Le Pentagone a publié jeudi son rapport annuel sur les capacités militaires de la Chine, soulignant que l’Armée populaire de libération (APL) se prépare à utiliser la force militaire pour assurer la réunification avec Taïwan en cas d’urgence, tout en cherchant à empêcher toute intervention de tierces parties, notamment des États-Unis. Pékin poursuit ainsi ses préparatifs autour de Taïwan, exprimant son mécontentement face au renforcement des relations militaires entre Washington et Taipei. Le document met également en garde contre les risques importants liés à une opération amphibie à grande échelle en direction de Taïwan. En cas de conflit prolongé, l’APL pourrait intensifier les hostilités en faisant appel à la cyberguerre, la guerre spatiale, voire à une guerre nucléaire pour mettre fin au conflit.
Le rapport détaille que l’APL continue de mener régulièrement des exercices militaires autour de Taïwan. La fréquence et la diversité des incursions aériennes chinoises dans la zone d’identification de défense aérienne (ADIZ) taïwanaise augmentent notablement. En vue d’une éventuelle invasion, la Chine réquisitionne et aménage des navires civils pour transporter des chars ou permettre le décollage et l’atterrissage d’hélicoptères, les intégrant ainsi dans des opérations amphibies. Le nombre de ces navires a doublé par rapport à l’année précédente, avec au moins dix bâtiments civils observés lors des manœuvres de l’APL l’an dernier. Le Pentagone mentionne par ailleurs une intensification des actions militaires chinoises, incluant des interceptions dangereuses d’aéronefs et navires américains ou alliés, des tirs de missiles au-dessus de Taïwan, des blocus conjoints à grande échelle et des exercices de tir réel.
Le rapport insiste sur les défis majeurs qu’implique un débarquement amphibie massif pour l’APL. Pékin déploiera tous les efforts possibles pour empêcher une intervention américaine dans le détroit de Taïwan. Si le conflit s’éternise, l’Armée populaire pourrait recourir à une escalade en cyberattaque, frappes spatiales ou même usage nucléaire pour conclure les hostilités. Selon des analystes, l’APL pourrait instaurer des blocus aériens et maritimes contre Taïwan durant plusieurs semaines ou mois, mener des opérations militaires limitées pour miner la confiance de la population taïwanaise envers ses dirigeants, effectuer des frappes aériennes de précision ciblant les infrastructures militaires clés, réaliser des débarquements amphibies et s’emparer d’îles taïwanaises pour marquer sa détermination politique. Toutefois, le Pentagone rappelle que ce type d’opération requiert une suprématie aéronavale et un soutien logistique très complexe, constituant un véritable défi pour l’APL. Le 3 octobre dernier, un drone chinois de type « Gongji-2 » (ou Wing Loong-2) a franchi pour la première fois la ligne médiane du détroit de Taïwan.
En se basant sur des données militaires taïwanaises, le rapport indique qu’en 2022, un total de 1 737 avions de l’APL sont entrés dans l’ADIZ de Taïwan, soit une hausse de 79 % par rapport aux 972 aéronefs de 2021. La diversité des appareils déployés s’est également accrue, avec une proportion de drones représentant environ 10 % des incursions depuis la publication des données en septembre 2022.
Enfin, le rapport souligne que l’APL développe de nouveaux missiles balistiques intercontinentaux classiques capables, une fois opérationnels, de menacer directement le territoire continental des États-Unis, ainsi que Hawaii et l’Alaska. Parallèlement, la Chine poursuit l’expansion de son arsenal nucléaire : en mai dernier, elle possédait plus de 500 ogives nucléaires, avec une projection dépassant les 1 000 d’ici 2030. À titre de comparaison, les États-Unis disposent actuellement de 3 750 ogives nucléaires. Des responsables américains ont précisé que l’usage de l’arme nucléaire ne serait envisagé qu’en cas de circonstances extrêmes.