La Marine indienne et l’Organisation de recherche et de développement pour la Défense (DRDO) ont convenu de développer une version améliorée de missile de croisière lancé depuis un sous-marin (SLCM) offrant une portée minimale de 2 500 kilomètres. Ce missile est spécifiquement conçu pour être intégré aux futurs sous-marins nucléaires d’attaque (SSN) du Projet 77.

Cette collaboration s’appuie sur le programme existant basé sur le missile Nirbhay, dont la version SLCM a déjà démontré une portée de 500 kilomètres lors d’essais réussis. Un prochain test est prévu pour valider une configuration à 1 000 kilomètres.

Le SLCM indigène actuel, développé par le Centre de développement aéronautique (ADE) de la DRDO, est une version subsonique compacte dérivée du missile Nirbhay. Il mesure 5,6 mètres de long, pèse 975 kilogrammes et présente un diamètre de 0,505 mètre, optimisé pour un lancement dans des tubes lance-torpilles standards de 533 millimètres. Son guidage en vol combine un système de navigation inertielle (INS) et GPS pour la phase de navigation en route, avec un chercheur actif à radiofréquences pour la phase terminale, lui permettant d’engager des cibles terrestres comme navales.

Lors d’un essai en février 2023 depuis un ponton submergé, ce missile a parcouru 402 kilomètres en répondant à toutes les exigences de la mission. Deux validations en condition réelle, réalisées en 2024, ont confirmé sa fiabilité en milieux salins et en eaux profondes. Ce missile équipera les plates-formes conventionnelles des Projets 75I, qui comprendront six sous-marins diesel-électriques à propulsion indépendante de l’air (AIP) attendus pour 2032, ainsi que le Projet 76 entièrement indigène, visant un contenu local de 90 à 95 % avec une finalisation de la conception en 2026 et la construction de la première coque prévue entre 2033 et 2034. Ces projets mettent l’accent sur la compatibilité avec les tubes lance-torpilles existants, afin d’exploiter les infrastructures déjà présentes sur les classes Kalvari (Scorpène) et Sindhughosh (Kilo) sans modifications structurelles.

Le Projet 77 porte sur six sous-marins nucléaires d’attaque de 10 000 tonnes, avec les deux premiers prévus pour 2036-2037 et 2038-2039. Il nécessite une nouvelle génération de SLCM pour répondre aux impératifs opérationnels. Ces sous-marins nucléaires, conçus par le Bureau de conception des navires de guerre en collaboration avec le Centre de recherche atomique Bhabha (BARC) et la DRDO, sont destinés à opérer en haute mer, loin des menaces côtières, d’où l’importance de vecteurs à longue portée pour des frappes de précision sur des cibles terrestres telles que centres de commandement, bases aériennes et infrastructures logistiques.

Les SLCM améliorés présenteront des profils de propulsion supersonique et subsonique : des variantes supersoniques à Mach 3, inspirées de la famille BrahMos, conçues pour des attaques rapides en zones contestées avec une portée allant jusqu’à 800 kilomètres ; et des versions subsoniques pour une pénétration furtive en suivant le relief, faisant évoluer la trajectoire en rase-mottes du Nirbhay avec des portées futures dépassant 1 500 kilomètres, pouvant atteindre potentiellement 2 000 kilomètres. La portée de 2 500 kilomètres constitue un objectif plancher pour garantir une capacité d’engagement à distance permettant aux SSN de demeurer dissimulés tout en projetant une puissance étendue à travers l’Indo-Pacifique.

Cette architecture double vitesse répond aux exigences tactiques des SSN, qui privilégient une posture furtive en eaux profondes pour intercepter les convois adverses ou soutenir des opérations stratégiques sans s’exposer aux menaces de surface. Chaque sous-marin du Projet 77 pourra embarquer 40 à 50 missiles dans des systèmes à lancement vertical (VLS), incluant des salves de ces SLCM, en plus de torpilles lourdes telles que le Varunastra et des suites sonar avancées développées par le Laboratoire physique et océanographique naval (NPOL) de la DRDO. Le programme intègre également une propulsion par jet d’eau, des batteries lithium-ion pour l’alimentation auxiliaire et des réseaux sonars conformaux visant à réduire la signature acoustique, positionnant ces SSN comme des contrepoids aux flottilles chinoises Type-093B et Type-095 en pleine expansion.

Le développement des SLCM 2 500 kilomètres débutera par la maturation des sous-systèmes, incluant le contrôle vectoriel de poussée pour une meilleure manœuvrabilité, le déploiement en vol des ailes pour étendre la portée et une amélioration de l’encapsulation pour l’éjection sous-marine. Les premiers essais utiliseront un sous-marin de la classe Kilo dédié aux tests, transféré de la Marine à la DRDO pour valider l’intégration. La pleine maturité opérationnelle est prévue sur une décennie, en cohérence avec le calendrier du Projet 77. Les SSBN de la classe Arihant assureront la dissuasion nucléaire grâce aux missiles balistiques lancés depuis sous-marins (SLBM) de la série K, dont la portée atteint 3 500 kilomètres. Des solutions transitoires comme les missiles russes Kalibr (1 500-2 500 kilomètres) ou le missile naval MBDA européen sont à l’étude pour combler les lacunes, mais l’objectif reste d’affirmer la politique d’autonomie stratégique « Aatmanirbhar Bharat ».