Les amateurs de blindés savent à quel point un bon nom de char peut avoir du charme. Parmi les noms originaux déjà connus, il faut désormais compter « Intervention Divine », un char M1A2 Abrams récemment mis en lumière dans les archives publiques militaires.
Ce char « Intervention Divine » appartient au 6e Escadron du 9e Régiment de Cavalerie, 3e Brigade Blindée de Combat de la 1re Division de Cavalerie de l’US Army. La photo a été prise par le sergent Myenn LaMotta du 7e Détachement Mobile des Affaires Publiques lors d’une cérémonie de promotion conjointe avec des troupes britanniques, le 1er octobre en Estonie.
Bien que la légende de la photo ne précise pas l’origine du nom, ce dernier prend une résonance particulière dans le contexte actuel marqué par des difficultés quotidiennes, telles que celles engendrées par la fermeture partielle du gouvernement américain, soulignant que traverser ces épreuves demande presque une intervention divine.
Donner un nom à un char est une tradition bien ancrée chez les équipages de blindés, qui remonte aux débuts des chars au cours de la Première Guerre mondiale. Cette pratique renforce la cohésion et le moral des équipes.
Wes Satoe, ancien chargeur et tireur sur M1, expliquait en 2023 que nommer un char constitue un tournant important dans la formation et la carrière d’un équipage. Il s’agit de leur « maison », où ils vivent, mangent, dorment et travaillent. Le nom symbolise leur fierté et permet d’affirmer leur unité auprès des autres équipages.
Les règles de dénomination des chars sont désormais plus formalisées au sein de l’Armée américaine. Une exigence administrative impose notamment que le nom corresponde à la compagnie à laquelle appartient le véhicule. Ainsi, « Intervention Divine » est probablement rattaché à la compagnie D. D’autres noms, comme « Article 15 » ou « Academy Dropout », ont été associés aux compagnies A, tandis que « Bye Felicia », une autre appellation populaire, est née dans la compagnie B.
Depuis 2023, une politique stricte oblige les équipages à mériter le droit de nommer leur char en obtenant une note « distinguée » d’au moins 900 points lors de leur qualification au tir, une règle imposée par le III Corps Blindé, responsable de la majeure partie des unités blindées de l’US Army. Les noms sont généralement apposés sur le canon principal du char en guise de signature.
Un responsable de l’Armée affirmait alors : « Donner un nom à une plateforme de combat est une tradition de longue date que nous respectons ; nous rendons cette tradition plus exigeante en demandant plus à nos soldats. Notre nation attend rien de moins. »
Pour le sergent-chef Clinton Romesha, ancien chauffeur blindé décoré de la Médaille d’Honneur pour ses actes en Afghanistan en 2009, ne pas avoir de nom de char est une source de honte. Il déclarait : « C’était une question de fierté ; tu ne voulais pas être cet équipage qui revenait du tir et qui n’avait pas de nom inscrit sur son canon. »
Cette tradition, entre discipline militaire et fierté d’équipage, illustre l’attachement des soldats à leur matériel et contribue à renforcer la cohésion dans des conditions souvent difficiles sur le terrain.