Selon des sources internes à l’Armée populaire de libération (APL) citées par un média basé à Hong Kong, l’Inde travaille sur le développement d’un missile balistique intercontinental (ICBM) d’une portée d’environ 8 000 km, qui serait une version améliorée ou nouvelle génération de son missile balistique intermédiarie Agni-V. Cette information survient dans un contexte de tensions accrues à la frontière sino-indienne et relance les accusations chinoises selon lesquelles New Delhi minimiserait délibérément ses capacités balistiques pour échapper à la surveillance internationale. Ce futur « Agni-VI » ou Agni-V amélioré pourrait ainsi élargir la portée stratégique de l’Inde, couvrant non seulement la totalité de la Chine, mais aussi une grande partie de l’Asie de l’Est et au-delà, avec la possibilité d’atteindre 10 000 à 12 000 km en configuration avec des têtes nucléaires allégées.
Le reportage, s’appuyant sur des sources anonymes au sein de l’APL, présente ce programme comme une réponse directe à l’expansion de l’arsenal chinois, incluant les missiles balistiques intercontinentaux hypersoniques DF-41 et le développement d’une dissuasion sous-marine accrue. D’après ces informations, le nouveau missile, souvent appelé de manière informelle « Agni-VI », viserait une portée de base de 8 000 km avec une charge complète, dépassant ainsi largement les 5 000 km officiellement revendiqués par l’Agni-V. Des analystes estiment que des charges MIRV (têtes multiples indépendamment guidées) plus légères pourraient pousser la portée jusqu’à 12 000 km, plaçant ainsi les bases américaines dans le Pacifique et certains alliés européens à portée potentielle.
Cette thèse n’est pas nouvelle. Depuis le premier essai de l’Agni-V en 2012, les médias et experts chinois ont régulièrement affirmé que les capacités réelles du missile étaient sous-estimées pour satisfaire aux exigences du Missile Technology Control Regime (MTCR), dont les États-Unis sont membres. En 2012, Du Wenlong, chercheur à l’Académie des sciences militaires de l’APL, avait déjà avancé que l’Agni-V pouvait atteindre une portée comprise entre 8 000 et 12 000 km en réduisant la charge utile, réfutant la limite officielle des 5 000 km comme une stratégie délibérée d’Inde destinée à éviter les critiques internationales. En 2017, d’autres articles, notamment dans le Global Times, accusaient l’Inde d’avoir enfreint les normes de non-prolifération des Nations unies en conduisant des essais « cachés » de missiles longue portée.
Ces allégations ont gagné en intensité après les tirs, avec des médias étatiques chinois tels que le People’s Daily suggérant que les pressions de l’OTAN avaient forcé New Delhi à limiter la portée de ses missiles. L’Inde a toujours nié ces accusations, affirmant que l’Agni-V s’inscrivait dans le cadre d’une « dissuasion minimale crédible » et n’était dirigé contre aucun pays en particulier. Cependant, le rapport du média hongkongais, qui cite des stratèges de l’APL de niveau intermédiaire, semble indiquer une reprise de la surveillance du programme indien, notamment après l’essai réussi en août 2025 d’un tir nocturne de l’Agni-V depuis Odisha, qui a validé les technologies MIRV et suggéré d’éventuelles améliorations de la portée.
L’Agni-V est un missile balistique intermédiarie (IRBM) mobile sur route à trois étages, développé par le laboratoire de recherche et développement de la défense indien (DRDO). Il est parfois considéré comme un quasi-ICBM, avec une portée spéculée allant de 5 000 à 8 000 km. Les mises à jour récentes incluent un lancement en conteneur pour une mise en alerte rapide et l’utilisation de matériaux composites pour réduire le poids, alimentant les spéculations sur une version allongée. Selon des sources, ce nouveau projet exploiterait la navigation à gyroscope laser annulaire de l’Agni-V ainsi que ses propulseurs à propergol solide, combinés à des véhicules de rentrée plus légers pour atteindre la barre des 8 000 km avec une charge standard de 1 500 kg, suffisante pour des ogives thermonucléaires.
Cette évolution s’inscrit dans la montée en puissance de la triade nucléaire indienne : en complément des vecteurs aériens et maritimes comme le missile BrahMos et le missile balistique sous-marin K-4, un ICBM véritable consoliderait la capacité de second frappe. Les analystes soulignent qu’une portée de 8 000 km avec charge maximale permettrait d’atteindre le cœur de la Chine, tandis que des configurations plus légères avec des MIRV de 500 à 1 000 kg pourraient viser des zones comme Guangzhou ou même Tokyo selon les modèles balistiques. Le silence du DRDO sur les détails, hormis la confirmation d’« améliorations en cours », nourrit l’intérêt, d’autant que la démonstration des capacités MIRV a été saluée par des spécialistes tels que Hans Kristensen comme un « changement majeur dans les arsenaux ».
Pour Pékin, ce développement illustre une escalade dans la course nucléaire. La Chine prévoit d’atteindre un stock d’environ 1 000 ogives d’ici 2030, face aux 200 ogives estimées de l’Inde. La poussée indienne vers un ICBM pourrait inciter Pékin à renforcer ses mesures de défense antimissile HQ-19 ou à déployer des armes hypersoniques comme le DF-27. Lyle Morris, expert Chine à la Rand Corporation, avertit que de telles dynamiques risquent d’engendrer des erreurs de calcul le long de la Ligne de Contrôle Effectif (LAC), où les affrontements de Galwan en 2020 ont déjà mis au jour des tensions doctrinales importantes.
De son côté, l’Inde présente cette capacité comme une mesure d’équilibre et non une provocation, comme l’a réaffirmé le Premier ministre Modi en 2024, insistant sur une « modernisation défensive ». Cette révélation, si elle se confirme, démontre néanmoins le double tranchant de l’opacité stratégique : minimiser ses capacités peut offrir une marge diplomatique, mais déclenche aussi des surestimations chez les rivaux, alimentant les courses aux armements.