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Dans une démarche cruciale pour enrayer la diminution des capacités opérationnelles de l’Armée de l’air indienne (IAF), le ministère de la Défense s’apprête à solliciter l’approbation du Comité de sécurité du Cabinet (CCS) pour le programme ambitieux de modernisation « Super Sukhoi ». Cette mise à niveau à mi-vie de la flotte de Su-30MKI, le pilier multirôle de l’aviation indienne, concernera initialement environ 80 appareils pour un coût estimé à 65 000 crores de roupies (environ 8,5 milliards d’euros), visant à doter ces avions de capacités de pointe et à prolonger leur durée de service jusqu’aux années 2050.

Cette proposition, qui fait suite à une première approbation du Conseil d’acquisition de la Défense (DAC) en novembre 2023, intervient dans un contexte de préoccupations croissantes quant à la disponibilité opérationnelle de l’IAF. Alors que le nombre d’escadrons est descendu en dessous de 30, loin des 42 autorisés, l’initiative Super Sukhoi se présente comme une solution intermédiaire en attendant le déploiement de plateformes de nouvelle génération telles que le Tejas MkII et l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA). Selon des responsables proches du dossier, le paquet de modernisation est « presque finalisé » et promet une avancée majeure en matière d’avionique, de capteurs et de guerre électronique, sans nécessiter la retraite totale des appareils.

Le calendrier proposé par Hindustan Aeronautics Limited, l’industriel public responsable de la production et de la maintenance locale des Su-30MKI, se veut ambitieux mais réalisable, sous réserve d’une validation rapide du CCS. Après approbation, HAL s’engage à livrer la version dotée d’une Certification Opérationnelle Initiale (IOC) sous cinq ans, permettant une intégration rapide au combat, suivie de la version à pleine capacité opérationnelle (FOC) dans un délai de sept ans. Cette cadence vise à limiter le temps d’indisponibilité au sein de la flotte, forte de 260 appareils.

Ce calendrier accéléré s’appuie sur les sites de production HAL de Nashik et Bengaluru, avec un premier prototype attendu dès 2026. Le lot initial de 84 avions, dont les travaux de modernisation commenceront vers 2030, représente environ 75 % de la flotte, avec une possible extension à près de 200 appareils lors des phases ultérieures, assurant ainsi une disponibilité optimale jusqu’en 2060. « Le programme garantit qu’il n’y aura aucune perte d’escadrons durant le cycle de modernisation », a souligné un haut responsable du ministère de la Défense, insistant sur des compensations stratégiques telles que les inductions parallèles du Tejas.

Au cœur de cette refonte, le Super Sukhoi est destiné à porter le chasseur bimoteur à un standard dit de « 4,7e génération », capable de rivaliser avec les menaces contemporaines grâce à 51 améliorations majeures des systèmes.

Les principales améliorations incluent :

  • Refonte du cockpit et de l’avionique : Un cockpit à affichage multifonction en verre, assisté par intelligence artificielle, équipé d’un affichage monté sur casque et d’interfaces en réalité augmentée pour une conscience situationnelle accrue du pilote.
  • Suite de capteurs : Intégration du radar à balayage électronique actif (AESA) Virupaksha, développé en Inde, offrant une portée étendue jusqu’à 300 km et la capacité de suivi multi-cibles, associée à des capteurs infrarouges de recherche et de suivi (IRST) avancés pour des engagements passifs.
  • Armement de guerre électronique : Une suite de nouvelle génération comprenant des brouilleurs à mémoire radiofréquence numérique (DRFM), des leurres tractés et des systèmes d’auto-protection en nacelle pour contrer les menaces de missiles dans les zones aériennes contestées.

Ces modifications, s’appuyant sur le dispositif de recherche et développement du DRDO (Defence Research and Development Organisation), visent une indigenisation supérieure à 80 %, réduisant la dépendance aux importations et favorisant le renforcement des filières industrielles locales. La compatibilité armement sera élargie, incluant les missiles de croisière BrahMos-NG et les munitions anti-radiations Rudram, améliorant ainsi la précision des frappes.

Ces améliorations répondent aux vulnérabilités révélées lors de récents exercices de simulation et lors de l’altercation frontalière de mai 2025, où les Su-30MKI ont démontré leur robustesse tout en mettant en lumière la nécessité d’une létalité accrue au-delà de la portée visuelle (BVR). Comme l’a résumé un expert, « De racines russes à ailes indiennes — voici le Sukhoi réinventé pour l’ère indo-pacifique. »