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Londres, 15 octobre 2025. Moins d’une semaine après le cessez-le-feu sur Gaza, les répercussions de l’accord Peace 2025 continuent de se faire sentir au Moyen-Orient. À Jérusalem, le discours d’une heure de Donald Trump devant la Knesset israélienne apparaît comme un tournant entre la trêve et la consécration, mêlant déclaration politique et campagne pour le prix Nobel de la paix.

Devant une assemblée comble lundi, Trump s’est présenté comme l’architecte d’un nouvel ordre régional. « C’est l’aube historique d’un nouveau Moyen-Orient », a-t-il proclamé sous de longues ovations, ajoutant que « ce moment sera retenu comme celui où tout a commencé à changer ». Il a qualifié la trêve à Gaza de « fin d’un cauchemar douloureux » et exhorté les deux camps à « dépasser les vieilles querelles et les haines amères ».

Le discours mêlait triomphalisme et ressentiment. Trump a raillé « les anciens présidents qui nourrissaient de la haine envers Israël » et a taquiné un envoyé norvégien à propos du passé « snobisme » du Comité Nobel. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a immédiatement réagi : « Il le mérite », a-t-il déclaré aux journalistes, confirmant qu’Israël et le président de la Chambre des représentants américaine, Mike Johnson, proposeraient conjointement la candidature de Trump pour le prix Nobel de la paix 2026.

Pour le gouvernement de coalition israélien, encore partagé entre soulagement et prise de risque politique, cette nomination symbolise une reprise d’initiative après des mois de paralysie. Pour Trump, elle constitue une forme de réhabilitation, une preuve que l’accord baptisé Peace 2025 trouve un écho international avant même le lancement de la phase de reconstruction.

Quelques heures après son intervention à la Knesset, Trump s’est rendu à Charm el-Cheikh, où il a co-présidé, avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le Sommet pour la paix à Gaza. Vingt gouvernements ont alors signé la « Déclaration Trump pour une paix durable et la prospérité », esquissant des plans de démilitarisation, de reconstruction et d’investissements régionaux placés sous supervision des Nations unies.

Les critiques ont souligné que la déclaration n’avalise pas explicitement une solution à deux États et laisse la gouvernance de Gaza floue. Toutefois, même les sceptiques ont reconnu que la rapidité de la diplomatie — du cessez-le-feu au sommet en moins de cinq jours — est sans précédent.

Pour Washington, ce sommet a été un rare moment d’unité avec Le Caire et Doha. Pour l’Égypte, c’est un répit géopolitique : l’occasion de renouer avec le rôle de médiateur jadis tenu par Anouar el-Sadate et Hosni Moubarak. Le bureau de Sissi a salué l’accord comme « un triomphe de la diplomatie sur le désespoir ». Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, l’a qualifié de « fragile opportunité à ne pas gâcher ». À Téhéran, en revanche, le ton est mordant : un porte-parole iranien a qualifié la trêve de « théâtre temporaire destiné à légitimer l’occupation ».

Pour de nombreux experts, Peace 2025 est à la fois l’aboutissement d’un processus et un retour en force. Cinq ans après avoir quitté la présidence dans la tourmente judiciaire et politique, Trump s’est imposé comme un faiseur d’accords d’une ampleur biblique. Ses partisans rappellent les Accords d’Abraham conclus entre Israël et certains États du Golfe comme base de cette dynamique. L’accord sur Gaza, selon eux, complète ce cercle en réunissant médiateurs arabes et soutiens occidentaux autour d’une nouvelle architecture d’incitations.

Au cœur de cette diplomatie pragmatique se trouve un calcul simple : les belligérants épuisés troqueront idéologie contre stabilité s’ils obtiennent des garanties de reconstruction et d’accès à l’aide. Selon les conseillers de Trump, cette stratégie a été élaborée lors de négociations secrètes à Chypre et Doha, où anciens agents du renseignement et hommes d’affaires du Golfe ont finalisé protocoles d’échange de prisonniers et corridors d’aide maritime. Le cessez-le-feu signé à Genève le 9 octobre est désormais qualifié par les officiels américains de « Accords Trump II ».

À Washington et Jérusalem, les partisans de Trump évoquent déjà ce cessez-le-feu comme « l’accord le plus important jamais conclu ». Ses alliés au Congrès, emmenés par la représentante Anna Paulina Luna, ont officiellement soumis sa candidature au Comité Nobel norvégien, insistant sur la libération des otages et la mise en place des corridors humanitaires.

