Lors de l’exercice « Waldviertel 25 » qui s’est tenu du 16 au 27 juin 2025 sur le champ de tir d’Allentsteig, l’armée autrichienne, représentée par l’Académie militaire thérianique et la 4e brigade de grenadiers blindés, a testé un nouveau système modulaire de tranchées en plastique, développé par la société allemande Romold GmbH. Ce dispositif, déjà utilisé en Allemagne, s’est montré efficace non seulement en phase d’entraînement, mais également dans des conditions de combat réalistes, enrichissant ainsi les retours d’expérience des forces allemandes.

À cette manœuvre ont participé 1 850 soldats du Bundesheer ainsi qu’environ 250 militaires venus d’Allemagne, de République tchèque, de Lettonie, de Suisse, de Hongrie, de Bosnie-Herzégovine et du Monténégro. L’exercice visait à entraîner la défense militaire du territoire autrichien dans le cadre de la mission « Mission vorwärts », avec une particularité : la conduite hybride de l’exercice, combinant forces sur le terrain et simulation informatique, afin d’entraîner la gestion opérationnelle à grande échelle de formations plus importantes que les troupes réellement déployées.

Un système de tranchées en plastique testé sur le terrain

La protection des soldats lors d’opérations militaires, notamment dans des positions défensives statiques, reste une priorité absolue. Si les systèmes traditionnels en bois ou tôles ondulées sont éprouvés depuis des décennies, ils présentent plusieurs inconvénients : logistique lourde, temps de montage longs, bruits de construction importants, et faible réutilisabilité. Pour répondre à ces défis, en 2025, l’école du génie d’Ingolstadt en Allemagne a expérimenté pour la première fois un système de tranchée en plastique prêt pour la production en série, le ROM-Trench, avec des réservistes du bataillon de génie 905 (PiBtl 905).

Ce bataillon, entièrement composé de réservistes et implanté à Ingolstadt, Holzminden et Gera, vient renforcer la capacité des troupes du génie dans le cadre de la défense nationale et de l’OTAN. L’intérêt suscité par ce système en Autriche s’est concrétisé durant l’exercice « Waldviertel 25 » où il a été intégré dans un scénario tactique. L’importance stratégique renouvelée des tranchées est d’ailleurs illustrée par le conflit en Ukraine, où les enseignements tirés renforcent le recours à ce type d’aménagements dans la défense moderne.

Une mise en œuvre réaliste sur le terrain autrichien

Durant l’exercice simulant une attaque sur le territoire national, le commandement a choisi d’employer ce système innovant allemand, modulable et constitué d’éléments plastiques préassemblés sur un châssis métallique, opérationnel en quelques heures seulement. Une équipe de quatre aspirants officiers de l’Académie militaire a ainsi construit sur une zone délimitée un boyau de tranchée d’environ 18 mètres de long avec un poste de combat en moins de trois heures.

« Le gain de temps est énorme. Ce qui nécessitait auparavant au moins une journée est maintenant opérationnel en un temps record », a expliqué un instructeur du bataillon universitaire. Cette rapidité a également impressionné le général de division Bruno Hofbauer, chef d’état-major adjoint et deuxième plus haut gradé de l’armée autrichienne, qui a visité ses troupes et reçu une présentation détaillée du ROM-Trench.

Modularité, discrétion et durabilité : un système adapté aux enjeux du XXIe siècle

Le système se distingue par sa conception modulaire : les cadres métalliques préassemblés sont installés sur le terrain, puis reliés par simple emboîtement aux éléments plastiques formant murs et plafonds. Cette méthode ne nécessite ni outils ni machines bruyants, ce qui permet un montage quasi-silencieux – un avantage crucial lorsqu’on opère face à un ennemi susceptible de détecter le moindre bruit. Sans surprise, l’usage d’une pelle mécanique pour le creusement reste un atout important, réduisant significativement les temps de travail.

Comme l’a résumé un sous-officier : « À l’ère de la surveillance omniprésente par drones, le bruit et la durée des travaux sont des facteurs déterminants. Fouiller trop longtemps ou trop bruyamment, c’est compromettre ses chances au combat. »

Le colonel Fleischmann, commandant du bataillon universitaire, a précisé l’importance d’un tel système pour un pays neutre comme l’Autriche : « Notre neutralité exige des capacités de défense autonomes. La situation géopolitique a profondément évolué ces dernières années, rendant la défense territoriale plus cruciale que jamais. Cela inclut la construction de positions défensives qui sont un élément clé de la défense tactique pour toutes les unités d’infanterie. Disposer désormais d’un système moderne, efficace et tactiquement pertinent renforce considérablement notre formation et notre capacité opérationnelle. »

Robustesse éprouvée face à la charge et à la durée

Le boyau monté durant l’exercice n’a pas seulement été construit, il a aussi subi des mises à l’épreuve réalistes : remblayé avec de la terre, parcouru par des soldats en tenue complète, soumis à des tests de résistance volontairement sévères. Le système a tenu bon, sans déformation ni affaissement. « Nous avons testé de manière intensive. Le système est robuste et manifestement conçu pour un usage répété », a conclu un adjudant-chef présent sur le site d’Allentsteig. Ces essais démontrent clairement les avantages indéniables du plastique modulable comparés aux tranchées traditionnelles utilisées jusqu’ici.

Les systèmes en bois, bien qu’expérimentés, restent lourds, encombrants et consomment des matériaux souvent détruits après usage. Un officier du génie, ayant lui-même construit un abri en bois lors de l’exercice tout en observant le montage des structures plastiques, a commenté : « Nos anciens systèmes nécessitent beaucoup de travail manuel, du temps et du savoir-faire. La solution plastique est presque intuitive. Après une brève formation, même les fantassins peuvent le monter, délestant ainsi les unités du génie qui peuvent gérer plusieurs sites simultanément ou être déployées ailleurs. Cela nous procure un véritable avantage opérationnel en situation réelle. »

Une coopération renforcée entre infanterie et génie

Un autre avantage majeur est la réutilisabilité complète des composants. Après usage, ils sont nettoyés, stockés et pourront être employés à nouveau, une approche durable tant sur le plan écologique qu’économique. Cette modularité facilite par ailleurs la coordination entre les pionniers et les unités d’infanterie. « Auparavant, les pionniers restaient souvent sur place plusieurs jours pour installer les structures en bois qui nécessitaient une expertise technique. Désormais, ils creusent la position, l’infanterie s’en charge ensuite et les pionniers peuvent se déplacer rapidement, ce qui économise du temps et renforce l’autonomie des troupes », explique un adjudant de l’unité engagée.

Le principe du système s’apparente à un jeu de construction modulaire sans outils, similaire au Lego, permettant une pose rapide par des soldats sans compétences techniques en bâtiment. Cette réussite illustre que pour l’armée autrichienne, la défense moderne exige des moyens modernes, intégrant le ROM-Trench comme outil tactique.

Au final, le ROM-Trench s’est imposé par sa simplicité d’emploi, sa solidité, ses bénéfices tactiques et sa durabilité. Lancé en 2023 sous forme de prototype en Allemagne, il est désormais testé en conditions réelles en Autriche, avec un potentiel d’adoption à grande échelle. Les retours positifs et l’expérience acquise lors de l’exercice d’Allentsteig laissent envisager une intégration durable dans la défense nationale, même dans un pays neutre.

André Forkert