Lors des célébrations du 93e anniversaire de l’Indian Air Force (IAF) à la base aérienne de Hindon, un joyau discret de l’aviation indienne a refait surface dans le ciel : le Hindustan Trainer-2 (HT-2), premier avion d’entraînement indien, restauré après des décennies d’oubli. Tandis que les Rafale déchiraient l’air de Ghaziabad avec puissance et que les Surya Kiran impressionnaient par leurs figures acrobatiques aux couleurs du drapeau national, le vol de ce vétéran évoquait une page moins connue mais essentielle du patrimoine aéronautique national.
Le HT-2 a effleuré le ciel en réalisant boucles et tonneaux avec grâce, accompagné du de Havilland Tiger Moth lors de la formation Heritage Flight, un hommage aux débuts de l’IAF. Conçu par Hindustan Aircraft Limited (devenue HAL) au début des années 1950, cet avion est entré en service en 1952 et a formé plus de 1 000 pilotes avant d’être retiré dans les années 1980. Avec seulement 125 exemplaires construits, il symbolise l’ingéniosité post-indépendance de l’Inde qui cherchait alors à se défaire de ses dépendances étrangères.
Restauré avec soin sur deux ans dans les ateliers de HAL à Bengaluru et intégré officiellement au Heritage Flight de l’IAF le 26 décembre 2024, l’avion arborait sa livrée argentée classique, avec cocardes et marquages d’escadrille, pour un vol public d’exception qui a ravi les passionnés d’aviation, bien que discret face à l’impressionnant déploiement aérien du jour.
La prestation du HT-2 fut d’autant plus modeste que l’événement rassemblait plus de 100 appareils, dont les Su-30MKI, Tejas et un solo vintage avec un Harvard, le tout soulignant le rôle clé de l’IAF dans la neutralisation des menaces transfrontalières cette année. Le Premier ministre Narendra Modi a salué dans son message « l’esprit indomptable » de la force, tandis que le Air Chief Marshal AP Singh a encouragé les aviateurs à se préparer aux défis futurs. Pourtant, quand les regards étaient absorbés par la vitesse supersonique des Rafale et les démonstrations de drones en opérations multi-domaines, le doux ronron du HT-2 résonnait comme un écho venu d’antan. « Dans l’élan du progrès, on oublie parfois les fondations sur lesquelles il repose », a observé le commandant de bord à la retraite R.K. Singh, ancien instructeur sur HT-2 présent lors du spectacle. « Cet avion n’est pas qu’une machine, c’est l’histoire d’une Inde qui a appris à se doter de ses propres ailes. »
Le projet de restauration fut une entreprise passionnée, menée conjointement par la Direction de la sécurité aérospatiale de l’IAF et la division patrimoine de HAL. Il a nécessité la recherche de pièces rares auprès de collectionneurs internationaux ainsi que la reconstruction en rétro-ingénierie d’éléments perdus avec le temps. Pour un coût inférieur à 5 crores de roupies, ce programme a préservé non seulement le moteur Lycoming de 300 chevaux et le cockpit en tandem, mais aussi la place du HT-2 dans l’histoire de l’aéronautique indienne comme pionnier de l’acrobatie aérienne, utilisé dans les spectacles des années 1960.
Grâce à son intégration au Heritage Flight, l’IAF a voulu créer un pont entre les époques, rappelant aux forces aériennes, âgées de 93 ans, leur évolution du temps des biplans en toile aux mastodontes furtifs d’aujourd’hui. Lorsque la formation a cédé la piste au solo acrobatique du Harvard, la courte mais élégante démonstration du HT-2 a rappelé une vérité intemporelle : le véritable héritage vole humblement, persistant au-delà des projecteurs.