La Marine indienne, en collaboration avec BrahMos Aerospace, prépare l’intégration d’une version sous-marine du célèbre missile de croisière supersonique BrahMos. Ce développement vise les sous-marins de nouvelle génération du Programme P-75I, construits conjointement par Mazagon Dock Shipbuilders Limited (MDL) et le groupe allemand ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS).
Selon des sources proches du dossier, des discussions sont en cours pour équiper ces sous-marins d’un missile de croisière lancé en mer (SLCM) à partir de systèmes de lancement verticaux (VLS) spécialement conçus. Cette initiative devrait renforcer notablement la capacité d’attaque sous-marine de la Marine indienne, en accord avec la volonté stratégique de l’Inde d’acquérir une plus grande autonomie technologique dans le domaine de la défense.
Le projet P-75I est l’un des programmes navals indiens les plus ambitieux, prévoyant l’acquisition de six sous-marins d’attaque diesel-électriques dotés de systèmes de propulsion independent de l’air (AIP), permettant une endurance sous-marine prolongée. D’un montant estimé à plus de 70 000 crores de roupies (environ 8,4 milliards de dollars), le programme met l’accent sur la construction locale et le transfert de technologie dans le cadre de l’initiative Atmanirbhar Bharat. En janvier 2025, le consortium MDL-TKMS, proposant la conception U-214NG – un hybride entre les plateformes Type 212A et Type 214 –, a réussi les évaluations techniques du ministère de la Défense, faisant de ce design le favori. Ces sous-marins bénéficieront de caractéristiques avancées de furtivité, incluant une faible signature acoustique grâce à des coques angulaires, avec des livraisons prévues à partir de 2031. La part de contenu indigène devra passer de 45 % pour le premier exemplaire à 60 % pour le sixième.
Les sources indiquent que l’intégration du SLCM BrahMos nécessitera des modules VLS dédiés, avec au moins huit cellules par sous-marin pour accueillir la taille et les contraintes de lancement du missile. Contrairement aux lancements classiques par tubes lance-torpilles, utilisés pour une version allégée du BrahMos-NG (pesant environ 1,5 tonne et compatible avec des tubes standard de 533 mm), la version complète du BrahMos impose un lancement vertical depuis la coque étanche. Ce procédé augmente la puissance offensive des bâtiments tout en préservant les tubes lance-torpilles pour la défense, comme l’a souligné l’ancien directeur général de BrahMos, le Dr Sudhir Mishra. Les VLS permettront des tirs immergés à des profondeurs de 40 à 50 mètres, avec un conteneur spécialement conçu empêchant l’eau de pénétrer dans l’admission d’air du missile lors de sa montée.
Si cette intégration offre de réelles perspectives, elle présente aussi des défis techniques et financiers importants. La conception initiale du U-214NG ne comprend pas de VLS et requiert l’ajout d’un « plug » modulaire derrière la tour de commandement pour loger les cellules de lancement verticaux. Cette modification pourrait alourdir la charge et la surface immergée du sous-marin, impliquant une refonte complète par TKMS. Ce surcoût potentiel couvre les renforts structurels, l’ajustement de la flottabilité et la phase de tests d’intégration. Ces aspects font l’objet de négociations approfondies afin de définir leur faisabilité avant le feu vert définitif du ministère de la Défense, qui doit aussi concilier ces adaptations avec les exigences d’assemblage local et les délais de livraison, au risque de retarder la commande initiale.
Le développement du BrahMos SLCM s’appuie sur un historique éprouvé. En mars 2013, l’Inde avait réussi une première mondiale en testant avec succès le lancement d’un BrahMos depuis un ponton sous-marin au large de Visakhapatnam, dans le golfe du Bengale. La version à portée de 290 km avait effectué une montée verticale, suivi d’un vol supersonique à Mach 3 avant d’atteindre précisément sa cible, confirmant ainsi la viabilité du concept sous peine. Cependant, son intégration opérationnelle dans les sous-marins avait été retardée faute de plates-formes équipées de VLS dans la flotte indienne. Les sous-marins conventionnels actuels, tels que les russes de classe Kilo ou les allemands Type 209/HDW, utilisent des tubes lance-torpilles non adaptés au BrahMos complet. Par ailleurs, les sous-marins stratégiques nucléaires de classe Arihant privilégient les missiles balistiques lancés depuis sous-marin (SLBM) comme le K-15 Sagarika, laissant un vide tactique pour des missiles supersoniques à lancement sous-marin sur les bâtiments d’attaque.
Des avancées récentes, notamment avec la version BrahMos-ER à portée étendue de 800 km et un guidage enrichi par intelligence artificielle, relèvent ces contraintes. Parallèlement, BrahMos Aerospace développe une variante Next-Generation (NG) compatible avec les tubes lance-torpilles, dont les essais sont prévus pour fin 2025, offrant une option plus économique pour le P-75I. Néanmoins, la solution basée sur les VLS pour le BrahMos intégral reste la plus puissante, permettant de déployer simultanément jusqu’à huit missiles par sous-marin pour neutraliser plusieurs cibles en salve.