmes par mois, l’Ukraine viserait une production annuelle d’environ 480 pièces, un niveau en temps de guerre nettement supérieur aux cadences européennes en période de paix. À titre de comparaison, le groupe français KNDS/Nexter a annoncé une montée en puissance progressive pour son système CAESAR, prévue à environ six obusiers par mois en 2024, puis huit par mois en 2025, soit entre 70 et 80 unités par an.

De son côté, l’Allemagne a relancé la production de son obusier PzH 2000 sans divulguer son rythme mensuel exact et a livré ses premières unités du programme RCH 155, basé sur le véhicule Boxer, avec seulement six exemplaires attendus en 2025, témoignant d’une cadence mensuelle à un chiffre dans un avenir proche. Selon les données accessibles, la production ukrainienne annoncée dépasserait largement les cadences françaises et se situerait à une échelle bien supérieure à toute ligne allemande confirmée.

Ces comparaisons, cependant, reposent sur des chiffres non audités ; la comptabilité ukrainienne en temps de guerre pourrait intégrer différemment les phases d’assemblage final et d’intégration par rapport aux standards industriels européens.

La valeur du Bohdana réside dans sa mobilité élevée, l’utilisation de munitions standard OTAN de 155 mm et sa capacité à effectuer des cycles rapides de tir et de replis, essentiels pour éviter les tirs de contre-batterie. Les artilleurs ukrainiens exploitent ce système pour mener des frappes transfluviales et des opérations d’interdiction à longue distance, s’appuyant sur des fusées compatibles OTAN et des projectiles de base à purge ou assistés par fusée pour étendre la portée effective.

Une base de production nationale dense, bien que hétérogène, permet de limiter la dépendance aux goulots d’étranglement étrangers sur les canons, charges propulsives et électroniques de contrôle de tir, offrant ainsi à l’Ukraine la capacité d’absorber les pertes au combat tout en maintenant la pression sur les lignes logistiques russes.

La performance tactique ne se mesure pas uniquement en quantités produites. Des canaux d’entraînement réguliers, des réserves suffisantes et un système de tir numérique standardisé sont des éléments clés qui transforment le nombre d’équipements en effets opérationnels durables sur le champ de bataille – des facteurs plus difficiles à évaluer par des sources ouvertes.

Kiev adresse également un signal clair à ses partenaires internationaux : l’Ukraine entend prendre davantage en charge son propre réarmement, tout en recherchant des capitaux occidentaux et un accès aux marchés via de nouvelles plateformes d’exportation vers l’Europe, les États-Unis et le Moyen-Orient. Volodymyr Zelenskyy a aussi avancé un chiffre majeur pour la production de drones et missiles en 2024, à hauteur de 35 milliards de dollars, soulignant une ambition élevée qui demeure difficile à vérifier extérieurement à ce stade.

Les capitales occidentales verront d’un bon œil toute augmentation des capacités ukrainiennes, mais la proposition d’exporter ces systèmes fera l’objet d’un contrôle strict, notamment concernant le respect des accords sur l’usage final, l’interdiction de conflit avec les chaînes d’approvisionnement des donateurs, et le risque de détourner des composants critiques des besoins nationaux.

À ce jour, les chiffres vérifiables établissent que la cadence de production du CAESAR français se situe entre 50 % et 60 % par mois de la capacité cible, que la production allemande reste limitée, et que l’Ukraine revendique un rythme bien supérieur, sujet à une observation rigoureuse basée sur des preuves concrètes plutôt qu’à une simple reprise d’annonces.