Dans le golfe de Finlande, une épaisseur exceptionnelle de glace paralyse des ports stratégiques, ralentit le trafic maritime et menace directement les exportations de pétrole et de matières premières russes. Cette contrainte climatique, ajoutée aux sanctions existantes, révèle la vulnérabilité logistique de l’économie russe.
Les ports russes du golfe de Finlande sont en état d’alerte maximale. La glace marine n’a jamais été aussi étendue et dense depuis plus de quinze ans. Cette alerte a été lancée par Alexander Kolesov, météorologue en chef à Saint-Pétersbourg. Sur son compte Telegram, il a expliqué que le golfe de Finlande est désormais presque entièrement couvert de glace, et que cette zone continue de s’étendre. L’épaisseur de la glace atteint actuellement environ 25 centimètres, et le ministère russe des Transports prévoit qu’elle pourrait atteindre entre 30 et 40 centimètres d’ici mars.
Cette situation est due à un hiver marqué par plusieurs vagues de froid prolongées dans la partie est de la mer Baltique et autour de Saint-Pétersbourg, ainsi qu’à des vents faibles et à une eau à faible salinité qui gèle facilement.
Lorsque la glace atteint 30 centimètres, seuls les navires dotés de la certification « Ice Class » peuvent naviguer de manière autonome. Tous les autres doivent impérativement être escortés par des brise-glaces. La conséquence immédiate est une congestion déjà visible dans les ports russes, avec des temps d’attente pour les convois passant de cinq à sept jours, selon une revue maritime ukrainienne.
Face à cette situation, la flotte russe de brise-glaces a été mobilisée. Les ports stratégiques de Primorsk et Vysotsk sont en alerte maximale. Sur leur site officiel, les autorités portuaires russes indiquent qu’à partir du 1er mars, tous les navires non certifiés « classe glace » devront patienter ou être immobilisés.
Les armateurs ont été officiellement informés des retards prévus. Moscou redéploie des brise-glaces issus de l’Arctique pour les concentrer dans cette zone du golfe de Finlande. Le ministère des Transports a même demandé à Rosatom de fournir un brise-glace à propulsion nucléaire.
Ports russes sous pression, flotte de brise-glaces mobilisée
À la mi-février, le quotidien économique russe Kommersant alertait déjà sur la pénurie de brise-glaces en mer Baltique. Le temps d’escorte d’un navire peut dépasser douze heures. Dans une lettre adressée au ministère des Transports, l’Association russe de l’acier a exprimé son inquiétude quant aux conséquences pour les exportations métallurgiques.
Un responsable du groupe Rusal, premier producteur mondial d’aluminium, a également dénoncé la situation. Il a expliqué que les navires transportant de l’alumine, élément essentiel aux fonderies d’aluminium, sont traités en dernier et restent bloqués trop longtemps dans les ports baltes.
Kommersant cite aussi Alexander Masko, un responsable portuaire, qui a déclaré que ces restrictions « pourraient entraîner une réduction, voire un arrêt total, de la production destinée à l’exportation », notamment pour les métaux ferreux et non ferreux, les engrais minéraux et d’autres produits.
Des inspections sous-marines empêchées par la glace
Autre conséquence plus technique : l’épaisseur et la densité de la glace rendent désormais certaines inspections sous-marines obligatoires physiquement impossibles. Aux alentours de l’île de Gogland, par exemple, les plongeurs ne peuvent plus intervenir. Cette opération, qui dure habituellement environ onze heures en mer Baltique, est devenue pratiquement irréalisable.
Selon une source citée par Kommersant, l’impact sur les coûts logistiques à l’export s’élèverait entre 0,50 et 1,50 dollar par tonne de fret. Pour le seul secteur du charbon, la facture pourrait atteindre plusieurs centaines de millions de dollars.
Le golfe de Finlande représente à lui seul 40 % des exportations maritimes pétrolières de la Russie. Le port de Primorsk a vu ses exportations tomber à 490 000 barils par jour sur la première quinzaine de février, soit une baisse de 30 % par rapport à l’an dernier et de 50 % par rapport à 2004.
Une telle situation n’avait pas été observée depuis février 2010. À l’époque, plus d’une centaine de navires étaient bloqués dans des ports russes, attendant que les brise-glaces dégagent les voies maritimes. On avait alors assisté à des files d’attente interminables, d’importants retards dans le transport maritime commercial, ainsi qu’à des coûts élevés liés à la consommation de carburant, à l’immobilisation des navires et à la location de navires « classe glace ».
Mathieu Jolivet