La Bundeswehr allemande a commandé 200 nouveaux Véhicules de Combat d’Infanterie (VCI) Puma équipés du missile antichar MELLS (Spike-LR), parallèlement à un programme de modernisation de près de 300 Puma plus anciens, avec les standards S1 et S2. Ce VCI lourd, doté d’une blindage modulaire, transporte neuf membres d’équipage et une section d’infanterie de six soldats, tout en pouvant engager l’ennemi à distance grâce à ses missiles antichars.
L’Allemagne s’attache à vérifier la capacité d’un tel véhicule à survivre dans un conflit de haute intensité face à des adversaires de niveau similaire, où drones, missiles à attaque par le dessus et usure prolongée dominent. Les champs de bataille modernes, illustrés par le conflit en Ukraine, exigent des véhicules combinant protection renforcée, senseurs avancés et capacité de frappe de précision. Le Puma, avec son équilibre entre blindage et missiles MELLS, privilégie la survie sur le champ de bataille et la létalité tactique plutôt que la vitesse ou la masse. Il s’affirme ainsi comme un système interconnecté, centré sur la précision et capable d’influencer les engagements dans des environnements fortement contestés.
Le système MELLS transforme-t-il le Puma sur le champ de bataille ?
Le MELLS, également appelé Spike-LR, est un missile guidé antichar à tir au-delà de la ligne de vue, à guidage automatique après le tir, capable d’atteindre des cibles blindées à plus de 4 000 mètres. Son intégration transforme le Puma d’un simple transporteur d’infanterie en une plateforme anti-blindés performante à distance, dépassant la portée des canons automatiques traditionnels.
Alors que les VCI classiques déploient principalement des armes à tir direct, exposant souvent leurs équipages au tir ennemi, le Puma équipé de MELLS peut neutraliser des cibles importantes depuis des positions protégées. Cette capacité permet aux unités d’infanterie mécanisée de coordonner leurs frappes, tandis que les fantassins débarqués avancent sous le feu protecteur du Puma. Ainsi, le véhicule reconfigure les tactiques de manœuvre sur les champs de bataille modernes.
Pourquoi l’Allemagne associe-t-elle missiles longue portée et blindage maximal ?
Le Puma est conçu pour résister à des menaces très intenses en combinant un blindage avancé à une capacité de tir à distance soutenue. Son blindage modulaire protège notamment contre les missiles antichars tirant par le dessus, la fragmentation d’artillerie et les tirs de précision concentrés émis par des systèmes sans pilote. Cette stratégie privilégie la robustesse structurelle plutôt que la simple dispersion ou la rapidité de manœuvre pour éviter les dégâts.
L’équipage évolue dans un compartiment hautement protégé, tandis que l’engin conserve des options offensives à longue distance. Cette philosophie modifie les calculs tactiques en permettant aux unités blindées de tenir un terrain et de soutenir l’infanterie sans exposer immédiatement leur personnel aux effets mortels des systèmes modernes anti-véhicules.
Comparaison des concepts : Puma versus modèles américains et nordiques
| Modèle de VCI | Classe de poids | Philosophie d’intégration des missiles | Priorités de protection des équipages |
| Puma | 43–44 tonnes | Missile antichar longue portée, tir au-delà de la ligne de vue | Blindage maximal avec options modulaires |
| Bradley A4/E | 27–30 tonnes | Missiles TOW à plus courte portée | Protection équilibrée avec emphase sur la mobilité |
| CV90 Mk IV | 32–35 tonnes | Missiles antichars optionnels | Blindage optimisé pour la survie des troupes |
La doctrine allemande met l’accent sur la survivabilité grâce à des plateformes lourdement blindées équipées de tirs de précision à distance. Les forces américaines et nordiques privilégient des véhicules plus légers, mobiles, compatibles avec une intégration flexible des missiles, pour favoriser manœuvres rapides et formations dispersées. Au sein de l’OTAN, ces différences traduisent des choix stratégiques contrastés : l’Allemagne accepte un poids supérieur et une mobilité stratégique réduite pour garantir la protection des équipages, tandis que d’autres membres cherchent un équilibre entre protection, vitesse et portée opérationnelle.
Le MELLS augmente-t-il véritablement la pertinence des VCI face aux combats saturés de drones ?
Les drones armés constituent une menace constante pour les VCI, en livrant des attaques du dessus, un ciblage en temps réel et des cycles de frappe rapides à faible coût. Les drones FPV réduisent les distances d’engagement et punissent les véhicules dépendant d’armes à tir direct ou évoluant dans des couloirs exposés. Un missile longue portée comme le MELLS permet au VCI d’atteindre des cibles blindées bien au-delà de l’enveloppe d’engagement des drones FPV, diminuant ainsi le temps d’exposition et limitant la nécessité de pénétrer dans des zones visuellement contestées. Les tirs à distance déplacent le risque du véhicule vers le réseau de capteurs qui appuie la frappe.
Cependant, la létalité basée sur les missiles se heurte à des contraintes dans un environnement saturé de guerre électronique et de surveillance aérienne continue. La guidage des missiles, les données de ciblage et la coordination des tirs dépendent de l’intégrité des liaisons et de la rapidité des informations. Une couverture ISR dense réduit les fenêtres de décision, tandis que les interférences électroniques dégradent l’appui et la transmission entre les plateformes. Dans de telles conditions, la portée du missile ne garantit ni la survie ni l’efficacité.
