Les services de renseignement militaires ukrainiens ont recensé 5 816 composants d’origine étrangère dans 202 types d’armes et équipements militaires russes, révélant l’intégration continue d’équipements occidentaux et asiatiques dans l’arsenal de Moscou malgré les restrictions à l’exportation.
Ces découvertes confirment que les missiles, drones et véhicules blindés russes intègrent des composants électroniques fabriqués en Europe, en Asie et en Amérique du Nord, malgré les mesures destinées à limiter l’accès de la Russie à la technologie militaire.
La Direction principale du renseignement ukrainien (HUR) a présenté début juillet une sélection de pièces récupérées aux autorités, notamment au ministre des Affaires étrangères Andrii Sybiha, à ses adjoints et à des ambassadeurs ukrainiens.
Parmi les exemples figurait un ordinateur Nvidia Jetson Orin retrouvé dans un missile de croisière S-71M Monochrome. Les services de renseignement ont également montré un module de navigation inertielle intégrant des composants produits par le fabricant américain Texas Instruments et le groupe japonais TDK.
Parmi d’autres pièces exposées, on comptait un drone d’attaque Geran-2 ainsi que des composants étrangers issus du drone Geran Seeker et du missile de croisière Banderol.
La HUR a expliqué que la Russie se procure une grande partie de ces composants par l’intermédiaire de pays tiers et de circuits détournant les restrictions internationales.
Un réseau d’approvisionnement mondial sous surveillance
Cette enquête s’inscrit dans la continuité d’une investigation du New York Times en juillet, qui révélait l’existence d’un réseau d’approvisionnement secret mis en place par une branche jusque-là non dévoilée du renseignement militaire russe (GRU) au Japon.
Des responsables occidentaux cités par le journal ont identifié un officier du GRU opérant à Tokyo sous couverture diplomatique, travaillant pour la compagnie aérienne russe Aeroflot. Celui-ci aurait repéré des fournisseurs et organisé l’achat de semi-conducteurs, d’émetteurs, de machines-outils de précision et d’autres équipements à double usage.
Les envois de ces produits interdits transiteraient ensuite par des intermédiaires basés en Chine, au Vietnam, au Sri Lanka et en Ouzbékistan.
Un outil numérique pour analyser les armes russes
Dans le cadre de ses efforts pour recenser ces composants étrangers et comprendre le processus de fabrication des armes russes, l’Ukraine a récemment lancé TrophyLab, une base de données à accès contrôlé comprenant des informations techniques sur le matériel capturé ou retrouvé sur le champ de bataille.
Cette plateforme couvre plus de 115 systèmes d’armes et composants répartis en 79 catégories, et rassemble plus de 225 études réalisées par des instituts de recherche et laboratoires de défense ukrainiens.
Les utilisateurs autorisés peuvent consulter des documents techniques, des analyses de composants, des photographies et des vidéos, ainsi que solliciter l’accès aux matériels récupérés pour approfondir leurs recherches.