« Comment puis-je me sentir à l’aise pour promouvoir le service militaire alors que tant de membres de notre communauté ne se sentent pas accueillis, ni même voient leurs besoins satisfaits ? » ai-je demandé lors d’un récent panel intitulé « Changer les perceptions, façonner l’avenir : briser les barrières entre vétérans et la génération Z ».
L’objectif de ce panel était de dissiper les idées reçues sur l’armée. Les intervenants incluaient des représentants du Commandement du recrutement de l’armée américaine, de l’administration des anciens combattants (VA), de l’Association des officiers militaires d’Amérique, ainsi qu’un sergent en activité dans l’armée de terre américaine.
Ils ont répondu à ma question directe en reconnaissant la mauvaise réputation dont souffrent le Département de la Défense et la VA, expliquant que les mauvaises nouvelles attirent toujours plus l’attention que les bonnes. Ils ont encouragé les vétérans à contribuer à améliorer cette image en témoignant des opportunités positives qu’ils ont trouvées dans l’armée.
Je ne fus pas surprise par cette réponse calibrée. Cependant, une remarque m’a marquée : selon eux, il faut que nous fassions savoir à ces institutions ce que nous ressentons. C’est donc ce que je fais ici.
Les vétérans ne maquilleront pas une réalité difficile.
Le service militaire ne peut pas être présenté sous un jour idyllique alors que beaucoup d’entre nous en portent encore les traumatismes.
Certes, de belles expériences et opportunités sont nées du service, mais la souffrance vécue par notre communauté est réelle et ne doit pas être minimisée. En tant que vétérans, nous connaissons bien l’impact que peut avoir l’armée sur notre bien-être. Nombre d’entre nous ont aussi reçu des attentes irréalistes sur ce qu’allait être notre engagement militaire et refusent de perpétuer ce cycle.
Vue de l’extérieur, on peut comparer le stress quotidien des déploiements, la lourdeur bureaucratique, le manque d’autonomie, la vie de famille, ainsi que la santé physique et mentale, avec ce que nous vivons désormais dans le civil.
Nous avons vécu la transition hors service, sans doute l’une des épreuves les plus lourdes et déterminantes pour tout vétéran. La première année qui suit la sortie du service est celle où le risque de suicide est le plus élevé et nous cherchons encore des solutions pour relever ce défi.
La VA était censée être un moyen de guérison après la vie militaire, mais lorsque les délais d’attente dépassent six mois, l’espoir s’amenuise. Ce manque de soins nous pousse à remettre en question notre propre valeur. Si je dois me poser cette question, comment pourrais-je recommander à mes filles, voire à un inconnu, de s’engager ?
Des progrès ont été accomplis par le Département de la Défense et la VA, mais cela demeure insuffisant pour me sentir légitime à influencer la jeunesse à rejoindre les rangs. La meilleure recommandation que je peux faire aux futurs recrues est de se renseigner sérieusement et de discuter avec des vétérans pour s’assurer que l’armée correspond à leurs attentes, en encourageant les anciens combattants à parler honnêtement de leur expérience. Personne ne devrait lever la main droite sans connaître précisément les enjeux.
Ensemble, nous pouvons rendre le service militaire plus juste. Mais les responsables militaires ne devraient pas chercher à combler leurs quotas en s’appuyant sur les vétérans sans d’abord nous affronter franchement sur les progrès significatifs réalisés sur les problèmes majeurs.