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Bharat Electronics Limited (BEL) et Safran Electronics and Defense (SED) de France ont signé un accord de coopération en coentreprise (JVCA) pour produire en Inde la munition intelligente à guidage de précision Highly Agile Modular Munition Extended Range (HAMMER). Cet accord constitue une nouvelle étape dans la politique indienne visant à localiser la fabrication de munitions aériennes avancées, mais il relance également le débat dans les cercles de défense sur la pertinence et le calendrier du programme HAMMER pour l’armée de l’air indienne (IAF).

Le HAMMER, une munition modulaire à guidage de précision intégrant à la fois des options GPS et de navigation inertielle, avait été notablement exclu du contrat initial de 2016 portant sur 36 chasseurs Rafale. À l’époque, les considérations de coûts avaient joué un rôle déterminant, l’arme étant jugée trop onéreuse pour un déploiement à grande échelle. L’IAF avait alors préféré la bombe guidée israélienne SPICE 2000, déjà en service, éprouvée au combat et offrant une solution plus économique pour les missions de frappe profonde.

La controverse s’est accentuée au fil des années suivantes. Malgré l’entrée en service de la flotte de Rafale, la SPICE 2000 n’a pas encore été pleinement intégrée aux appareils, limitant la capacité de l’IAF à exploiter efficacement son avantage stratégique de frappe à distance depuis cette plateforme. Confrontée à des impératifs opérationnels et au besoin urgent de déployer rapidement une arme de frappe de précision sur le Rafale, l’IAF a finalement utilisé des fonds d’acquisition d’urgence pour intégrer le HAMMER, revenant ainsi sur la décision initiale qui avait écarté cette munition.

Cette succession de décisions a suscité de nombreuses interrogations sur la cohérence du processus d’acquisition des armes aériennes en Inde. Les critiques estiment que le rejet du HAMMER pour des raisons de coût, suivi d’une intégration en urgence, révèle des lacunes dans la planification à long terme ainsi que dans le calendrier d’intégration des plateformes et des armements. L’acquisition en urgence, par définition, doit répondre à des besoins opérationnels imprévus et pressants, et non à compenser des retards dans un calendrier planifié.

Cependant, les partisans de la coentreprise BEL–Safran soutiennent que le nouvel accord doit être analysé sous un autre angle. La production locale du HAMMER en Inde pourrait conduire à une réduction significative des coûts unitaires sur le long terme, améliorer la disponibilité des munitions et garantir un approvisionnement sécurisé en situation de conflit. La fabrication indigène permet aussi un contrôle accru sur les mises à niveau, la maintenance et le développement de variantes adaptées aux besoins spécifiques indiens, en cohérence avec l’objectif plus large d’Atmanirbhar Bharat, la politique d’autonomie stratégique indienne.

Pour BEL, cette joint-venture représente une entrée sur le segment des munitions aériennes de haute technologie à guidage de précision, tandis que Safran s’assure une base durable de production et de support dans l’un de ses plus grands marchés de défense. Ce partenariat pourrait également ouvrir des opportunités à l’exportation, à condition que les coûts et les délais d’intégration deviennent plus compétitifs.