Le Comité, qui a décerné la semaine dernière le prix de la paix 2025 à la dirigeante de l’opposition vénézuélienne María Corina Machado, n’a pas commenté les candidatures futures. À Oslo, la presse décrit toutefois la campagne de Trump comme « la plus bruyante en faveur de la reconnaissance de la paix de l’histoire moderne ». Des diplomates israéliens ont commencé à faire du lobbying auprès des pays nordiques, arguant que l’initiative de Trump a « sauvé des dizaines de milliers de vies » et créé « un mécanisme durable pour l’accès humanitaire ».

Même certains commentateurs européens, jusque-là critiques de sa politique étrangère, reconnaissent désormais que ce cessez-le-feu pourrait perdurer plus longtemps que prévu. Un éditorial de Le Monde relevait que « malgré son blabla, Trump a accompli ce que les envoyés de l’ONU n’ont pas réussi : une trêve respectée par tous car profitable à tous ».

Dans les capitales du Golfe, les réactions sont mesurées mais marquées par un optimisme prudent. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a salué la trêve comme « un prélude nécessaire à la reconstruction de la confiance ». Le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis l’a qualifiée de « moment pour transformer les promesses de stabilité en reconstruction concrète ». Le Qatar, dont les envoyés ont joué un rôle clé dans la médiation, devrait présider temporairement le Conseil de Reconstruction de Gaza, basé à Doha.

Les responsables palestiniens restent divisés. L’Autorité palestinienne a approuvé le cessez-le-feu mais a averti qu’il ne remplace pas un règlement politique. À Gaza, un porte-parole du Hamas a déclaré que l’organisation avait « survécu à la tempête et vit pour négocier un autre jour ». Les diplomates occidentaux y voient une acceptation tacite d’un gel de fait, sans victoire ni reddition, mais une survie à travers la trêve.

L’Iran a adopté une posture d’observation attentive. Ses médias officiels alternent entre dénonciation de l’accord et allusions à de possibles contacts indirects avec Washington. Un ancien négociateur iranien a confié à Al-Jazeera que Téhéran « comprend la fatigue quand elle la voit et pourrait utiliser ce calme pour regrouper ses alliés ».

À New Delhi, le ministère des Affaires extérieures a publiquement salué le cessez-le-feu et « toutes les initiatives conduisant à une paix durable », tout en maintenant sa posture de « neutralité active ». Des responsables indiquent en privé que la coordination discrète de l’Inde avec l’Égypte et la Jordanie lors de l’évacuation des travailleurs humanitaires a reçu des éloges discrets de l’ONU. Les patrouilles navales en mer Rouge et en Méditerranée orientale restent en alerte, témoignant aussi bien de préoccupations humanitaires que sécuritaires.

Les analystes en défense soulignent que le passage d’Israël du champ de bataille à la diplomatie influencera indirectement le calendrier des acquisitions d’armes de l’Inde. Les entreprises israéliennes fournissant radars, drones et technologies de surveillance sont désormais susceptibles de privilégier des contrats liés à la reconstruction, notamment la sécurisation des périmètres et la cybersécurité des infrastructures rétablies à Gaza.

À New Delhi, les experts estiment que la force de l’Inde réside dans sa capacité à dialoguer avec toutes les parties sans être entraînée dans des blocs rivaux, offrant ainsi un espace diplomatique lui permettant de fournir formation, ingénierie et soutien sanitaire dans le cadre de la reconstruction de Gaza. Ce rôle discret et technique, affirment les responsables, renforcera l’image de l’Inde en tant que solutionneuse pragmatique plutôt que puissance partisane.

Derrière le faste, un paradoxe persiste : la mise en scène de la paix versus sa mise en œuvre. Le discours sur « l’aube historique » de Trump, chargé d’une rhétorique biblique et théâtrale, masque le fait que le véritable travail de reconstruction — la refonte du futur de Gaza — ne fait que commencer. Les diplomates avertissent que si l’aide vacille ou si le cessez-le-feu s’effondre, Peace 2025 pourrait n’être qu’une ligne dans un CV plutôt qu’un véritable chapitre de l’histoire.

Pour l’heure, un rare consensus règne à Jérusalem : guerre arrêtée, otages libérés, et un président jadis jugé perturbateur réhabilité, du moins pour cette semaine, sous les traits d’un artisan de la paix. L’avenir de cet héritage dépendra de ce qui suivra son heure à la Knesset, véritable audition mondiale pour un éventuel prix Nobel.