Article de 1000 mots ⏱️ 5 min de lecture

Dans une avancée majeure pour les capacités de combat aérien de l’Inde, MBDA UK, un des principaux fabricants européens de missiles, a exprimé sa volonté de collaborer avec l’Organisation indienne de recherche et développement pour la défense (DRDO) afin de co-développer un nouveau missile air-air à longue portée (BVRAAM) basé sur le missile Meteor. Selon des sources citées par le Indian Defence Research Wing, ce projet commun viserait à concevoir une version adaptée du Meteor intégrant des technologies indiennes, ce qui permettrait son déploiement sur l’ensemble des avions de chasse de l’Armée de l’air indienne (IAF) et de la Marine indienne, sans les restrictions actuellement imposées par MBDA France et ses partenaires européens.

Cependant, l’Inde semble adopter une approche prudente, privilégiant son missile indigène Astra MkIII, qui promet une portée supérieure et devrait être opérationnel d’ici cinq ans, ce qui pourrait devancer le calendrier du projet conjoint.

Le Meteor, développé par MBDA pour six pays européens (Royaume-Uni, Allemagne, Italie, France, Espagne et Suède), est un missile BVRAAM de nouvelle génération réputé pour sa propulsion par statoréacteur (ramjet), son chercheur radar actif et sa liaison de données bidirectionnelle. Il offre une portée dépassant les 200 km ainsi qu’une large « zone d’inévitabilité ». Actuellement, en Inde, le Meteor est uniquement intégré aux 36 Rafale de l’IAF et est prévu pour équiper les 26 Rafale-M destinés à la Marine indienne. Son emploi demeure limité à ces plateformes à cause d’accords avec MBDA France et d’autres partenaires, ce qui restreint son utilisation sur les avions indigènes tels que le HAL Tejas Mk1A et le futur Tejas MkII.

La proposition de MBDA UK vise à lever ces contraintes par un co-développement d’un missile BVRAAM dérivé du Meteor, intégrant des technologies indiennes. Cette nouvelle version permettrait une compatibilité étendue à la flotte diversifiée de l’Inde, incluant les Su-30 MKI, MiG-29, Mirage 2000 et les différentes variantes du Tejas. Le projet pourrait également prévoir l’établissement d’une ligne de production locale, s’inscrivant dans l’initiative « Make in India » et renforçant les liens de défense à long terme.

De son côté, la DRDO a accompli d’importants progrès dans le développement de sa propre famille de missiles BVRAAM dans le cadre du programme Astra, dont l’Astra MkIII, baptisé Gandiva, constitue le projet phare. Basé sur la technologie du statoréacteur à propergol solide (SFDR), l’Astra MkIII est conçu pour atteindre une portée de 340 km en haute altitude et 190 km à basse altitude, dépassant celle du Meteor. Ce missile est capable de neutraliser une vaste gamme de menaces aériennes, allant des avions de chasse aux bombardiers stratégiques, ainsi qu’aux plates-formes d’alerte avancée AEW&C, ce qui en fait un atout polyvalent pour l’IAF et la Marine.

L’Astra MkIII, encore en développement, devrait être opérationnel d’ici cinq ans, offrant un délai plus court que le projet conjoint MBDA-DRDO. Ses caractéristiques avancées incluent notamment un moteur à propergol solide à double impulsion, une guidance inertielle avec mises à jour en vol et des contre-mesures électroniques (ECCM), qui en font un concurrent sérieux face au Meteor ainsi qu’au missile chinois PL-15. La confiance de la DRDO dans l’Astra MkIII repose sur le succès de l’Astra MkI, déjà intégré aux Su-30 MKI et Tejas Mk1A, ainsi que sur les essais en cours de l’Astra MkII, dont la certification est attendue pour 2026 avec une portée supérieure à 160 km.

La proposition de MBDA UK présente plusieurs avantages potentiels. En intégrant des technologies indiennes, telles que les capteurs ou les systèmes de guidage développés par la DRDO, le nouveau missile pourrait être adapté aux besoins opérationnels spécifiques de l’IAF, garantissant une compatibilité avec l’ensemble des plateformes. La production locale contribuerait à réduire les coûts, renforcer l’autonomie stratégique et ouvrir des opportunités aux industries indiennes dans un programme de missile à haute technologie. Par ailleurs, la coopération offrirait un accès à l’expertise de MBDA en propulsion ramjet et technologies de pointe des chercheurs, ce qui pourrait accélérer le développement des capacités balistiques indiennes.

Cependant, l’enthousiasme du côté indien reste limité, principalement en raison de l’avancement significatif du programme Astra MkIII. Le missile Gandiva, avec sa portée supérieure et son design entièrement national, est perçu comme un atout stratégique aligné sur l’objectif d’autosuffisance de l’Inde en matière de production de défense. La technologie SFDR de l’Astra MkIII, validée lors d’essais réussis en 2018, 2019 et 2021, offre un avantage compétitif notable, notamment pour engager des cibles à haute altitude sur de longues distances. De plus, l’expérience accumulée par la DRDO avec les programmes Astra MkI et MkII, ainsi que des contrats de production représentant environ 2 971 crores de roupies (plus de 350 unités), attestent de la montée en puissance technologique de l’Inde dans ce domaine.

Le calendrier du projet conjoint demeure un obstacle important. Si la proposition de MBDA UK pourrait accélérer l’intégration du Meteor sur les différentes plates-formes indiennes, le développement d’une nouvelle version risquerait de prendre plus de temps que la mise en service prévue de l’Astra MkIII autour de 2030. Les expériences passées avec des collaborations internationales, souvent marquées par des retards dans le transfert de technologies, expliquent la prudence de l’Inde. Le focus de la DRDO sur des solutions indigènes, soutenu par des initiatives telles que la Positive Indigenisation List, confirme la préférence indienne pour le programme Astra.