Alors que les échanges aériens de l’Opération Sindoor s’estompent, un certain scepticisme a surgi au sein des cercles de défense indiens : où étaient passés les célèbres missiles air-air à longue portée MBDA Meteor ? Aucune mission de Rafale n’a démontré l’emploi de ces missiles à statoréacteur réputés pour leur « zone sans échappatoire » dépassant les 150 km, suscitant ainsi des interrogations sur la présence réelle de ces « joyaux » du contrat Rafale de 2020 sur le sol indien. Des images floues montrant les Rafale de l’Armée de l’air indienne lançant des missiles MICA ont dominé les réseaux sociaux, alimentant des rumeurs et des débats sur leur éventuelle absence effective.
Une analyse rigoureuse de la base de données sur les transferts d’armes du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), référence mondiale en matière de suivi des armements, dissipe cependant tout doute. Selon une étude approfondie publiée par idrw.org à partir de ces données, les Meteor sont bien réels et abondamment stockés dans les dépôts de l’Indian Air Force (IAF). L’Inde a commandé 200 missiles Meteor dans le cadre de l’accord intergouvernemental de 59 000 crores de roupies portant sur 36 avions Rafale DH/EH, avec des livraisons débutant en 2020. Le registre SIPRI dévoile une acquisition progressive : 20 exemplaires en 2020, 90 en 2021 (soit 110 au total), puis 90 autres en 2022, assurant ainsi un stock opérationnel complet d’ici le milieu de la décennie.
Ce calendrier s’inscrit dans la logique plus globale d’équipement prévue par ce contrat majeur, qui visait à doter l’Inde d’une puissance de feu française polyvalente. Parallèlement aux Meteor, ont été livrés 200 missiles de croisière SCALP-EG (Storm Shadow) pour frappes profondes, dont 170 exemplaires étaient déjà en place fin 2021 selon SIPRI. Ce panel d’armements est complété par 300 munitions guidées AASM Hammer — des bombes intelligentes modulaires à guidage GPS/INS et laser, adaptées aux opérations urbaines — dont 160 unités avaient été réceptionnées sur la même période, l’approvisionnement des quantités restantes s’étant poursuivi en 2023 malgré quelques ajustements dans la chaîne logistique.
Il faut souligner que l’absence des Meteor lors des quatre jours d’engagements de l’Opération Sindoor, durant lesquels les Rafale ont frappé des bases aériennes pakistanaises, ne résulte pas d’un retard de livraison, mais d’une décision doctrine de retenue. « Les équipements de pointe comme les Meteor sont conservés pour des seuils d’escalade majeurs, non pour des affrontements attritionnels », explique l’Air Marshal retraité Sanjay Dutt, évoquant aussi un choix lié à la priorité donnée à l’emploi politique et symbolique des missiles indigènes Astra Mk1. Le secret entourant la manutention des charges réelles dans les bases d’Ambala et Hasimara masque toute image des armes embarquées, à l’image des débuts discrets du système S-400 russe. Par ailleurs, les pertes du radar Erieye de la Pakistan Air Force face aux BrahMos et aux interceptions S-400 ont largement capté l’attention médiatique.
Le croisement des données SIPRI avec les documents d’exportation français confirme l’authenticité des livraisons, déjouant ainsi toute théorie de négation. Le rapport annuel 2022 de MBDA mentionne discrètement la « réalisation complète des contrats clés asiatiques », tandis que la présentation du quatrième trimestre 2023 de Dassault Aviation confirme la « mise en service totale » de ces armements pour la flotte indienne. D’ici 2025, avec les escadrons Rafale n°17 Golden Arrows et n°101 Falcons effectuant plus de 1 000 sorties annuelles, les Meteor reposent en sécurité dans des bunkers climatisés, prêts à être engagés lors d’une prochaine confrontation sur la Ligne de Contrôle (LoC) ou la Ligne de Contrôle Réél (LAC).