L’armée ukrainienne a mené une contre-offensive réussie en direction de Svatove, reprenant plusieurs kilomètres carrés et infligeant de lourdes pertes aux forces russes. Parallèlement, la région de Kherson a subi plus de 200 bombardements aériens lourds ces derniers jours, tandis que les derniers enfants ont quitté le village de Gammalsvenskby, régulièrement visé. En outre, l’Ukraine prévoit de mettre fin en 2024 au transit gazier russe sur son territoire, une source de financement majeure pour la guerre côté russe.
Sur le front de Louhansk, une avancée notable vers Svatove
Selon la cartographie visuelle de DeepstateMap, l’Ukraine a libéré près de trois kilomètres carrés dans la zone menant à la ville stratégique de Svatove. Les forces ukrainiennes se tiennent désormais à environ 13 km des abords de cette localité. Cette progression semble avoir été facilitée par un redéploiement russe de troupes et moyens vers Avdiivka, au sud.
Le secteur, d’après les analyses, ne fait pas l’objet de fortifications profondes russes comme sur d’autres points du front, bien que des champs de mines soient certainement présents, conformément à la doctrine défensive russe basée sur la tenue d’une zone tampon pour ralentir l’ennemi. Dans cette zone tampon, l’artillerie, les avions d’attaque et les hélicoptères sont généralement employés pour freiner les attaques ukrainiennes, mais leurs capacités lentes à décliner, notamment en artillerie et aviation de combat, affectent l’efficacité russe.
Cette offensive n’est pas un fait isolé mais s’inscrit dans une dynamique plus large d’efforts ukrainiens autour de Svatove ces dernières semaines.
Des pertes sévères pour la Russie
Le bilan du 24 octobre, communiqué par l’état-major ukrainien, fait état de 660 soldats russes tués, six chars, huit véhicules de combat d’infanterie et huit pièces d’artillerie lourde détruits. Ces chiffres témoignent de la gravité des combats dans la zone, même si les pertes de véhicules blindés sont restées plus « normales », laissant penser que le mauvais temps a temporairement ralenti les opérations offensives, privant l’artillerie ukrainienne d’une efficacité optimale.
Bombardements massifs sur Kherson
La région de Kherson a été lourdement bombardée ces cinq derniers jours : au moins 200 bombes aériennes russes d’une charge utile supérieure à 500 kg ont été larguées. Ces frappes affectent majoritairement des zones peuplées, causant d’importants dégâts matériels et mettant en danger la population civile. Les bombardements semblent parfois aléatoires, affectant des quartiers résidentiels sans objectif militaire précis visible.
Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce changement dans la tactique russe : un besoin de concentrer l’artillerie sur d’autres théâtres d’opérations, une pénurie croissante de munitions, ou un recours à des tactiques désespérées avec des frappes aériennes coûteuses qui usent les moyens de l’aviation russe sans impact stratégique décisif.
Évacuation des derniers enfants à Gammalsvenskby
Selon l’association Föreningen Svenskbyborna, les derniers enfants ont quitté le village de Gammalsvenskby, situé dans une zone fréquemment bombardée. La population restante est contrainte de passer ses nuits dans des abris souterrains. L’association organise des livraisons de charbon et de briquettes pour aider les habitants à affronter l’hiver, ayant déjà distribué près de 100 tonnes de combustible.
Transit gazier russe vers l’Europe stoppé en 2024
Naftogaz, la compagnie ukrainienne du secteur énergétique, a annoncé qu’elle ne renouvellerait pas les contrats de transit de gaz russe via les gazoducs traversant l’Ukraine, mettant fin à ces livraisons en 2024. Ce gaz représente une source de financement importante pour la guerre menée par la Russie en Ukraine.
Le PDG de Naftogaz déclare : « Soutenir la Russie en achetant son gaz en temps de guerre est absurde. Le gaz naturel et le pétrole sont parmi les principales armes de la Russie dans son conflit contre l’Ukraine. La Russie utilise l’énergie comme un outil de guerre. Nous pensons que le gaz bon marché a un prix élevé. »
Malgré les contrats en cours, l’Ukraine a jusqu’à présent maintenu les flux afin de respecter ses engagements, contrairement à la Russie qui a multiplié les ruptures unilatérales. Cette décision marque un tournant, incitant l’Union européenne à sécuriser ses approvisionnements énergétiques par d’autres sources, notamment le gaz naturel liquéfié (GNL).
Contexte géopolitique et perspectives
Les principaux acheteurs européens du gaz transitant par l’Ukraine sont des pays à la politique énergétique relativement neutre voire favorable à Moscou, comme l’Autriche et l’Italie. Le remplacement du gaz russe par du GNL ou d’autres sources nécessite du temps et des infrastructures, tandis que des projets de nouveaux gazoducs depuis l’Afrique de l’Ouest ne sont pas envisageables en raison de l’instabilité et des ingérences russes dans des États comme le Mali.
Cette dépendance énergétique souligne le paradoxe dans lequel se trouvent certains pays européens, continuant à financer indirectement la guerre en Ukraine via leurs achats. L’Ukraine, de son côté, respecte encore ses engagements contractuels malgré la guerre totale que lui livre la Russie.
Situation sur le terrain et soutien à la population
Sur le terrain, les opérations ukrainiennes se poursuivent malgré les difficultés et les pertes. Dans la ville de Kherson, des infrastructures comme des terrains de jeux ont été aménagés avec des murs pare-éclats pour protéger les enfants des retombées des bombardements. Les habitants s’efforcent de maintenir une vie aussi normale que possible, avec le déblaiement quotidien des débris causés par les attaques.
Enfin, il est essentiel de souligner que le soutien matériel aux forces ukrainiennes reste crucial. Des collectes et livraisons d’équipements continuent, notamment grâce à des initiatives privées, afin d’aider les unités en première ligne.
En dépit de la fatigue médiatique et d’un recul du soutien à travers le monde, le conflit se poursuit avec son lot d’enjeux stratégiques et humains majeurs.