À l’instar de l’Union soviétique qui dévoilait souvent ses nouveaux matériels militaires lors de la parade traditionnelle sur la place Rouge chaque 9 mai, commémorant la victoire sur l’Allemagne nazie, la République populaire de Chine suscite un intérêt similaire lors des répétitions de sa parade annuelle du 3 septembre, dédiée à la capitulation japonaise lors de la Seconde Guerre mondiale.
Parmi les nouveautés observées figurent notamment quatre exemplaires d’un char léger désigné ZTZ-20 ou ZTZ-201. Ce dernier ne doit pas être confondu avec un char fictif du même nom issu du jeu vidéo « Armored Warfare », ce qui pousse à préférer l’appellation ZTZ-201 pour ce modèle. Des images de deux prototypes présumés avaient déjà circulé en mai dernier, avant que des informations plus détaillées, bien que non officielles, ne soient relayées sur les réseaux sociaux chinois.
Des données contradictoires sur le « ZTZ-201 »
Le char léger ZTZ-201 pèserait entre 35 et 40 tonnes et serait équipé d’une tourelle sans équipage, armée d’un canon de 105 mm à âme rayée de 58 calibres. Grâce à des obus à effet cinétique stabilisés à ailes, sa capacité de pénétration serait comparable aux canons actuels de 120 et 125 mm. La configuration de l’équipage varie selon les sources : certains évoquent deux membres, d’autres trois, tous installés dans la coque, ce qui témoignerait d’un progrès important en matière d’automatisation, de conscience situationnelle, de conduite du véhicule et de conduite de tir. Des photos montrent un mitrailleuse coaxiale ainsi qu’une station d’armes télécommandée sur la tourelle.
Le système de protection active comporte des antennes radar plans et deux lanceurs quadruples d’effets effecteurs. Malgré son poids relativement léger, le ZTZ-201 serait propulsé par un moteur diesel hybride de 1 500 chevaux. Deux moteurs électriques pourraient fournir encore plus de puissance lorsqu’ils sont alimentés conjointement par le groupe électrogène diesel et les batteries. D’après d’autres sources, il s’agirait d’un moteur hybride « plug-in » combinant moteur diesel et propulsion électrique fonctionnant uniquement sur batterie. Sa vitesse maximale sur route serait d’au moins 80 km/h.
La Chine et ses chars légers : une tradition durable
Si les forces occidentales ont régulièrement expérimenté des chars plus légers que les modèles typiques de 60 tonnes des cinquante dernières années, ces projets ont rarement vu le jour en raison de compromis difficiles entre exigences, utilisation opérationnelle limitée et contraintes budgétaires. Le plus récent exemple américain, le M10 Booker, destiné à soutenir les divisions d’infanterie, a finalement été abandonné.
La Chine a, en revanche, toujours maintenu des chars légers en service, justifiés par ses vastes territoires aux infrastructures parfois insuffisantes et aux terrains difficiles, comme des ponts à faible capacité de charge. Ces conditions sont similaires dans plusieurs pays voisins, notamment Taïwan, territoire sur lequel ses forces pourraient être amenées à intervenir. Par ailleurs, un véhicule plus léger facilite le chargement sur navires pour des opérations amphibies ou le transport aérien.
Les prédécesseurs : Type 62 et Type 15
Dans les années 1960, le char léger Type 62 a été développé comme version allégée du Type 59, lui-même basé sur le T-54A soviétique. Le Type 62, pesant 21 tonnes contre 36 tonnes pour son aîné, était armé d’un canon de 85 mm au lieu d’un 100 mm. Destiné principalement au Sud de la Chine, moins développé, environ 1 500 unités ont été produites. Une version ultérieure a été dotée d’un canon stabilisé de 105 mm de calibre occidental, d’un système de conduite de tir moderne avec vision nocturne et d’une protection renforcée.
Ce char léger a aussi été exporté vers plusieurs pays asiatiques, africains et dans une moindre mesure vers l’Albanie. Depuis 2013, il est remplacé par le Type 15 ou ZTQ-15, qui pèse entre 33 et 36 tonnes (avec blindage additionnel). Plus lourd que le Type 62, il reste beaucoup plus léger que les chars principaux chinois actuels Type 96 et Type 99, de 41 à 55 tonnes. Le Type 15 est équipé d’un canon de 105 mm avec chargeur automatique de 38 coups, permettant de réduire l’équipage à trois membres au lieu de quatre.
Un char spécifiquement conçu pour les zones montagneuses
Son armement principal est complété par une mitrailleuse coaxiale QJT-88 en calibre 5,8 x 42 mm, ainsi qu’une station d’arme télécommandée intégrant une mitrailleuse de 12,7 mm et un lance-grenades automatique QLZ-04 de calibre 35 x 32 mm. L’ensemble est stabilisé et dirigé via un système de conduite de tir incluant un dispositif d’imagerie thermique, un télémètre laser, un radar millimétrique et le suivi automatique des cibles. Le commandant dispose d’un viseur panoramique pour attribuer ou ajuster les objectifs du tireur.
Le char est équipé de la navigation inertielle et satellitaire, d’un système d’alerte laser connecté au lance-fumigènes, d’une ventilation NBC (nucléaire, biologique, chimique) et d’un système d’extinction automatique des incendies. Adapté à un emploi en haute montagne, il possède un dispositif de production d’oxygène pour l’équipage et le moteur. Ce dernier est un diesel V8 de 1 000 chevaux associé à une transmission automatique. Sa vitesse maximale atteint 70 km/h, son autonomie sans réservoir additionnel est proche de 470 kilomètres.
Un nouvel avion à rotor basculant chinois
Hors des équipements présentés lors des répétitions de la parade du 3 septembre, un avion à rotor basculant habité chinois a récemment fait l’objet de premières images lors de ses essais. Ce modèle, dont la désignation reste inconnue, ressemble en taille et en empennage à la version italienne Leonardo AW609 (issue des groupes AgustaWestland et Bell-Augusta). Contrairement à l’américain Bell V-280 Valor (désigné MV-75 par l’armée américaine), il ne possède pas des nacelles moteurs pivotantes entières, mais des axes de rotors pliables.
Le constructeur étatique chinois AVIC avait déjà exposé par le passé des modèles analogues. Cet aéronef présente des applications militaires évidentes et pourrait représenter la volonté de la Chine de rattraper des capacités américaines telles que celles des MV-75 et MV-22 Osprey. Ces appareils sont particulièrement utiles dans le cadre du théâtre pacifique, où les distances considérables justifient des moyens de transport rapides et polyvalents.
Il est probable que Taïwan soit une zone d’opération envisagée pour cet avion à rotor basculant. À l’instar des MV-22 utilisés par les Marines américains à partir de navires de débarquement amphibie-hélicoptère, la Chine dispose déjà de quatre bâtiments type 075 sur huit prévus, ainsi qu’un type 076 plus grand, comparable aux standards américains et équipé pour abriter notamment de grands drones de combat. Par ailleurs, ces aéronefs pourraient réaliser rapidement des opérations de débarquement tactique au-dessus du détroit de Taïwan, directement depuis le continent chinois.
Stefan Axel Boes