Dans une avancée majeure pour les ambitions aérospatiales de l’Inde, le moteur de 120 kN de poussée développé conjointement par le Gas Turbine Research Establishment (GTRE) indien et le groupe français Safran pour l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) MkII est salué par des experts français comme une évolution « 1,5 génération » au-delà du Safran M88, un moteur de quatrième génération équipant le Rafale.
Selon des sources spécialisées, ce moteur de pointe intègre un compresseur basse pression amélioré, des matériaux avancés, un refroidissement optimisé pour la turbine haute pression capable de supporter une température d’entrée turbine (TET) de 2100K, ainsi qu’une tuyère aérodynamiquement optimisée dotée de capacités furtives de poussée vectorielle tridimensionnelle.
Le Safran M88, moteur de 75 kN de poussée avec postcombustion, est réputé pour sa compacité, sa fiabilité et ses performances, notamment sur le chasseur Dassault Rafale. En revanche, ce nouveau moteur indo-français de 120 kN, conçu intégralement de zéro, se positionne comme une véritable avancée technologique intégrant des innovations typiques des moteurs de sixième génération, adaptées aux chasseurs de « génération 5,5 » comme l’AMCA MkII.
Les experts français soulignent plusieurs améliorations clés :
- Compresseur basse pression amélioré : Le moteur dispose d’un compresseur basse pression avancé offrant un meilleur débit d’air et une efficacité accrue, augmentant la poussée tout en conservant une faible consommation de carburant. Cela permettra à l’AMCA MkII d’atteindre le supercroisière à Mach 1,3 sans postcombustion, un critère essentiel pour les missions longue portée et furtives.
- Matériaux de pointe : L’utilisation de matériaux tels que les composites à matrice céramique (CMC) et les pales turbine monocristallines renforce la résistance aux hautes températures et aux contraintes mécaniques. Ces matériaux réduisent le poids et augmentent la durabilité, particulièrement importants pour les conditions climatiques chaudes et en altitude de l’Inde.
- Refroidissement optimisé de la turbine haute pression : Conçue pour fonctionner à une TET de 2100K, soit un bond conséquent par rapport aux 1850K estimés du M88, la turbine bénéficie de technologies avancées de refroidissement, notamment le refroidissement par effusion et les revêtements thermiques, qui améliorent la poussée et l’efficacité tout en prolongeant la durée de vie du moteur.
- Tuyère aérodynamique optimisée avec poussée vectorielle furtive : Le moteur sera équipé de tuyères à poussée vectorielle 3D développées localement, conçues pour optimiser l’aérodynamisme tout en réduisant la signature radar, renforçant ainsi la furtivité.
Ces innovations placent le moteur de 120 kN comme un lien technologique entre la cinquième et la sixième génération de moteurs, offrant une poussée supérieure de 20 % par rapport au General Electric F414 (98 kN) utilisé sur l’AMCA MkI et le Tejas MkII, tout en conservant un encombrement similaire (environ 4 000 mm de longueur, 900 mm de diamètre, 1 100 kg).
Avec une poussée à sec estimée à 72 kN et une poussée maximale de 120 kN, ce moteur est conçu pour équiper la cellule bi-moteur de 25 tonnes de l’AMCA MkII, délivrant ainsi une poussée totale combinée de 240 kN. Cela permettra le supercroisière, une capacité de charge accrue et la compatibilité avec des systèmes avancés comme les armes à énergie dirigée, éléments essentiels pour les chasseurs de génération 5,5. La TET de 2100K, atteinte grâce aux matériaux et au refroidissement avancés, surpasse des moteurs tels que le Pratt & Whitney F135 (191 kN, TET autour de 2000K) utilisé sur le F-35, qui ne dispose pas de poussée vectorielle et présente des limites en matière de furtivité arrière.
La collaboration entre GTRE et Safran, soutenue par un investissement de 61 000 crores de roupies (soit environ 7,2 milliards de dollars), accompagnée de la pleine maîtrise des droits de propriété intellectuelle (DPI) et du transfert technologique intégral, garantit l’autonomie stratégique de l’Inde. La conception modulaire du moteur, intégrant une commande numérique complète du moteur (FADEC), ouvre la voie à des évolutions futures vers des poussées comprises entre 125 et 145 kN, adaptées à des plateformes de sixième génération ou à des drones de combat. Les tuyères à poussée vectorielle furtives, conçues localement, emploieront des systèmes d’actionnement avancés et des matériaux absorbants radar pour minimiser la section radar, faisant de l’AMCA MkII un adversaire redoutable face aux chasseurs furtifs chinois J-20 et J-35 stationnés aux frontières indiennes.
La polyvalence de ce moteur pourrait également bénéficier à d’autres aéronefs indiens, tels que le Tejas MkII et le futur chasseur embarqué bi-moteur de la Marine indienne (TEDBF). Après 2040, il est envisagé que l’Indian Air Force remplace le moteur F414 du Tejas MkII par celui de 120 kN, améliorant ainsi sa poussée et sa maniabilité. Le TEDBF, qui nécessite une poussée combinée de 220 à 240 kN pour les opérations depuis porte-avions, pourrait aussi en bénéficier, assurant ainsi une standardisation au sein de la flotte de chasseurs indiens et une réduction des coûts logistiques.