Le président Donald Trump a récemment réintroduit symboliquement l’appellation historique de « Ministère de la Guerre » pour le département américain de la Défense, un nom officiellement utilisé jusqu’en 1947. Cette décision, prise par décret, n’a cependant qu’un statut de « double appellation » pour l’instant, car toute modification officielle nécessiterait l’approbation du Congrès. Selon le décret, le nom « Department of War » incarnerait davantage la volonté et la capacité de mener et de gagner des conflits au nom de la nation, au-delà d’une simple posture défensive.
Le texte précise : « Ce nom affine le focus du ministère sur nos intérêts nationaux et souligne à nos adversaires notre détermination et notre disponibilité à faire la guerre afin de protéger ce qui nous appartient. J’ai donc décidé que ce ministère doit de nouveau être nommé ‘Ministère de la Guerre’ et que son chef sera appelé ‘Ministre de la Guerre’ ». Ce double titre pourra être utilisé officiellement dans la correspondance, les déclarations publiques, les cérémonies et les documents exécutifs non législatifs.
Usage strict et limité au contexte non législatif
Dans les textes de loi, l’appellation « Department of Defense » restera celle en vigueur. Les organismes de l’exécutif sont invités à intégrer ce double intitulé dans leurs communications internes et externes, à condition de ne pas engendrer de confusion. Le ministre devra informer le président, dans les 30 jours, des entités utilisant ce second titre pour transmission au Congrès, qui recevra également une recommandation sur les démarches législatives et exécutives nécessaires pour une éventuelle adoption définitive dans un délai de 60 jours.
La balle est donc dans le camp du Congrès, où l’adoption de ce changement reste incertaine malgré la majorité républicaine fragile. Les démocrates, dans l’opposition, y sont opposés a priori, d’autant plus que Trump a rapidement alimenté la controverse en menaçant de déployer la Garde nationale à Chicago, ville gouvernée par les démocrates, sous l’appellation « Department of War ». Sur les réseaux sociaux, il a posté une image générée par intelligence artificielle, inspirée du film « Apocalypse Now », montrant des hélicoptères au-dessus de Chicago, avec lui-même dans le rôle du colonel Kilgore et le titre détourné « Chipocalypse Now », accompagné d’une phrase modifiée : « J’aime l’odeur des expulsions le matin ».
Conflit prolongé sur les déploiements de la Garde nationale
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de tensions liées aux menaces d’interventions fédérales à Chicago et dans d’autres grandes villes démocrates, comme Washington D.C. ou Los Angeles, où Trump avait précédemment déployé des troupes pour protéger des installations fédérales lors de manifestations contre les opérations de l’agence d’immigration ICE. Cependant, il n’avait pas invoqué l’Insurrection Act de 1807, et un tribunal fédéral a récemment jugé que ces déploiements violaient le Posse Comitatus Act de 1878, qui limite l’emploi des forces armées dans le maintien de l’ordre intérieur sans autorisation spécifique.
En réponse, Trump a annoncé un nouveau déploiement à Chicago, justifié par le haut niveau de criminalité, accompagné d’opérations baptisées « Midway Blitz » visant les immigrés en situation irrégulière. Les autorités locales et étatiques ont vivement contesté ces mesures, accusant la fédération de provoquer artificiellement des tensions par la perspective de manifestations et de violences.

Hélicoptère de la Garde nationale de l’Illinois en entraînement avec charges externes. (Photo: U.S. Army/Lawree Roscoe Washington Jr.)
Adhésion républicaine incertaine
Face à la polémiques suscitée par son message sur les réseaux, Donald Trump a ensuite tempéré ses propos, précisant que personne ne souhaitait mener une guerre à Chicago. Il a toutefois confirmé l’envoi de la Garde nationale et possiblement d’unités régulières à Memphis, Tennessee. Si la majorité républicaine au Congrès soutient globalement ces actions, elle semble plus réservée sur la question du changement institutionnel de nom du département. Les parlementaires conservateurs traditionnels expriment des réserves politiques, tandis que l’aile la plus à droite du parti se montre sceptique face à toute intervention militaire étrangère.
Cette frange avait déjà critiqué les frappes américaines contre les installations nucléaires iraniennes en juin, menées en coordination avec Israël, comme incompatible avec la doctrine « America First ». Trump avait été élu notamment sur la promesse de réduire l’engagement militaire des États-Unis dans la défense des alliés, notamment au sein de l’OTAN et dans le soutien à l’Ukraine.
Messages contradictoires et incertitudes stratégiques
Même la récente opération militaire dans la Caraïbe, où des soldats américains ont coulé un bateau suspecté de trafic de drogue au large du Venezuela, divise cette frange conservatrice, qui craint un enchaînement dans les « guerres sans fin ». Par ailleurs, la rumeur d’un possible recentrage stratégique des États-Unis sur la défense de leur hémisphère occidental, réduisant la pression sur des adversaires comme la Russie et la Chine, ne rassure guère les alliés européens comme la Lituanie, qui ont récemment été informés d’un probable arrêt des aides militaires à l’entraînement et à l’équipement dès l’exercice prochain.
En parallèle, Trump a assuré à son homologue polonais Karol Nawrocki que des troupes américaines resteraient stationnées en Pologne, voire seraient renforcées. Face à ces annonces divergentes, il est difficile de distinguer les décisions fermes, les coups de communication et les erreurs de jugement habituelles. Il semble au final peu probable que la réintroduction officielle du « Department of War » soit entérinée par le Congrès, où l’inquiétude règne sur la nature exacte des conflits qu’un tel ministère serait censé conduire, en dehors de tout théâtre d’opérations hors des États-Unis.
Stefan Axel Boes