Le facteur clé réside dans le délai sensoriel entre la détection et le tir : la détection, classification, approbation du tir et lancement doivent être plus rapides que les cycles de mission des drones ennemis. Lorsque ces délais favorisent le défenseur, un VCI équipé de missiles longue portée peut peser sur le combat depuis des positions protégées. Si ces délais s’allongent, le véhicule risque d’être détecté et neutralisé avant que ses armes n’agissent efficacement.
Les compromis liés à un VCI de plus de 40 tonnes
Un VCI de plus de 40 tonnes engendre des contraintes de mobilité sur les infrastructures européennes. La classification de charge des ponts limite les itinéraires, le transport ferroviaire exige des wagons renforcés, et les opérations de récupération en zone de combat nécessitent des moyens lourds. La mobilité tactique reste possible, mais la flexibilité opérationnelle diminue lorsque le terrain, la météo ou des infrastructures endommagées restreignent les accès.
Les coûts de soutien augmentent avec le poids et la complexité. Le blindage lourd accroît l’usure des transmissions, suspensions et chenilles, tandis que les modules de protection ajoutent des besoins d’inspection et de remplacement. Les cycles de maintenance s’allongent, les pièces détachées deviennent plus lourdes, et les opérations de récupération consomment davantage de temps et de ressources en conditions de combat.
La projection stratégique en souffre également. Le transport aérien reste inaccessible, le transport maritime s’allonge, et la réponse rapide à une crise hors d’Europe devient plus difficile. Le Puma privilégie un théâtre préparé, avec une logistique établie, plutôt que des missions expéditionnaires.
D’un point de vue budgétaire, l’Allemagne accepte un coût unitaire plus élevé en échange de la survie des équipages et d’une persistance au combat plus longue. Moins de véhicules offrent une présence prolongée sur le champ de bataille, comptant sur la protection et la résilience pour préserver le personnel formé et maintenir la puissance de feu lors d’opérations de haute intensité prolongées.
Le rôle du Puma avec MELLS dans la doctrine allemande de combat combiné
Au sein des formations combinées allemandes, le Puma opère aux côtés des chars Leopard 2 comme une plateforme protégée de manœuvre et de tir, plutôt que comme un simple transport d’infanterie en position secondaire. Équipé de MELLS, le VCI apporte des tirs antichars de précision qui complètent les tirs directs du char, étendant la portée d’engagement des unités blindées. Le Puma s’intègre également avec l’artillerie, les drones ISR et les systèmes de commandement et de contrôle en réseau, permettant aux cibles détectées par les capteurs de la formation d’être engagées par la plateforme la mieux adaptée. Le VCI devient ainsi un élément actif du réseau de feu, et non un simple soutien.
Au niveau brigade, les bataillons d’infanterie blindée équipés de Puma assurent la tenue du terrain, protègent les déplacements des chars et réalisent des effets à distance contre l’armement et les positions fortifiées ennemies. Les unités Leopard 2 concentrent les percées et les actions de choc, tandis que les Puma sécurisent les flancs, suppriment les menaces hors portée du canon automatique et appuient l’infanterie débarquée sous couverture blindée. L’artillerie et les drones alimentent le réseau de ciblage de la brigade, autorisant des frappes coordonnées axées sur la précision et la survie plutôt que sur la manœuvre de masse.
Un système pensé pour la prochaine guerre ou le dernier conflit ?
Les menaces terrestres modernes évoluent plus rapidement que les cycles d’acquisition des véhicules blindés. Les tactiques drones, les attaques électroniques et les systèmes de frappe à bas coût changent en quelques mois, alors que les plateformes lourdes entrent en service sur plusieurs années. Ce décalage met la pression sur tout concept de VCI ancré sur des hypothèses précises de portée, protection et supériorité sensorielle en début de cycle de vie.
Un VCI centré sur les missiles subit également la concurrence des menaces aériennes massives et peu coûteuses. Les armes de précision longue portée excellent contre les cibles blindées, mais rivalisent avec des essaims de drones FPV qui misent sur la quantité plutôt que sur la sophistication. L’équilibre entre missiles onéreux et attaquants jetables conditionne la durée d’une supériorité sur un champ de bataille saturé.
Le Puma représente une plateforme stable et finement conçue opérant dans un espace de bataille en rapide évolution. Son architecture privilégie la protection, l’intégration et le contrôle des engagements, tandis que l’environnement favorise la rapidité d’adaptation et la pression numérique. Reste à déterminer si cette approche correspondra au futur de la guerre de haute intensité, question toujours ouverte.
Les orientations de la trajectoire allemande pour le combat terrestre à long terme
Le programme Puma illustre une préférence nette à long terme pour des plateformes terrestres lourdes et survivables plutôt que pour une grande quantité de véhicules légers. La logique de conception privilégie la protection, l’intégration et la résistance au feu, acceptant le poids et le coût comme des compromis nécessaires à la survie des équipages et à la capacité de combat durable.
La continuité industrielle oriente aussi cette voie. Les améliorations incrémentales, les modules évolutifs et la production prolongée entretiennent les lignes de conception et les capacités de fabrication existantes plutôt que de lancer des développements ex nihilo, réduisant ainsi les risques techniques tout en maintenant l’expertise nationale dans le blindé.
Au niveau structurel, l’accent est mis sur la qualité plutôt que la quantité. Moins de véhicules à haute protection visent à préserver les équipages formés et maintenir la puissance de combat lors d’opérations prolongées et de haute intensité. Le Puma fonctionne aussi comme un pont conceptuel vers la future génération MGCS, où les plateformes lourdes feront office de nœuds de combat interconnectés dans des systèmes terrestres étroitement intégrés.