Un médecin militaire du centre médical Carl R. Darnall à Fort Hood, au Texas, a été suspendu la semaine dernière après que plusieurs patientes ont accusé le gynécologue-obstétricien d’avoir pris des photos et des vidéos d’elles de manière inappropriée lors d’examens médicaux. Au moins une douzaine de patientes seraient concernées par ces accusations.
Les autorités de Fort Hood ont annoncé que le médecin ne recevait plus de patients et que la Criminal Investigation Division (CID) de l’armée avait lancé une enquête dès les premières heures suivant la plainte d’une patiente. Pour l’heure, l’identité du médecin suspendu n’a pas été communiquée et les responsables militaires ne font pas de commentaires détaillés en raison de l’enquête toujours en cours.
Andrew Cobos, ancien officier de l’armée et avocat spécialisé en dommages corporels au sein du cabinet The Cobos Law Firm, a confirmé représenter 12 des patientes concernées. Par ailleurs, Christine Dunn, avocate chez Sanford Heisler Sharp McKnight, déclare représenter trois autres victimes et souligne que d’autres sont en contact avec son cabinet.
Les deux avocates préparent des plaintes au titre du Federal Tort Claims Act (FTCA), qui ouvriraient la voie à des poursuites civiles contre l’armée. En cas de dépôt, l’administration américaine dispose de six mois pour enquêter, avant de choisir un règlement amiable ou un refus, ce qui pourrait déclencher un procès civil. Ces démarches civiles se dérouleraient parallèlement à une éventuelle procédure pénale sous le Code de justice militaire américain.
Selon le cabinet de Cobos, plusieurs patientes dénoncent que le médecin suspendu aurait « secrètement » pris des photos et vidéos pendant les examens gynécologiques, tout en suggérant des procédures médicales « non nécessaires ». Les deux avocates ajoutent que le praticien aurait conservé un téléphone portable personnel dans la poche de sa blouse, instrument à partir duquel les clichés et captures vidéo auraient été réalisés.
Dunn précise que ses clientes ignoraient totalement ces faits jusqu’à ce qu’elles rencontrent les agents de la CID, qui leur ont montré des captures d’écran issues des vidéos filmées à leur insu.
Une patiente témoigne en détail : « Le 23 octobre, j’ai reçu un appel de la CID me demandant de venir répondre à des questions concernant mon médecin. Le 24 octobre, j’ai rencontré les agents qui m’ont montré une capture d’écran extraite d’une vidéo prise lors de ma consultation mi-octobre. Je suis repartie sans réponses claires car l’enquête est toujours en cours. On m’a remis une brochure des services d’aide et on m’a dit que la CID me recontacterait si nécessaire. »
Elle confie également avoir été submergée par l’émotion : « Quand je suis arrivée à ma voiture, j’ai éclaté en sanglots, incapable de croire ce qui venait de se passer. C’était un médecin en qui j’avais confiance, qui me faisait me sentir écoutée et prise en charge. Je me suis mise à douter de tout : les soins reçus, le système censé me protéger, et si moi ou mes filles serons un jour vraiment en sécurité dans un cabinet médical. »
Les autorités de Fort Hood ont indiqué contacter « toutes les patientes ayant consulté ce fournisseur médical » et que les agents de la CID joignent les patientes potentiellement affectées pour recueillir leurs témoignages. Christine Dunn s’étonne qu’un tel comportement ait pu durer sans que « des signaux d’alerte soient détectés ou que quelqu’un ait remarqué un élément qui aurait dû inquiéter ».